Synarchie, Illumminisme, Esotérisme, Politique, Philosophie, Théosophie, Société Thulée, Gnose, Hermétisme, Manichéisme, Cathares, Paganisme, Apollon, Zoroastre, Orphée, Pythagore, Eugénisme, Malthusianisme, Empirisme, Idéalisme, Mythes, Oracles, Hyperboréens, Titans, Achéménides, Alchimie, Rose-Croix, Symboles, Complot, Nouvel Ordre Mondial, Eliogabale, Skull & Bones, Stricte Observance, Jésuites, Illuminati, Hollywood, Lady GaGa, Charles Manson, Church of Satan, The Process Church, Jim Jones, Venise, Guelfes Noirs, Baphomet, Templiers, Atlantides, Extraterrestres, Réintégration, Solution Finale, 2012, New-Age, Société Théosophiques, René Guénon, Aleister Crowley, Ku Klux Klan, Sympathie Occultes...

Dimanche 15 août 2010 7 15 /08 /Août /2010 18:35

 

L'École de Chartresregroupe plusieurs philosophes et intellectuels aux XIe et XIIe siècles : Fulbert de Chartres (fondateur), Thierry de Chartres, Bernard de Chartres, Guillaume de Conches, Jean de Salisbury, Bernard Silvestre.

L’école de Chartres, ou académie chartraine1, connaît sa renommée à partir du xie siècle grâce à Fulbert2. Elle connaîtra son apogée au xiie siècle, sous l’impulsion d’études philosophiques savantes basées sur Platon3 menées principalement par Yves de Chartres, Bernard de Chartres, Gilbert de la Porrée, Thierry de Chartres, Guillaume de Conches, Jean de Salisbury (qui avait étudié à Chartres) et Bernard Silvestre.

Les sources utilisées à l’époque pour commenter Platon n’étaient qu’indirectes (Augustin, Macrobe, Chalcidius, Boèce et Martianus Capella) 4. Cependant elles suffirent à établir des correspondances entre la philosophie grecque et le christianisme 5. Mais ce qui retint le plus l’école chartraine fut les thèses pythagoriciennes de Platon 6 :

         Guillaume de Conches « identifie la monade néopythagoricienne avec le Dieu créateur de la pensée judéo-chrétienne » 7;

1.       Thierry de Chartres « ne recourt qu’à l’arithmétique, non point exactement celle que nous connaissons, mais cette science du nombre mêlée de considérations métaphysiques, que les Grecs avaient conçue, et que Boèce transmettait aux latins »8.

          Bernard Sylvestre écrit la Cosmographia, qui est une « variation poétique sur les thèmes pythagoriciens » 9. Elle fut recopiée par Boccace 10. À noter que l’on retrouve dans cette œuvre, dont l’achèvement est estimé vers 1148 par Jeauneau, la notion de rapport entre macrocosme et microcosme, « L’homme est un Univers en raccourci » 10.

Les Chartrains vont ainsi s’emparer des arts libéraux, puisque les sciences du Quadrivium sont déjà connues des pythagoriciens11 : « Nous avons marié ensemble Trivium Quadrivium pour l’accroissement de la noble race des philosophes » 12. Comme l’a fait remarquer M.M. Davy, la grande nouveauté du siècle est le rapprochement de l’École de chartres avec la science égyptienne : « Il importe de retenir l’intérêt qui se développe au xiie siècle à l’égard de l’Égypte considérée comme la mère des arts libéraux. L’originalité de Bernard Sylvestre est d’avoir favorisé l’attention sur la pensée philo-égyptienne … Grâce à l’herméneutisme égyptien Bernard pourra construire sa cosmogonie … » 13.

C’est sur ce fond que les sculpteurs graveront sur le portail royal les arts libéraux 14 lors de la construction (ou plutôt de la reconstruction) 15 de la cathédrale de Chartres au début du xiiie siècle.

Cette approche des arts libéraux finira par éclater, l’heptateuchon de Thierry de Chartres finit par être abandonné, laissant le pas à la scolastique et à ses maîtres, par la redécouverte d’Aristote, par le rapprochement des arts mécaniques aux arts libéraux, et notamment par l’introduction de la Physique 16. Jean de Salisbury est aujourd'hui considéré comme un prédécesseur d'Albert le Grand 17 de par son œuvre 'Entheticus de dogmate philosophorum', où, outre l'entrée d'Aristote, il y étudie le stoïcisme, l'épicurisme et le péripatétisme (avec entre autres le thème de la quinte essence et de l'éternité du Monde) 18. Il aura contribué à faire valoir le platonisme de Chartres en un « platonisme vu par Chartres »19.

 

Par Socrates Philalethe - Publié dans : XIIe Siècle
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Dimanche 15 août 2010 7 15 /08 /Août /2010 18:29

Pythéas (en grec ancien Πυθέας) est un explorateur originaire de Massalia (l'antique Marseille).

Considéré comme l'un des plus anciens explorateurs scientifiques ayant laissé une trace dans l'Histoire, il a effectué vers 340-325 avant J.-C. un voyage dans les mers du nord de l'Europe. Pythéas est le plus ancien auteur de l'Antiquité à avoir notamment décrit les phénomènes polaires ainsi que le mode de vie des populations de la Grande-Bretagne et des peuples germaniques des rives de la mer du Nord et peut-être de la mer Baltique.

Certains auteurs l'ont considéré comme un affabulateur. C'est en particulier l'opinion de Polybe et du géographe grec Strabon, pour qui il est inconcevable qu'une mer puisse être entièrement gelée. Mais les témoignages de son périple et surtout ses observations astronomiques ont été pris en considération par des savants comme Eratosthène ou Hipparque. Les astronomes ont donné son nom à un cratère lunaire.

Statue de Phythéas sur la façade du palais de la Bourse à Marseille. Oeuvre de Louis Ottin.

Sommaire

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Le voyage de Pythéas [modifier]

Parti de Massalia, il a atteint l'Atlantique vraisemblablement après avoir franchi lescolonnes d'Hercule (détroit de Gibraltar) bien que certains auteurs (B. Cunliffe, C. Horst-Roseman) n'écartent pas l'hypothèse d'un voyage fluvial jusqu'au débouché de la Gironde ou de la Loire. Son voyage s'est ensuite poursuivi vers l'Armorique puis laGrande-Bretagne dont il a décrit la forme triangulaire. Poussant plus au nord au large des Orcades il a atteint une région où la nuit ne durait que deux heures. Il a également évoqué l'île de Thulé située sur le cercle arctique, ainsi qu'une zone de la mer où la navigation devenait impossible, l'océan ressemblant à un "poumon marin" (méduse).

L'association de son nom à l'ambre, notamment par Pline l'Ancien, ont conduit certains auteurs (G. Broche) à imaginer que Pythéas, à son retour, a également exploré la Baltique. En réalité, les étapes de son voyage restent largement méconnues, même si l'hypothèse d'un second voyage en Baltique n'est pas à écarter totalement.

L'emplacement de Thulé reste de nos jours sujet à débats. Il peut s'agir de l'Islande ou de la Norvège.

Pythéas discerne l'influence de la lune sur les marées. Il établit aussi à quatorzeminutes près la latitude de Marseille à l'aide d'un gnomon.

Les découvertes de Pythéas [modifier]

Pythéas est d'abord un auteur. Son ouvrage aujourd'hui disparu s'intitulait : De l'Océan (Περί του Ωκεανού1.

Cet ouvrage a disparu à une date indéterminée, peut-être dans l'un des incendies de la bibliothèque d'Alexandrie, mais plusieurs auteurs antiques nous en ont transmis quelques bribes, principalement le géographe Strabon qui est aussi son principal détracteur, allant jusqu'à l'accuser d'affabulation2, mais aussi Pline l'AncienÉratosthène et Polybe.

