Albert le Grand (1200 - 1280)

Publié le par Socrates Philalethe

lbrecht von Bollstädtconnu sous l'appellation saint Albert le Grand, était dominicain, philosophe, théologien, naturaliste, chimiste et alchimiste germanique. Il fut professeur de renom au xiiie siècle et notamment le maître de Thomas d'Aquin.

Il est surtout connu pour avoir laissé une œuvre scientifique d’une grande ampleur, particulièrement brillante dans le domaine des sciences naturelles. Il a également permis l'entrée des textes d'Aristote en Occident et a laissé une somme de théologie qui a servi de modèle à la Somme théologique de Thomas d'Aquin.

Albert le Grand est né à Lauingen en Souabe entre 1193 et 1206. Il est mort à Cologne en 1280. Il a introduit dans les universités d’Europe les sciences grecques et arabes. Il était déjà surnommé « le Grand » de son vivant. Canonisé par l'Église catholique, il est fêté le 15 novembre.

Après des études à Paris, il entre, en 1221, dans l'ordre des Dominicains. De 1228 à 1240, il enseigna la théologie, puis obtint à Paris un poste de maître de théologie en 1245. C’est là et à Cologne qu’il a pour élève le jeune Thomas d'Aquin.

Découvrant les ouvrages grecs (dont Aristote) et arabes (Ibn al-Haytham, Avicenne (Ibn-Sinâ)...), il les étudie avec passion. Dans ses commentaires de l’œuvre d’Aristote, il consigne déjà ses désaccords avec les vues de celui-ci dans le domaine scientifique, comme l'avait fait Robert Grossetête, puis Roger Bacon (ces contestations sur l'œuvre de « l'homme qui pouvait tout expliquer », comme le nomme Jean-François Revel1, se sont amplifiées sur le plan scientifique avec Galilée, puis sur le plan philosophique avec Descartes).

Dès 1229 il enseigna la philosophie à Strasbourg, Fribourg, Cologne surtout, puis à Paris (1245), à l' Université de Paris, au premier couvent dominicain de la rue Saint Jacques. Dans le quartier latin la rue Maître-Albert porte encore son nom, nom qu'on retrouve aussi sur une plaque commémorant le couvent Saint Jacques, en l' Église Saint-Étienne-du-Mont 2.

Albert fonda en 1248 à Cologne l’École supérieure de théologie (Studium generale).

En 1250, il traite de l'arc-en-ciel dans son ouvrage de Iride. En 1256-1257, il réside auprès de la curie pontificale, probablement en qualité de lecteur du 'studium' de la curie.

 

Evêque de Regensburg, 1261

En 1260, il fut nommé évêque de Ratisbonne par le pape, mais après trois ans il demande au pape et obtient de celui-ci la permission d'abandonner sa charge.
Ne se contentant pas de contester ponctuellement les travaux d'Aristote, il entreprend une encyclopédie d'ambition comparable De animalibus. Elle comprend :

1.       le classement de toute la faune d’Europe du Nord connue de son temps ;

2.       une description détaillée de la reproduction des insectes, la croissance du poulet, des poissons et de mammifères ;

Ce vaste traité, achevé vers 1270, comprend 26 livres. Les 19 premiers sont des commentaires de l'œuvre d'Aristote, les suivants sont consacrés aux animaux qui marchent, volent, nagent et rampent dans une classification inspirée de Pline l'Ancien. Dans ces derniers livres, il puise largement dans les matériaux du Liber de natura rerum de Thomas de Cantimpré. Cette œuvre qui restera isolée dans son temps tranche sur celles de ses prédécesseurs comme Isidore de Séville et comprend beaucoup plus de descriptions fondées sur des observations réelles.

Il n'empêche que pour encore longtemps la zoologie restera une branche de la théologie dans laquelle les animaux seront étudiés pour les symboles divins qu'ils véhiculent.

Albert le Grand écrit également des encyclopédies semblables pour les minéraux, le De mineralibus et pour les végétaux, le De vegetabilibus. Ce dernier ouvrage comprend e.a. une étude sur les effets respectifs de la lumière et de la température sur la croissance des végétaux, ainsi que la question des greffes.

Ces œuvres sont riches en enseignements historiques et nous apprennent par exemple qu'Albert ne connaissait l'usage du salpêtre que pour la fabrication de l'acide nitrique ou encore que l'ortie était encore citée comme fibre textile à cette époque 3

Philosophie [modifier]

Étant l'un des premiers à recevoir, commenter et enseigner les textes d'Aristote, son travail philosophique consista surtout à paraphraser Aristote et ses commentaires d’Averroès. Il a permis ainsi une première diffusion en Occident des philosophies grecques et arabes longtemps avant celle qui suivra la chute de Constantinople (vite relayé par son disciple Thomas d’Aquin) et à les confronter avec la doctrine chrétienne. Saint Albert se nourrit en effet de sources grecques ( Empédocle, Euclide, Platon, Aristote), latines ( Sénèque) et arabes ( Al Kindi, Averroes et Avicenne et Alhazen dans ses dernières oeuvres)4.