Pythéas rapporte de son voyage de nombreuses découvertes :

  • Une exploration maritime dans l'Atlantique nord, exceptionnelle à une époque où les colonnes d'Hercule (détroit de Gibraltar) marquent l'extrémité occidentale du monde « civilisé ». Toutefois, les Carthaginois connaissaient à cette époque le détroit de Gibraltar et l'océan Atlantique mais ils ne nous ont pas laissé d'écrits (les périples d'Hannon et d'Himilcon ne seraient que des fictions anachroniques).
  • Une description géographique et ethnologique de la Grande-Bretagne dont il décrit la forme triangulaire et dont il estime le périmètre à 42 500 stades (entre 7 650 et 7 200 km ce qui est proche des 7 850 km mesurés aujourd’hui)3.
  • La « découverte » de peuples barbares (au sens grec ancien du terme), plus évolués que ne le laissent paraître encore de nos jours les livres d'histoire, décrivant leur habitat, leurs us et coutumes, leur alimentation, etc. (Celtes d'ArmoriqueBrittons d'AlbionCalédoniens,Goths).
  • La description du cercle polaire et des phénomènes qui en découlent.
  • La description du « poumon marin » ou « méduse » qu'il affirme avoir vu de ses yeux. Peut-être s'agit-il de l’aspect gélatineux que présente la mer lors de la formation de la banquise, phénomène qui ne se produit que dans les régions situées immédiatement au nord de l’Islande3.
  • Il contribue à apporter la preuve de la sphéricité de la terre, qui à son époque passe du statut d'hypothèse (Platon) à celle de fait scientifique (Aristote). Pythéas le confirme notamment par la mesure des durées diurnes et nocturnes.
  • Le calcul de l'obliquité de la terre, l'inclinaison de son axe de rotation par rapport au plan de l'écliptique, même si pour les grecs l'héliocentrisme reste une notion évoquée mais non acquise
  • Ses mesures de latitude sont d'une précision étonnante pour l'époque, et démontrent chez Pythéas un esprit scientifique développé. Dix-sept siècles en avance sur son temps, il donne pour la latitude de Massalia 43°3' N (au lieu de 43°17').
  • La description du phénomène des marées, inconnu des méditerranéens, et leur synchronisme avec les phases de la lune, ainsi que l'influence des équinoxes sur leur amplitude. Si leur synchronisme peut lui avoir été décrit par les peuples rencontrés, il y ajoute sa connaissance astronomique pour en donner une description précise.

Notes [modifier]

  1.  L'astronome Geminos de Rhodes cite une « Description de l'Océan ». Marcianus, le scholiaste d'Apollonius de Rhodes, évoque un "Voyage autour de la Terre" (περίοδος γῆς) ou périple (περίπλους). Cela dit, il n'était pas rare qu'un ouvrage de l'Antiquité soit diffusé et cité par les auteurs anciens sous plusieurs titres différents, parce que parfois une seule partie de l'œuvre était éditée avec un titre propre.
  2.  StrabonGéographie, I, 4.
  3. ↑ a et b Article Les voyages de Pythéas par François Salviat in Dossiers d’Archéologie n° 285 Périples Antiques.

Bibliographie [modifier]

Ouvrages de référence
  • Barry Cunliffe, Marie-Geneviève l' Her, Pythéas le Grec découvre l'Europe du Nord, éd. Autrement, 2003 (ISBN 2-7467-0361-0) ;
  • Yvon Georgelin, Hugues Journès et Jean-Marie Gassend, Pythéas, explorateur et astronome, éd. de la Nerthe, 2000 (ISBN 2-913483-10-0) ;
  • François Herbaux, "Puisque la Terre est ronde, enquête sur l'incroyable aventure de Pythéas le Marseillais", éd. Vuibert Sciences 2008(ISBN 978-2-7117-2486-4) ;
Romans, nouvelles et bandes dessinées
  • Ferdinand Lallemand - « Journal de bord de Pytheas, géographe marseillais du IVème siècle avant J.C., présenté et commenté par Ferdinand Lallemand» (1956), éditions de Paris;
  • Raoul Schrott - "Finis Terrae", traduit par Nicole Casanova - Hachette 1999. (ISBN 2-01-235451-3).
  • Arno SchmidtGadir, nouvelle publiée dans le recueil Léviathan, Christian Bourgois Éditeur, 1991 (ISBN 2267009838).
  • Dimitri - "Le Voyage", Albin Michel, 2003
Autres éléments bibliographiques
  • Samivel - « L'or de l'Islande » (1963), éd. Arthaud, Paris
  • Jean MabireThulé, le Soleil retrouvé des Hyperboréenséd. Pardès, 1975 (ISBN 2867142873) ;
  • Jean-Marie Gassend, Yvon Georgelin, Hugues Fournés, Pythéas, astronome moderne, Marseille, revue culturelle, N° 189, décembre 1999, pages 60 à 66
  • Antoinette Hesnard, Manuel Moliner, Frédéric Conche, Marc Bouiron, Marseille : 10 ans d'archéologie, 2600 ans d'histoire Musées de Marseille/Edisud, 1999;
  • Thibaud Guyon, Jeanine Rey et Philippe Brochard, Pythéas l'explorateur : De Massalia au cercle polaire, éd. École des loisirs, 2001 (ISBN 2-211-06251-2) ;

Liens externes [modifier]

De Pythéas à Jules Verne,

Variations sur le mythe de Thulé...

Hélène Manche[1]

Au IVème siècle avant notre ère, un massaliote[2] nommé Pythéas s’aventura vers les limites du monde connu, aux frontières de l’œkoumène, dans les lointaines mers polaires boréales. Il y aurait découvert une île mystérieuse, aux mœurs et au climat étranges, appelée Thulé. Néanmoins, faute de preuves tangibles, la découverte de Pythéas suscita bien des controverses. Dès lors, la croyance en l’Ultima Thulé des Anciens traverse les siècles, pour devenir modèle et objet de recherches scientifiques tout autant qu’artistiques.

Or, n’est-ce pas le propre de tout mythe que de se fonder sur des sources plus ou moins réelles, afin de les parer d’une aura de mystère et de fantastique ? Car, au-delà des théories ésotéristes et scientifiques - sur les Pôles, la Mer libre, la Terre creuse... -, l’identification de Thulé avec l’Islande séduit depuis l’Antiquité. Avatar d’un monde perdu extraordinaire, sorte d’utopie atemporelle à l’instar de l’Atlantide ou d’Hyperborée, Thulé devient l’aboutissement d’une quête initiatique, accessible à des héros hors du commun, tels ceux de Jules Verne, par exemple.

De Pythéas à Jules Verne, l’aventure thuléenne nous entraîne au cœur des mythes géographiques et des inspirations littéraires les plus anciens. Ainsi Jules Verne, dans ses romans, dévoile-t-il sa passion, sa curiosité, pour ces endroits mystérieux, où les lieux et les époques se confondent. Du Pôle nord au Pôle sud, du Voyage au centre de la Terre au Sphinx des Glaces, la géographie et la littérature se confondent, pour prouver que, encore une fois, la force des mythes ancestraux perdure à travers l’espace et le temps...

I - Pythéas le Massaliote et son voyage.

A) Pythéas, homme de science, homme de lettres...

Pythéas le Massaliote était l’un des plus grands érudits de l’Antiquité (IVème siècle avant J.- C.). A un esprit scientifique de mathématicien, d’astronome et de géographe, il associait également un talent d’écrivain. Parti en expédition pour trouver une nouvelle route commerciale de l’ambre et de l’airain, il parcourut le vaste monde et rapporta ses découvertes (celle de l’île de Thulé entre autres) par écrit. Il aurait composé ainsi deux ouvrages (ou un seul, avec deux sous-parties) :

* « Péri Oceanou » : De l’Océan, * « Gès périodos » : Voyage autour de la Terre ou Description de la Terre.

Si ces textes ont été perdus, des traces de leurs lectures par des érudits antiques[3], tels qu’Eratosthène, Strabon et Pline[4], entre autres, nous sont parvenues. En effet, ces récits de voyage, notamment vers des contrées inconnues, ont su inspirer bon nombre d’auteurs tout au long des siècles. Ainsi, le titre général des principaux romans de Jules Verne, Les Voyages Extraordinaires, n’est pas sans faire écho au Voyage autour de la Terre du Massaliote. De même, les expéditions du téméraire Pythéas rappellent également celle des héros intrépides du romancier et leurs pérégrinations à travers le globe terrestre.

1B) La renommée de Pythéas : mystification littéraire et géographique ?

Pour autant, peu de savants antiques ont accordé foi aux dires de Pythéas. Le géographe Strabon le dénigre complètement, tandis que Pline et Eratosthène lui portent un regard plus tolérant[5]. Le géographe Ptolémée mentionne même Thulé sur une carte. Pourtant, à la Renaissance, cette découverte non validée demeure quelque peu dans l’oubli. Heureusement, la mode des expéditions maritimes fait resurgir Pythéas et Thulé.

Désormais, l’on sait que Pythéas avait fait d’importantes découvertes astronomiques et mathématiques. En effet, c’est lui qui a analysé le phénomène des marées, qui a proposé le découpage de la durée d’une journée en vingt-quatre heures, qui a calculé la latitude de Marseille. Autant de prouesses qu’il est impossible d’ignorer, notamment lorsque l’on veut procéder à l’exégèse des romans de Jules Verne...

Néanmoins, à propos de Thulé, aujourd’hui encore, rien n’est résolu : Islande, Iles Féroé, Shetland, Groenland ? Tant de noms de contrées peu connues du monde gréco-romain antique fleurissent sur toutes les lèvres pour identifier la mystérieuse et mythique Thulé.

C) La découverte de Thulé et la naissance du mythe

Le trajet de Pythéas jusqu’à Thulé est un véritable parcours de roman d’aventures. Cette île lointaine aux confins de l’œkoumène prend même le surnom d’« ultima[6] ». Cet adjectif ambigu dénote déjà de toute la complexité géographique de Thulé. Le terme « ultimus[7] » évoque diverses significations : il peut s’agir d’un lieu situé « le plus au-delà, le plus reculé, le plus éloigné » ; de là découle qu’il est le « dernier » et s’avère être enfin le lieu « le plus grand, le plus élevé, du dernier degré[8] ». En langue grecque, Strabon utilise le terme de « boréiotatè » ou d’île « la plus septentrionale[9] ». Ceci renvoie à la notion grecque d’ « eschatia », dont le sens évolue de « limite extrême » au « point où l’astre se couche », en passant par l’ « extrémité du monde ». Néanmoins, l’adjectif dérivé, « eschatos », possède, de plus, une connotation négative : en effet, ce qui est extrême ou dernier peut s’avérer être « le plus bas ou le plus vil[10] » ; mais « eschatos » dans le sens de ce qui est « le plus bas », « le plus profond », peut dans une certaine mesure évoquer déjà l’un des romans de Jules Verne, Voyage au centre de la Terre, où la connaissance de ce qui pourrait être Thulé se fait par des souterrains... islandais !

En partant depuis Massalia, Pythéas a a priori accompli le parcours suivant :

1. Massalia (Marseille) 2. Agde 3. Côte sud d’Emporion (Ampurias en Catalogne) 4. Colonnes D’Héraclès (Gibraltar) 5. Façade ouest de l’Europe 6. Cap Sacré (Cap Saint-Vincent ? Finistère ? Promontoire de Sagres ?) 7. Cap Cabaion (Cap Saint-Mathieu) 8. Uxinamé (Ile d’Ouessant) 9. Pays des Ostidaiens 10. Cap Kantion (à l’ouest du Kent) 11. Bretagne (Iles britanniques) 12. Ierné (Irlande)

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13. Ecosse 14. Iles septentrionales : Hébrides, Orcades, et des plus hautes encore 15. Thulé

Pythéas mit six jours de navigation entre la Grande-Bretagne et Thulé. Puis il suivit les conseils des Barbares rencontrés en chemin pour aller vers le lieu « où se couche le soleil[11] ».

D) Description de Thulé et concordance avec l’Islande

On sait peu de choses en vérité sur Thulé, si ce n’est qu’il s’agit d’une grande île perdue dans le Septentrion, au milieu des glaces et de la brume. Pythéas y aurait vu des volcans, et observé des durées bien étranges pour les jours et les nuits, allant d’à peine quelques heures à vingt-quatre heures, comme on en trouve dans les latitudes élevées[12].

Différentes hypothèses ont été émises concernant la localisation géographique de Thulé : - Les îles Féroé - Les Shetland - La Norvège

- Le Groenland - L’Islande

L’hypothèse la plus vraisemblable et la plus acceptée est la théorie islandaise. En effet, Pythéas parle d’une grande île, riche et fertile. Or l’Islande mesure tout de même 103 000 km2 et possède une flore et une faune variées. De plus, la latitude qu’il avait calculée pour Thulé correspond à celle de l’Islande : 66° Nord. Quant au climat et aux phénomènes géologiques, ils s’accordent également ; la présence de glaciers et de volcans, la durée très variable des jours et des nuits... Adam de Brême, dès le XIème siècle, a reconnu qu’ « on appelle maintenant Thulé Islande[13] » : « Solstiti diebus accedente sole propius uerticem mundi angusto lucis ambitu subiecta terrae continuos dies habere senis mensibus, noctesque e diuerso ad brumam remoto, quod fieri in insula Thyle Pytheas Massiliensis scribit. » ; « Aux jours du solstice, le soleil s’approchant davantage du pôle du monde, et décrivant un cercle plus resserré éclaire d’un jour continu, pendant six mois, les terres qui sont sous lui, et il y a inversement nuit continue lorsque le soleil, au solstice d’hiver, passe de l’autre côté de la terre, et c’est ce qui se passe, dans l’île de Thulé, ainsi que l’écrit Pythéas le Massaliote[14]. »

Toutes ces caractéristiques inhabituelles et incongrues pour l’époque contribuent au dénigrement de Pythéas et à la naissance du mythe de l’Ultima Thulé, tout cela afin de combler dans les mentalités un vide géographique au Nord.

II - Thulé, mythe géographique et inspiration littéraire ; Thulé aux portes de l’imaginaire.

Comme tout ce qui est inconnu, Thulé effraie, mais fascine aussi. Et ce d’autant plus par l’alliance manifeste de deux phénomènes a priori antithétiques : la chaleur et la lumière / le froid et l’obscurité. Lieu reculé, où se déroulent des phénomènes inconnus comme le « poumon marin » (mélange de glace, de brouillard, sur la mer ou mer en état de congélation), Thulé passe à la fois pour un paradis ou un enfer, destiné à des êtres particuliers. Pascal

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Arnaud avoue d’ailleurs qu’un « récit autour de l’océan (comme le texte de Pythéas), avait chez les Anciens le double sens de voyage dans la fiction[15] ».

A) L’Age d’Or, l’Atlantide et l’Hyperborée : entre utopie et uchronie

L’île a toujours eu une puissante connotation symbolique, et a sa place dans toutes les mythologies. L’antiquité gréco-romaine offre deux îles mythologiques situées au Nord par excellence, l’Hyperborée et l’Atlantide[16]. Force est de constater que Thulé cristallise des spécificités de chacune d’elle. Etymologiquement, l’Hyperborée représenterait le pays « au-delà du vent du Nord[17] » (Borée étant le nom du Dieu du vent du Nord). Sur ce pays aux mœurs douces et au climat agréable règnerait Apollon, dieu de la Lumière et des Arts. L’Atlantide, mentionnée par Platon[18], aurait été une grande île à la population puissante et avancée, engloutie par un cataclysme il y a des millions d’années. Tout comme Hyperborée, personne ne connaît sa position exacte, mais elle pourrait très bien se situer vers le Septentrion ou dans l’Atlantique. D’ailleurs, les héros de Vingt mille lieues sous les mers n’observent-ils pas justement au fond de l’Atlantique les vestiges sous-marins de l’Atlantide ? Et seul un homme, un esprit avancé comme celui du capitaine Nemo permet une telle découverte...

L’Hyperborée et l’Atlantide résonnent comme doublet de Thulé et en font une utopie, symbole d’une race et d’une vie idéales. Il s’agit alors d’une réminiscence de l’Age d’Or[19], premier âge de l’Humanité[20], où les hommes vivaient en paix, sans souci moral, matériel ou physique. Mais au fur et à mesure, cette race s’est dégradée pour arriver à la nôtre, pleine de maux de toutes sortes. Selon certains, des survivants de ce peuple supérieur auraient survécu, donnant naissance à des sectes occultes ou par exemple au nazisme, ou bien ils auraient eu des descendants, vivants dans des lieux reculés tels Thulé.

Selon la mythologie gréco-latine, le dieu Cronos régnait sur l’Age d’Or. Or, Cronos est le dieu du temps, et le temps semble quelque peu suspendu à Thulé. Île hors du temps, où le jour ou la nuit peuvent durer des mois et des mois, sans changement ni alternance : quel meilleur symbole pourrait servir alors de cadre à des aventures romanesques si ce n’est un lieu inconnu, utopique et uchronique ? Les Arts et la Littérature ne vont pas hésiter ainsi à connaître l’inspiration thuléenne.

B) Un mythe qui prend forme aussi bien au Pôle Nord qu’au Pôle Sud.

Si les eschatia (eschatia : « les confins » en grecs) ont enjoué les imaginations les plus fertiles, l’extrême sud ou l’extrême nord figurent également dans les romans (verniens). « La géographie sert alors de support à l’évocation d’un imaginaire étrange où s’entremêlent récits d’auteurs, réalités géographiques et interrogations métaphysiques[21]. » Ainsi, Thulé et le Septentrion trouvent leur place dans La Porte sous les eaux de John Flanders[22], Les Indes noires et Voyage au centre de la terre de Jules Verne.

En effet, dans Les Indes noires, les héros s’aventurent dans les houillères écossaises, suite à de mystérieuses lettres anonymes. Et dans Voyage au centre de la Terre, c’est encore une fois un manuscrit qui incite les héros à entreprendre leur périple souterrain. De plus, l’écriture romanesque met ici souvent en scène la recherche de personnes disparues, les

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retrouvailles avec ceux qui les cherchaient, ainsi que l’apparition de personnages atypiques, isolés du monde. C’est ainsi que le capitaine Grant est recherché par ses enfants, que Nell est découverte dans les profondeurs des houillères, etc...