Théologie [modifier]

Science [modifier]

Conçus sur le modèle des traités d’Aristote, ses traités de sciences naturelles condensent les textes grecs et latins commentés et complétés par les Arabes (dans les domaines de l’astronomie, des mathématiques, de la médecine) ; mais Albert ajoute ses propres critiques et observations. Il prône l’expérience, n’hésitant pas à interroger lui-même les spécialistes. Il fut ainsi un inlassable encyclopédiste, qui n'hésitait pas à aller voir et interroger les experts directement.

Ainsi son traité Des Animaux est composé de dix-neuf livres rapportant les données antiques et de sept livres qui sont les fruits de ses observations et de ses enquêtes auprès de chasseurs, fauconniers, baleiniers... Il classe plus de quatre cents espèces végétales (Des Végétaux). S’autorisant à critiquer Aristote, il corrige chaque fois qu’il le juge utile les erreurs de l’héritage antique.

Postérité [modifier]

           béatifié en 1622 ;

           canonisé par le pape Pie XI en 1931 ;

           proclamé docteur de l'Église en 1931 ;

           proclamé « saint patron des savants chrétiens » en 1941.

Il reste dans l'histoire connu comme le « Docteur universel », en compagnie du « Docteur angélique » (son propre élève saint Thomas d'Aquin), du « Docteur séraphique » (saint Bonaventure) et du « Docteur admirable » (le franciscain Roger Bacon, critique comme lui d'Aristote envers qui saint Thomas d'Aquin avait eu davantage d'indulgence). Ce qui donna naissance à l'idée selon laquelle « pendant longtemps, la philosophie a consisté essentiellement en une rédaction de notes de bas de page dans l'œuvre d'Aristote ».[réf. nécessaire] (détournement d'une réflexion de Whitehead sur Platon).

La rue Maître-Albert dans le 5e arrondissement de Paris porte son nom en hommage depuis 1844.

Albert le Grand alchimiste ou magicien ? [modifier]

 

par Joos van Gent

Albert le Grand fut-il alchimiste ? Il s'intéresse à l'alchimie dans ses Meteora et dans son De mineralibus, qui datent de 1250 environ. Selon Robert Halleux (Les textes alchimiques, Turnhout, Brepols, 1979, p. 103-104), « le corpus [alchimique] d'Albert le Grand comprend une trentaine de titres. L. Thorndike et J. R. Partington ont décelé dans son De coelo et mundi et dans ses Météorologiques une grande familiarité avec les thèmes alchimiques. Ceux-ci sont traités longuement dans le De mineralibus (1256). Sur la matière des métaux, il développe, contre Démocrite et Ibn Juljul, la théorie alchimique du soufre et du mercure, qu'il concilie avec les quatre Éléments et qu'il reprend à Avicenne. Le Alkimia5 et le Alkimia minor semblent d'Albert. Le Semita recta (La voie droite) est une compilation de la Summa perfectionis du Pseudo-Geber (Paul de Tarente, 1280)6. Ni le De occultis naturae, ni le Composé des composés (Compositum de compositis) (compilé en 1331) 7, ni le Libellus de alchimia. Semita recta, ouvrage d'alchimie pratique, clair8, ne sont authentiques9. Voici les principes du Alkimia :

« — L'alchimiste sera discret et silencieux. Il ne révélera à personne le résultat de ses opérations. — Il habitera loin des hommes une maison particulière, dans laquelle il y a aura deux ou trois pièces exclusivement destinées à ses recherches. — Il choisira les heures et le temps de son travail. —  Il sera patient, assidu, persévérant. —  Il exécutera d'après les règles de l'art les opérations nécessaires. —  Il ne se servira que de vaisseaux (récipients ) en verre ou en poterie vernissée. —  Il sera assez riche pour faire en toute indépendance les dépenses qu'exigent ses recherches. —  Il évitera d'avoir des rapports avec les princes et les seigneurs. »

Albert le Grand fut-il magicien ? Il le dit : « Bien plus, nous sommes experts en magie. Etiam nos ipsi sumus experti in magicis » (De anima, I, 2, 6 ; éd. Stroick p. 32). Il connaît les ouvrages magiques d’Ibn Qurra et le Picatrix. Il a pratiqué : « ... vérité que nous avons expérimentée par notre pratique de la magie » (De anima, I). Il parle des sceaux et images occultes, des incantateurs. Mais le Speculum astronomiae, ouvrage de référence pour l'archimage Agrippa de Nettesheim, vient d'un autre, qui est peut-être Richard de Fournival10, vers 1277.

Les spécialistes décèlent une évolution dans sa pensée : d’abord Albert le Grand accepte la magie et l’alchimie d’Hermès (De mineralibus, 1251-1254), ensuite il la rejette comme nécromancie, c’est-à-dire magie démoniaque (Summa theologiae, vers 1276). Le fameux livre de magie populaire Le Grand Albert n'est pas de lui, mais il contient certains éléments de son enseignement en gynécologie, vers 1245. « Quant à “l'histoire du fameux automate qu'Albert aurait construit et que Thomas d'Aquin aurait détruit”, c'est une affabulation datant du XIXe s. » (Bernard Husson).

Publié dans XIIIe Siècle

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