Tout voyage vers une destination mystérieuse, quelle qu’elle soit, comme Thulé, promet des rencontres avec des individus hors du commun, et qui paraissent être, eux aussi, hors du temps. Nell vit seule depuis des années comme une sauvageonne ; elle ne connaît ni la lumière du soleil, ni les us et coutumes des hommes. Venue de nulle part, sa langue est ancienne, issue d’un autre temps, un véritable anachronisme. Pythéas, lui, avait rencontré des Barbares à Thulé et aux alentours, c’est-à-dire des gens qui ne parlent pas grec et qui ne possèdent pas non plus la culture gréco-romaine. Mais il ne dit rien de négatif sur eux. Ce sont le géographe Strabon et l’historien Procope de Césarée[23] qui évoquent ces peuples comme des sauvages incultes et sanguinaires, tout cela parce qu’ils habiteraient hors des limites terrestres convenables à l’espèce humaine.

Le Pôle Sud est également mis à l’honneur par l’écrivain américain Edgar Allan Poe dans le roman intitulé Le voyage d’Arthur Gordon Pym ou Les Aventures d’Arthur Gordon Pym de Nantucket[24]. Le Grampus, un brick américain, navigue vers les mers du Sud en 1827. Le héros, Gordon Pym, qui avait été enfermé à fond de cale, parvient à s’échapper lors d’une mutinerie. Il est alors recueilli avec trois compagnons par la Jane, une goelette anglaise, en expédition pour l’Antarctique. Ils parviennent à la mer libre de glaces à 81° 21’ de latitude Sud. Néanmoins, à leur retour, personne ne les croira, faute de preuves, exactement comme pour Pythéas et sa découverte de Thulé !

Même si cette aventure se déroule dans l’hémisphère opposé à celui de Thulé, le Pôle Sud et le Pôle Nord possèdent évidemment des caractéristiques assez proches. En effet, le froid, la glace et la brume sont aussi présents chez Edgar Poe. Par ailleurs les héros tombent sur un immense iceberg aux alentours de 64° de latitude Sud[25], ce qui évoque en symétrie les 66° de latitude Nord de l’Islande. Ils voient aussi un mollusque rappelant le « poumon marin », le « gasteropoda pulmonifera[26] ». Enfin, le dernier chapitre conduit Pym à l’île de Tsalal, dont les sonorités évoquent étrangement celles de Thulé... le roman s’achève sur la mort imminente de Pym et de Peters. Mais peut-être vont-ils être sauvés... par la littérature...

Car une suite a été écrite par Jules Verne, qui admirait Edgar Poe, sous le titre, Le Sphinx des Glaces. Cependant ici les héros vont plus loin que ceux de l’écrivain américain. Preuve de son intertextualité avec Le Voyage d’Arthur Gordon Pym, ce roman se veut fantastique, reliant une fois de plus la science et l’imagination. En effet, le Pôle magnétique est représenté sous la forme d’un sphinx aimanté. Ce roman n’est pas le seul de Jules Verne à s’intéresser aux Pôles et à des lieux mystérieux. Tout naturellement, le mythe de Thulé prend place au cœur de l’univers vernien.

Il ne faut pas oublier non plus qu’il existe bel et bien des îles Thulé du Sud, situées dans l’archipel des îles Sandwich, vers 59° de latitude Sud. Ces îles inhabitées sont le territoire des glaces, des volcans et des manchots. Du mythe à la réalité, de la réalité au roman, Jules Verne évoque très souvent Thulé dans ses aventures extraordinaires..5

III Du Voyage au centre de la Terre au Sphinx des Glaces : le mythe de Thulé revisité par Jules Verne.

A) Une fascination pour les Pôles

Jules Verne est fasciné par les hautes latitudes - arctiques et antarctiques ; l’extrême Nord et l’extrême Sud ont marqué ses récits. A l’époque où l’auteur compose, des expéditions sont lancées vers les Pôles. Peu d’hommes sont parvenus jusqu’à ces endroits mal connus. Jules Verne tente de faire la synthèse des découvertes de son temps, tout en charmant son lecteur, en exploitant tous les champs du possible suggérés par ces lieux mystérieux.

Jules Verne ne cite explicitement ni Thulé ni Pythéas dans ses écrits. Cependant, la présence de cette île mystérieuse se fait ressentir dans chacun de ses ouvrages. La géographie sert de tremplin à l’imagination. Parmi les récits concernant les confins[27], on peut retenir notamment les titres suivants :

- Un hivernage dans les glaces (1855) - Voyages et aventures du capitaine Hatteras (1866) - Le pays des fourrures (1871) - Sans dessus dessous (1888) - Le Sphinx des glaces (1897) - etc...

Mais incontestablement, le roman le plus thuléen de Jules Verne est bien Voyage au centre de la terre...

B) Un cas particulier : le Voyage au centre de la Terre Un roman de Jules Verne évoque en effet en particulier la légende de Thulé : Voyage au centre de la Terre. Dans cet ouvrage, l’auteur fait figurer la théorie de la Terre creuse. Il existerait un centre de la Terre, où l’on trouverait une mer libre, et par les cavités duquel se rejoindraient différentes parties de la Terre. C’est ainsi que les héros, partis d’un volcan islandais, se retrouvent au Stromboli, volcan des îles éoliennes au nord de la Sicile.

Les lieux retracés dans ce roman peuvent être mis en parallèle avec Thulé, tout d’abord par le simple fait que le point de départ des aventures est l’Islande. Là-bas, les jours sont sans fin : « En Islande, pendant les mois de juin et juillet, le soleil ne se couche pas[28]. » De plus, le climat et les caractéristiques de l’île font écho à la découverte du Massaliote, où brouillard, glace et volcan se côtoient : « Le Sneffels est haut de cinq mille pieds. [...] J’apercevais seulement une énorme calotte de neige abaissée sur le front du géant [...]. » ; « Sur ma droite se succédaient les glaciers sans nombre et les pics multipliés, dont quelques-uns s’empanachaient de fumées légères[29]. »

Or, un écrivain antique, Apollonios de Rhodes[30], rapportent les bruits entendus à Thulé : ces bruits sourds et puissants seraient ceux de volcans, de flammes et de feu. Pour H. Journès et Y. Georgelin, cette description volcanique mélange les caractéristiques des îles Lipari et du Stromboli avec celles de l’Islande, qui serait Thulé, puisque d’une part, l’écrivain affirme s’être inspiré de Pythéas et que d’autre part il faut prendre en compte

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que le volcan principal de l’Islande, l’Hekla, peut projeter des cendres jusqu’aux îles britanniques lorsqu’il est en éruption[31]. Ici aussi, comme chez Jules Verne, l’Islande paraît associée à la Sicile, donc à l’Italie. Or, comme le fait justement remarquer Lionel Dupuy, l’arrivée en Italie se veut symbolique, puisqu’il s’agit d’une sorte de centre, peut- être pas tout à fait celui de la Terre mais du moins celui d’une des civilisations les plus puissantes : « Les héros se retrouvent à la fin de leur parcours expulsés par un volcan en éruption, et atterrissent finalement en Italie, le berceau même de la civilisation gréco-romaine. Or cette civilisation gréco-romaine se croyait, il y a deux millénaires, au centre du monde et au centre de la Terre[32]. »

Même la théorie de la mer libre se trouve adaptée dans ce roman ; en effet, au cours de leur périple, les héros tombent sur une mer souterraine, où vivent des espèces animales et végétales de toutes sortes, et de tous les temps, y compris des plus anciens : « C’était un océan véritable, avec le contour capricieux des rivages terrestres, mais désert et d’un aspect effroyablement sauvage[33].»

Dérivation de la théorie de la Terre creuse, l’existence d’une mer libre de glace dans les entrailles de la Terre a inspiré à Jules Verne un des épisodes de Voyage au centre de la Terre et à Egdar Allan Poe une péripétie dans Le Voyage d’Arthur Gordon Pym : « La plaine liquide, colorée des nuances les plus vagues de l’outremer, se montrait étrangement transparente et douée d’un incroyable pouvoir dispersif, comme si elle eût été faite de carbure de soufre. Cette diaphanéité permettait de fouler du regard jusqu’à des profondeurs incommensurables ; il semblait que le bassin polaire fût éclairé par-dessous à la façon d’un immense aquarium ; quelque phénomène électrique, produit au fond des mers, en illuminait sans doute les couches les plus reculées. Aussi la chaloupe semblait suspendue sur un abîme sans fond[34]. »

Au-delà de ce décor, les personnages observent également la faune diverse et innombrable de cette mer libre. Outre les espèces volatiles, une multitude d’animaux marins s’y déploient. Cette vision de la mer libre relève du fantastique, comme le prouve l’emploi de termes tels que « eaux étonnantes », « monstres aériens », « monstres marins » (le sens du substantif « monstre » étant à prendre davantage comme équivalence de « chose prodigieuse, étonnante »), « spectres fantasmagoriques », « spectacle surnaturel », etc... Que ce soit pour décrire la mer, les volcans, la faune ou la flore, Jules Verne aime utiliser des métaphores, et les compare souvent à des monstres. Ainsi, le Léviathan, effrayant animal mythique, est mentionné dans plusieurs ouvrages, tels que Voyage au centre de la Terre ou Les Enfants du capitaine Grant. Dans ce dernier récit, le monstre intervient dans la description d’un volcan : « Le volcan rugissait comme un monstre énorme, semblable aux Léviathans des jours apocalyptiques, et vomissait d’ardentes fumées mêlées à des torrents d’une flamme fuligineuse[35]. »

Le Voyage au centre de la Terre accompli par les héros leur fait également vivre un voyage dans le temps, puisqu’ils remontent progressivement les différents âges géologiques, du plus ancien au plus récent, ce qui leur permet justement de rencontrer des plantes ou des animaux disparus et qui peuvent leur sembler être des monstres ou du moins d’étranges êtres vivants. Un voyage à la fois littéraire et géographique, dans l’espace et le temps, dans le réel et l’imaginaire..7

C) Thulé, d’hier à aujourd’hui

Les découvertes scientifiques modernes mettent à mal le mythe thuléen. Cependant, le mystère reste entier, dans la mesure où l’on envisage l’existence de Thulé comme un symbole intemporel, qui se nourrit justement des aléas, des divergences et des convergences entre science et littérature. A l’instar du Pôle Nord qui se déplace ou qui connaît différentes définitions, Thulé bouge et se fond dans le moule des îles mythologiques mystérieuses. Son ubiquité prend directement sa source dans la tradition des îles légendaires. Lieu sacré, réservé aux initiés ou aux divinités, entre le Bien et le Mal, témoignage de l’Age d’Or, Thulé fait figure d’endroit intermédiaire et éphémère. Les traditions de toutes époques confondues ont connu des îles mystérieuses, et des régions mythiques, notamment celles des extrémités du monde. La Thulé de Pythéas n’échappe pas à la règle. En vérité, chacun adapte le mythe à sa manière, ou bien Thulé s’ajuste selon tout un chacun. Ce mythe, peut-être indo-européen tant il semble vieux et ancré dans les civilisations, recoupe donc divers lieux et divers moments. Plus encore, l’île a fonction de lieu intermédiaire, d’entre-deux mondes, où l’on ne fait que s’arrêter. L’Islande était vue dans le temps comme une île de passage, « une île-passerelle ».

Des siècles séparent Pythéas et Jules Verne. Pourtant, grâce à eux, la Science et la Littérature ont réussi à se réunir l’espace d’un instant, en un lieu unique et cependant complexe : Thulé et les Pôles. Au regard des divergences de thèses sur Thulé, il est évident que celle-ci reste dans le champ de l’imaginaire. Île des confins, au-delà des limites connues, Thulé se situe au carrefour des pensées scientifiques, ésotériques ou artistiques. Thulé ne serait donc que dépassement, lieu hors du temps, hors des frontières connues, hors des idées reçues et des valeurs sûres. Il s’agirait d’un « au-delà géographiquement, au- delà imaginaire et psychique, au-delà dans l’esprit, au-delà dans le temps[36] »

« Cette ubiquité n’est au fond qu’apparence, car à la vérité, il y eut autant de « Thulé » que de nords pour les aventureux voyageant le long des arcs terrestres[37]. » L’île devient plus que jamais ici porteuse de rêves, à la fois utopie et uchronie, connaissance de soi et connaissance de monde, à travers tous les temps. Pour cette raison, l’homme ne trahira pas sa nature humaine, et continuera toujours de rêver et de polémiquer.

Jules Verne, quant a lui, a joué dans son œuvre la carte du rêve, pour notre plus grand bonheur. Ses romans témoignent incontestablement de sa connaissance du mythe de Thulé, de sa fascination pour ce territoire mystérieux, mythique, au delà de l’espace et du temps...

Notes de bas de page, bibliographie indicative.

[1] Cet article est tiré du mémoire de Master II (Poétique et Histoire Littéraire) soutenu par Hélène Manche (2007), à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour, sur le sujet : « Dans le sillage de Thulé, Mythe et Exploration du grand Nord ». Hélène Manche est actuellement Professeur de Lettres classiques. Contact : manche.helene@neuf.fr

[2] Phocéen, marseillais. [3] Cf. Hélène Manche, mémoire de Master I, « Aux confins du Monde : Thulé, Mythe ou Réalité ? », partie I, pour plus de précisions.

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[4] Strabon, Géographie I, 4, 1-5 ; II, 3, 1 - 3, 2 – 4, 1-5 ; IV, 1, 5 – 4, 1 – 5, 4 ; V, 5, 5; Pline, Histoire Naturelle II, V, 8 ; LXVII, 69 ; LXVIII, LXXVII, 75 ; LXXX, 78 ; CXII, 108 et IV, 30. [5] Cf. mémoire de Master I, p. 42-56. [6] Le premier à avoir attribué cet adjectif à Thulé est Virgile, Géorgiques, I, 30.

[7] Cf. mémoire de Master I, p. 15. [8] Sens donnés par le Dictionnaire Latin-Français Gaffiot, p. 1622-1623. [9] Cf. mémoire de Master I, p. 15. [10] Sens donnés par le Dictionnaire Grec-Français Bailly, p. 817-818. [11] Cf. Hélène Manche, Master II, « Dans le sillage de Thulé, Mythe et Exploration du Grand Nord », p. 24. [12] Cf. mémoire de Master I, partie I. [13] Adam de Brême, Histoire ecclésiastique des églises de Hambourg et de Brême, IV, 35. [14] Pline, op. cit., II, 75. [15] Pascal Arnaud, membre de l’Institut Universitaire de France, cité par Pierre Le Hir, « Comment Pythéas le Massaliote repoussa les limites du monde », Le Monde, 12/08/1998. [16] Cf. mémoire de Master I, p. 122-134. [17] D’après Hérodote, Histoires, Melpomène, IV, 32 et Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, II, 47. [18] Platon, Critias, 108e, 112e – 129c et Timée, 24e – 25d. [19] Cf. mémoire de Master I, p. 119-121 et p. 135-143. [20] Hésiode, Les Travaux et les Jours, v. 106 et suiv. [21] Lionel Dupuy, Jules Verne, l’homme et la terre, p. 136. [22] Cf. mémoire de Master II, p. 81-83. [23] Jean Mabire, Le soleil retrouvé des Hyperboréens, p. 15. [24] Cf. mémoire de Master II, p. 84-86. [25] Edgar Allan Poe, Les Aventures d’Arthur Gordon Pym, chapitre XVII, p. 215. [26] Ibid., chapitre XX, p. 240. [27] Cf. mémoire de Master II, p. 75-80. [28] Jules Verne, Voyage au centre de la Terre, p. 93. [29] Ibid., p. 108 et 116. [30] Apollonios de Rhodes, Les Argonautiques, IV, 761. [31] Cf. mémoire de Master I, p. 63. [32] Lionel Dupuy, En relisant Jules Verne, pp. 29-46. [33] Jules Verne, Voyage au centre de la Terre, p. 93. [34] Edgar Allan Poe, Le Voyage d’Arthur Gordon Pym, chapitre XXI « La mer libre », p. 307. [35] Les Enfants du capitaine Grant, exemple cité par Lionel Dupuy, Jules Verne, l’homme et la terre, pp. 57-96. [36] Jean Mabire, Le soleil retrouvé des Hyperboréens, p. 15. [37] Samivel, L’Or de l’Islande, cité par J. Mabire, Thulé, le soleil retrouvé des hyperboréens, p. 29.

Par Socrates Philalethe - Publié dans : IVe Siècle
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Dimanche 15 août 2010 7 15 /08 /Août /2010 18:28

Anne Joseph Eusèbe Baconnière de Salverte est un homme politique français né à Paris le 18 juillet 1771 et mort à Paris le 27 octobre 1839.

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Biographie [modifier]

Fils de Jean Marie Eusèbe Baconnière de Salverte, administrateur du contrôle et des domaines, et de son épousé née Élisabeth Faure, frère d'Eustache de Salverte (1768-1827), qui fut représentant du département de la Seine à la Chambre des Cent-Jours en 1815, Eusèbe de Salverte fit ses études chez les Oratoriens au collège de Juilly et devint avocat au Châtelet.

À la suppression de cette juridiction, il entra dans les bureaux du ministère des Relations extérieures (1792) dont il fut renvoyé à la suite de dénonciations dont il fit l'objet. Il devint alors professeur d'algèbre à l'École des ponts et chaussées.

Compromis dans l'insurrection royaliste du 13 vendémiaire an IV, il fut condamné à mort par contumace, vint purger sa contumace en 1796et fut acquitté. Il occupa alors un emploi au cadastre et se fit connaître par des brochures antireligieuses et politiques.

Deux ans après son mariage avec la veuve du comte de Fleurieu (1812), il se retira à Genève (1814) où il passa cinq ans et ne cessa de publier des brochures de circonstances contre le gouvernement de la Restauration et en faveur des idées libérales.

Le 21 avril 1828, il fut élu député du 3e arrondissement de Paris1 et prit place à gauche. Il fut de ceux qui appuyèrent, en 1828, la motion deLabbey de Pompières tendant à la mise en accusation du ministère Villèle, parla contre les Jésuites, pour la suppression de la loterie, pour le refus de l'impôt en cas de violation de la Charte et signa l'adresse des 221 contre le ministère Polignac.

Réélu le 12 juillet 18302, il protesta contre les ordonnances de Saint-Cloud, demanda de prendre la déclaration de la Chambre de 1815 pour base de nouvelles institutions politiques, réclama la mise en accusation des derniers ministres de Charles X, et demanda la liberté de l'imprimerie et de la librairie.

Aux élections du 5 juillet 1831, il fut élu par le 5e arrondissement de Paris3. Il signa le Compte-rendu de 1832, parla en faveur du rappel de lafamille Bonaparte et pour la libération de la duchesse de Berry.

Aux élections du 21 juin 1834, il échoua contre Adolphe Thiers4 mais, celui-ci ayant été nommé ministre, il regagna son siège le 27 décembre suivant5. Il continua de siéger à gauche, et de harceler les ministres, dans la forme piquante et incisive qui lui était familière. Successivement réélu le 4 novembre 18376 et le 2 mars 18397, il mourut en octobre suivant en refusant les secours religieux. Son enterrement fut purement civil.

Il était membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres depuis 1830.

Par Socrates Philalethe - Publié dans : XIXe Siècle
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Vendredi 13 août 2010 5 13 /08 /Août /2010 20:38

Trajano Boccalini (1556 in Loreto – November 16, 1613 in Venice) was an Italiansatirist.

The son of an architect, he himself adopted that profession, and it appears that he commenced late in life to apply to literary pursuits. Pursuing his studies atRome, he had the honor of teaching Bentivoglio, and acquired the friendship of the cardinals Gaetano and Borghesi, as well as of other distinguished personages. By their influence he obtained posts, and was appointed (by Gregory XIII) governor of Benevento in the states of the church. Here, however, he seems to have acted imprudently, and he was soon recalled to Rome, where he shortly afterwards composed his most important work, the Ragguagli di Parnaso (News-sheet from Parnassus), in which Apollo is represented as receiving the complaints of all who present themselves, and distributing justice according to the merits of each particular case. The book is light and fantastic satire on the actions and writings of his eminent contemporaries, and some of its happier hits are among the hackneyed felicities of literature.

To escape, it is said, from the hostility of those whom his shafts had wounded, he returned to Venice, and there, according to the register in the parochial church of Santa Maria Formosa, died of colic accompanied with fever on November 16, 1613. It was asserted by contemporary writers that he was beaten to death with sandbags by a band of Spanish bravadoes, but the story seems without foundation. At the same time, it is evident from the Pietra del Paragone, which appeared in 1615 after his death, that whatever the Spaniards felt towards him, he cherished against them the bitterest hostility. The only government which was exempt from his attacks is that of Venice, a city for which he seems to have had a special affection.

The Ragguagli, first printed in 1612, has frequently been republished. The Pietrahas been translated into French, German, English and Latin; the English translator was Henry, Earl of Monmouth, his version being entitled The Politicke Touchstone (London, 1674). Another posthumous publication of Boccalini was hisCommentarii sopra Cornelio Tacito (Geneva, 1669). Many of his manuscripts are preserved still unprinted.

[edit]References

 

Traiano Boccalini (Loreto1556 – Venezia1613) è stato uno scrittore italiano.

Visse per lungo tempo a Roma, al servizio della Chiesa, per poi trasferirsi a Venezia nel 1612. Amico di Paolo Sarpi, si considerava un moderno menante, ossia una specie di giornalista attento alle questioni politiche, morali e letterarie. La sua opera principale sono i Ragguagli di Parnaso.

Ragguagli di Parnaso [modifica]

L'opera, divisa in tre centurie (le prime due pubblicate in vita dall'autore a Venezia, l'ultima data alle stampe invece nel 1615 con il titolo di Pietra del paragone politico), è costituita da una serie di resoconti, i ragguagli appunto, che descrivono le discussioni e i processi che si svolgono sul monte Parnaso. Qui, secondo l'autore, oltre alle Muse e ad Apollo che vi regna, si trova anche un nutrito gruppo di letterati e politici noti al pubblico colto dell'epoca. Le dispute hanno per oggetto avvenimenti e personaggi del passato e del presente; in questo modo l'autore può satirizzare la vita politica italiana e in particolare quella romana.

La situazione dell'Italia, così come descritta nell'opera, è molto negativa; eppure, l'autore non pensa a nessun possibile rimedio e assume un atteggiamento di sostanziale rassegnazione: ritiene infatti che di volta in volta vada scelto quello che è il male minore. Boccalini dunque è molto lontano dalla saggistica utopica che, in quegli anni, annoverava tra i propri esponenti Tommaso Campanella eFrancesco Bacone.

L'avviso 77 dei Ragguagli tradotto in latino fu incorporato come sezione nel manifesto originale dei rosacroce la Fama fraternitatis (edizione del 1614 a Kassel). Ciò fa pensare che la morte del Boccalini a Venezia nel 1613 sia solo stata una finzione, e che egli trovando rifugio all'estero dai persecutori politici abbia contribuito di persona all'edizione anonima del manifesto rosicrociano.

Il pensiero politico [modifica]

Boccalini, intellettuale spregiudicato e nemico del dogmatismo tipico dellaControriforma, difende Tacito in quanto maestro dei meccanismi di potere e dà del Principe di Machiavelli un'interpretazione repubblicana: lo scrittore fiorentino infatti avrebbe voluto denunciare al popolo, seppur in modo indiretto, e dunque smascherare i metodi politici, considerati crudeli e immorali, usati dai principi italiani. Tale interpretazione sarebbe giunta fino ai Sepolcri di Foscolo.

Lo stile [modifica]

La prosa di Boccalini può essere considerata come uno degli ultimi esempi della tradizione tardo-rinascimentale: è infatti molto sobria, in contrasto con le tendenze barocche presenti già all'epoca dei Ragguagli e, più in generale, con lo stile in voga nel Seicento.

Par Socrates Philalethe - Publié dans : XVIIe Siècle
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Vendredi 13 août 2010 5 13 /08 /Août /2010 20:27

1623 - François Garasse publie "La Doctrine curieuse des beaux esprits de ce temps" , où il condamne la "secte des Rose-Croix et son secrétaire Michael Maier". L'année même de l'affaire des affiches, un ami de René Descartes, l'abbé Mersenne (1588-1648), philosophe et savant, s'oppose violemment au rosicrucianisme. Il publie "Questiones celeberrimæ in genesim…", où il réfute la philosophie hermétique et la kabbale de la Renaissance, ainsi que leursdiversreprésentants. Il s'en prend particulièrement au Rosicrucien anglais Robert Fludd.L'un des plus proches amis de Mersenne, le philosophe et mathématicien Pierre Gassendi, s'en prend aussi à Robert Fludd.

Pierre Gassend1 dit Gassendi, né àChamptercier près de Digne le 22 janvier 1592 et mort à Paris le 24 octobre 1655, est un mathématicien,philosophethéologien et astronomefrançais. Un cratère lunaire porte son nom.

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Biographie [modifier]

La légende veut que Pierre Gassend ait commencé à se passionner pour les beautés du ciel en gardant les troupeaux de ses parents pendant la nuit. Enfant, il a suivi les cours des écoles de Digne, et fit preuve de grandes dispositions pour les langues et les mathématiques. Il s'inscrit par la suite à l'Université d'Aix-en-Provence, où il suit l'enseignement philosophique de Philibert Fesaye.

Premières années

En 1612, le collège de Digne lui demande quelques conférences de philosophie. En 1614, Pierre Gassend obtient son doctorat en théologie à Avignon. Il est nommé chanoine de Digne. En 1617, il entre dans les ordres. Il est nommé professeur de rhétorique au collège de Digne. En 1618, Gassend note ses premières observations du ciel lors de l'apparition d'une comète "à tête crépue". Il entre en relation avec l'astronome Joseph de Gaultier de La Valette (1564-1647). En 1620, il établit les tables de la position de Jupiter par rapport aux étoiles fixes. L'année suivante, il donne leur nom aux aurores boréales. De 1622 à 1623, Gassend est nommé professeur de philosophie au collège d'Aix. Il en est chassé semble-t-il par l'arrivée des jésuites2. Le 14 avril 1623, il observe une éclipse de Lune à Digne. La même année, il décrit les positions de la planète Mars. Il se rend à Grenoble.

En 1625, il publie à Grenoble contre Aristote ses Exercitationes paradoxicæ versus Aristoteleos, son premier livre (rédigé en 1622). Cette rupture prépare celle que Descartes opérera 12 ans plus tard avec la publication du discours de la Méthode. En 1625, Gassend est à Paris, il observe la position de Venus depuis le pont neuf et une éclipse avec Claude Mydorge. En avril, il retourne dans le midi. En 1626, il devient le prévôt de la cathédrale de Digne ; mais dès lors sa vie se confond avec ses observations astronomiques ; il est un inlassable collectionneur d'éclipses. En correspondance avec le philosophe Thomas Hobbes, avec lequel il partage ses critiques contres Descartes, Gassend est en rapport avec tous les grands astronomes de son temps : Képler, Riccioli, Hortensius, Hévélius... sa renommée s'étend de Prague à Aix en passant par Dantzig, Leyde et Bologne. Une grande partie de ses observations sont menées en étroite liaison avec son ami le conseiller au Parlement Nicolas Claude Fabri de Peiresc au près duquel il passe ses années de transition. À Galilée, il écrit le20 juillet 1625 :

« Tout d'abord, ami Galilée, je voudrais que vous soyez bien convaincu du plaisir de l'âme avec lequel j'embrasse votre opinion en astronomie, sur le système de Copernic. Les barrières d'un monde assurément vulgaire sont brisées. L'esprit libéré erre à travers l'immensité de l'espace. Peut-être conviendrait-il que vous publiiez votre travail. En le cachant vous feriez une grave injure aux lettres et à ceux qui s'adonnent aux sciences les plus divines…Si une résolution bien arrêtée, ou la destinée, vous imposent une réserve telle que vous ne puissiez même pas communiquer par lettre à vos amis ce que vous avez conçu, faites une exception pour moi. Laissez -moi espérer ou vous demander d'être votre correspondant. »
Le temps des éclipses

En 1628, après un passage à Paris en mai, Gassend voyage pendant neuf mois avec François Luillier et sur ses instances. Il arrive vers la fin de l'année enFlandres et en Hollande où il rencontre Isaac BeeckmanThomas Hobbes3 etHenricus Reneri (Henri Regnier). Il compose de Paraheliis sur la demande Peiresc et Examen de la doctrine de Fludd demandée par Mersenne3. En 1629, il tente de dissuader l'astronome-astrologue Jean-Baptiste Morin de publier une fausse théorie des marées ; il fait quelques observations sur les flocons de neige dont se servit ultérieurement Descartes4. Le 10 juin 1630, il observe (de Paris) une éclipse de Soleil quasiment totale. Il contribue alors à populariser à Paris les thèses de Galilée, notamment par la publication de ses lettres : De motu impresso a motore translato et De proportione qua gravia decidentia accelerentur.Le 6 novembre 1631, toujours à Paris, Gassend décrit le passage de Mercure devant le Soleil (annoncé par Kepler). Il tente de reprendre son expérience en décembre avec le passage de Vénus en décembre, mais son passage a lieu de nuit. Le 27  octobre  1632, il décrit une éclipse de Lune à Lyon chez le frère du ministre-cardinal Armand de Richelieu. Le 8 avril  1633 Gassend se déplace à la chapelle de Saint-Lazare, près de Digne, afin d'y observer une éclipse de Soleil. En février 1634, il adresse une lettre de consolation à Galilée qui vient d'être condamné et auquel il conseille, la patience. Le 14  mars 1634, il est à nouveau à Digne pour y observer une éclipse de Lune. Le 9 avril de la même année, il se trouve à Aix pour observer Jupiter ; et le 11 septembre pour observer Mars. En1635 Gassend est à Aix ; il y décrit la première éclipse de Lune de l'année. En1636 il mesure à Marseille, la hauteur du Soleil au solstice d'été afin de reprendre les mesures effectuées 2000 ans plus tôt par Pythéas.

L'après Peiresc

Après la mort de Peiresc en 1637, dont il édite la vie et garde un profond chagrin, Gassend se lie avec le gouverneur de Provence, Louis de Valois, comte d'Alais et duc d'Angoulême qui devient alors son protecteur, mais demeure essentiellement à Paris. Il y enseigne aux familles nobles et aux jeunes gens qu'elles protègent, Claude-Emmanuel Chapelle, le fils naturel de François Luillier, maître des Comptes et ses amis, François Bernier, Jean Hesnault, sans douteCyrano de BergeracMolière, peut-être Boileau et La Fontaine, suivent son enseignement. Il est en correspondance avec le père Mersenne.

Le 18 octobre 1641, Il observe une éclipse de Lune de l'abbaye de Saint-Germain. La même année, il illustre à Marseille par une expérience de physique les théories de Galilée sur la chute des corps. Un curieux narre la scène :

« M. Gassendi ayant été toujours si curieux de chercher à justifier par les expériences la vérité des spéculations que la philosophie lui propose, et se trouvant à Marseille en l'an 1641 fit voir sur une galère qui sortit exprèz en mer par l'ordre de ce prince, (...) qu'une pierre laschée du plus haut du mast, tandis que la galère vogue avec toute la vitesse possible, ne tombe pas ailleurs qu'elle ne feroit si la même galère étoit arrêtée et immobile. »

En cette année 1641, Gassend est élu à l'agence générale du clergé de France. Une position officielle parmi les plus importante car elle fait le lien entre l'église et les séculiers. Il rencontre Thomas Hobbes. En mars, il reçoit les Méditations de Descartes ; leur querelle commence véritablement à cette occasion. Descartes répond à Mersenne qu'il « méprise » ce pauvre homme qui « n'a pas le sens commun et ne sait en aucune façon raisonner ». Après la réponse de Descartes à ses objections, il publie ses Instances, que fait imprimer son ami Sorbière et auxquelles Descartes répondit par une lettre à son éditeur3. Le 14 avril 1642Gassend observe une éclipse de Lune de l'hôtel de Thou. Mersenne l'engage à porter la contradiction à Jean-Baptiste Morin qui a attaqué son De motu impresso une translato motore. Le 27  septembre  1643, il observe une éclipse de Lune àSucy-en-Brie, en compagnie de l'abbé de Champigny et du président Molé.

La consécration et la fin

En 1645, il est nommé professeur de mathématiques au Collège royal. Il y enseigne l'atomisme d'Épicure et de Lucrèce. Pour lui, cette physique est compatible avec la doctrine chrétienne. Une de ses tâches est d'y lutter contre la croyance, ordinaire à l'époque, en les feux infernaux souterrains. Le30 janvier 1646 Gassendi observe encore une éclipse de Lune ; toujours en 1646, il publie avec Fermat3, contre le jésuite Casrée, un livre sur l'accélération des graves. En 1647, il publie De Vita, moribus, et doctrina Epicuri libri octo. pour défendre la doctrine d'Epicure. L'année suivante, il se réconcilie officiellement avec Descartes (de passage à Paris) grâce aux bons soins de César d'Estrées. Tannery a évoqué un repas des trois philosophes, Descartes, Gassend et Hobbes, réunis à la table du marquis de Newcastle5.

En 1648, une maladie de poitrine le contraint à quitter Paris pour le midi. En 1649, il publie ses commentaires sur le dixième livre de Diogène Laërce et sonSyntagma philosophiae Epicuri. qui est son livre le plus célèbre. Il voyage enProvence, passe deux ans à Toulon où il retrouve son secrétaire, élève et protégé, François Bernier, revenu d'un long voyage en Europe de l'est. Le 8  avril 1652, il détermine les diamètres apparents du Soleil et de la Lune qui selon lui, sont dans un rapport de 1 contre 1000 à 1028. L'année suivante il revient à Paris. Bernier y attaque Morin pour défendre Gassend ; l'astrologue le fait menacer d'excommunication et Gassend obtient de Bernier qu'il cesse sa dispute. Sorbière se propose de traduire la philosophie de Gassend et d'Epicure mais la publication ne se fait pas et l'impression en est arrêtée pour complaire à Gassend6. En 1653, Gassend publie ses vies de Tycho-Brahé et de Copernic ainsi qu'une histoire de l'église de Digne.3 Le 11 août 1654, Gassend observe sa dernière éclipse dans le château de Montmort, au Mesnil-Saint-Denis. Soigné par sept médecins, et de nombreux apothicaires, il reçoit douze saignées, sept purges et vingt-deux lavements avant de s'éteindre le 24 octobre 1655 entre les bras de son élève. Un monument de marbre blanc reçut sa dépouille dans la propre chapelle de son ami Montmort, en l'église Saint Nicolas des Champs.

La postérité 

Henri Louis Habert de Montmor publia ses œuvres complètes à Lyon en 1658 et Bernier répandit sa doctrine en la vulgarisant. Déformée, la philosophie de Gassend apparût dès lors comme celle d'un matérialiste. les médecins Nicolas de Blegny, Guillaume Lamy, G.B. de Saint Romain (témoin des expériences sur le vide réalisée au Puy-de-Dôme)7 contribuèrent à forger cette image. Le scepticisme de Saint-Evremond s'en réclame ; on en retrouve des échos chezJean-Baptiste Vico en Italie et chez Martin Martinez en Espagne. En Angleterre,Francis Glisson reprend certaines de ses thèses. Sa pensée se confond auxviiie siècle avec celle des sensualistes voire des libertins. L'épicurisme et l'atomisme de Pierre Gassend sont mal connus, on ne conserve souvent de lui que sa défense de l'âme animale. Son article dans l'Encyclopédie8 court sur trente lignes. En 1852, une statue de bronze est érigée en son honneur dans sa ville natale. Il demeure néanmoins selon le mot d'Edward Gibbon : le plus grand philosophe parmi les hommes de lettres, et le plus grand homme de lettres parmi les philosophes.

L'homme

Selon le témoignage de ses contemporains, Gassend se levait régulièrement à trois heures du matin, jamais plus tard que quatre heures, et quelquefois à deux. Il étudiait jusqu'à onze heures, à moins de recevoir une visite et se remettait à l'étude vers deux ou trois heures après midi jusqu'à huit. Il soupait légèrement (une tisane tiède, des légumes, rarement de la viande) et se couchait entre neuf et dix. On le disait pieux, et pratiquant avec scrupule ses devoirs de prêtre ; ses paroissiens l'appelaient le saint prêtre. Par sa pauvreté, sa modestie, sa douceur, son humanité, sa bienfaisance, sa charité et sa simplicité, il faisait figure d'un anachorète, vivant dans le monde selon la règle d'un monastère9. Son ami Guy Patin, écrivit de lui10 :

« M. Gassendi est si délicat qu'il n'en ose boire, et s'imagine que son corps brûlerait s'il en avait jamais bu. »

Peu d'auteurs ont imaginé qu'il s'agissait là d'une posture, ou d'un masque.

Ses travaux [modifier]

Sciences [modifier]

De 30 ans plus jeune que Galilée, Gassend, s'est consacré en astronomie à l'observation et à la description du mouvement des planètes, des éclipses de soleil et à l'évolution des taches solaires. Une de ses observations les plus marquantes a lieu le 7 novembre 1631 lors du passage de la planète Mercuredevant Le soleil (un transit). Elle lui assure une place dans le panthéon de l'astronomie. Alors qu'on ne peut observer la planète à l'œil nu, il a l'idée de faire projeter son image sur une feuille de papier. Cela lui permet de se rendre compte de la petitesse de la planète. Il en a tiré une publication :

  • Mercurius in Sole visus, Parisiis, pro voto et admonitione Kepleri.11

Ses travaux portent également sur la propagation des sons ainsi que sur les lois du mouvement et de l'inertie, et en collaboration avec Pierre de Fermat sur l'étude des graves. Opposé à l'astrologie, il entretint une querelle avec l'astronome-charlatan Jean-Baptiste Morin12. Ce dernier alla jusqu'à prédire la mort prochaine du philosophe dès 1650.

Philosophie [modifier]

À la recherche d'une voie moyenne entre dogmatisme et scepticisme, Gassend s'attaque avec violence à Aristote dès sa première publication. En réalité, sa critique porte contre tous ceux qui prétendent avoir découvert quelque recette, innée, nécessaire et indubitable, relativement à la nature réelle des choses. Pour lui, tout le savoir provient de l'expérience sensible. Son courant de pensée tient du phénoménalisme13 et de l'éclectisme. Gassend est rationaliste etpragmatique. En particulier, il s'oppose avec Descartes, auquel il reproche à la fois les idées innées, et sa théorie des animaux machines. Un animal a unepetite âme, écrit Gassend (pour ajouter aussitôt : Pas aussi grande que celle des hommes). Sa préférence va vers Hobbes, qu'il admire pour la force et la liberté de sa pensée.

De fait, Gassend est l'héritier de moralistes, comme Pierre Charron et d'anti-Aristotéliciens, comme Juan Luis Vives et Pierre de La Ramée. RenouvelantPyrrhon d'Elis, il prend ainsi le relais de Francis Bacon, auquel il emprunte de nombreux éléments de la «méthode» scientifique. De surcroît, il croît au vide (contrairement à Descartes) et aux atomes14 (alors que Descartes en tient pour les quatre éléments) ; il s'accorde avec la méthode expérimentale de Blaise Pascal et manifeste un sentiment très vif de la connaissance approchée15. Fidèle à l'érudition des savants de la première moitié du xviie siècle16, il s'oppose donc naturellement au tabula rasa cartésien.

Pierre Gassendi.

A l'opposée des certitudes duphilosophe de la Haye, Pierre Gassend maintient un scepticisme curieux. Alors que Descartes explique l'Univers par sa vision mécaniste, Gassend y devine une complexité sensible due à l'interaction des atomes et du vide17. Il demande à Descartes par quel mécanisme une âme immatérielle pourrait mouvoir un corps matériel15 ; questions qui irritent le philosophe de la Haye. D'autre part, Gassend voudrait que soit reconnu à l'imagination une place aussi importante que celle de la raison ; que le doute cartésien demeure un doute sceptique et non une simple prétérition du discours. Leur querelle oppose deux philosophes d'égales renommée à l'époque18 mais Descartes en retour le traite avec mépris de philosophe charnel, de disciple d'Epicure. Dans ses lettres, il l'appelle mon très chair ou « bonne grosse bête », selon Tannery et Adam « ô Caro optima » dans le texte... comme pour le désigner au bûcher de l'inquisition. Mais à ce jeu, Gassend gagne l'avantage car, selon le mot d'Adolphe Franck, il sait mieux que Descartes, railler sans blesser3

La démarche de Gassend consiste en fait à une toute autre approche que le cartésianisme. Elle est d'abord nominaliste, au sens double où

  • seuls les concepts sont universels
  • Il n'y a d'existence que singulière19.

Ce point de vue réduit la philosophie des catégories substantialistes à néant, évacue la métaphysique et réclame dès lors de ne faire porter les raisonnements que sur la physique. Dans ce domaine, Gassend adopte le point de vue de Démocrite et d'Epicure ; l'épicurisme de Gassend est la solution aux apories que révèle son nominalisme19. Il en retient la théorie corpusculaire et l'interprétation de la lumière. Contrairement à Descartes, pour qui le propre de la matière est l'étendue, Gassend la relie à l'impénétrabilité. Cette profession de foi atomiste lui attire alors de sévères critiques de Campanella. Il se défend du coup du matérialisme dont on l'accuse en supposant ces atomes sensibles... Pour Gassend, la matière est active ; ce qu'on a pu appeler un matérialisme dynamique19. Il défend ce point de vue dans trois ouvrages :

  • De Vita, moribus et doctrina Epicuri libri octo (Lyon, 1647, in-4),
  • De Vita, moribus et placitis Epicuri, seu Animadversiones in librum X Diogenis Laertii (Lyon, 1649, in-fol.; dern. édit., 1675)
  • Syntagma philosophiae Epicuri (Lyon, 1649, in-4; Amsterdam, 1684, in-4).

Ce système, où les atomes sont mortels, mais l'âme non, est le ferment qui donnera naissance au sensualisme de Locke et de Condillac. Il va bien au delà de son précurseur, l'archevêque polonais Guillaume de Sanok20

Article détaillé : Les controverses du cartésianisme.

Théologie et Cosmologie [modifier]

Nominaliste (et si l'on veut, en ce sens, relativiste), Pierre Gassend resta sa vie durant fidèle à l'Église et à la foi chrétienne. Autre paradoxe, il étudia toute sa vieÉpicure, qu'il réinterprèta à la lumière de la science de son temps et de sa foi. Sa théologie s'exprime (autour d'Épicure), dans Du principe efficient, c'est-à-dire des causes des choses.

Sans aller, comme Giordano Bruno, jusqu'à défendre l'idée d'une pluralité de Mondes, théorie qu'il condamne en regard de ses conséquences théologiques, Gassend, qui possédait un exemplaire de Immenso 21 laisse affleurer dans ses ouvrages son accord avec l'aspect cosmologique des thèses du philosophe nolain, notamment l'idée que les étoiles sont d'autres soleils, éventuellement entourés de planètes. Il imagine également que ces étoiles sont dispersées dans l'univers mais pas forcément rangées en "couches" comme l'imaginait encoreJohannes Kepler. Il envisage que ces planètes soient habitées, tout en mettant en garde contre les conceptions anthropomorphiques des conceptions du vivant22.

Par Socrates Philalethe - Publié dans : XVIIe Siècle
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