Esotérisme, hébraïsme, et fonction de l'identité hébraïque dans l'Angleterre de la Renaissance - Yona Dureau

Publié le par Socrates Philalethe


Hébreu exotérique et identité : l'Angleterre verus Israel
La fondation de l'Eglise d'Angleterre et de son identité sur le retour au texte original hébraïque
L'enseignement de l'hébreu dans les écoles et les universités
L'éducation noble
Les écoles
L'espoir d'une "langue et religion commune" pour lier catholiques et protestants
L'hébreu, l'hébraïsme, et la cabbale chrétienne comme émergence d'une troisième force
L'affaire de l'hostie et le problème de la transsubstantation : une prise de position protestante
Une atmosphère propice à l'attente des catholiques et des puritains
Les fervents lecteurs de Reuchlin et de Pic de la Mirandole
Le cas des traducteurs de Kabbalah et de Cabbale en Angleterre.
L'étude de la kabbalah et de la cabbale chrétienne
L'écriture ésotérique et l'hébraïsme : modèle identitaire ou protection vitale?
Correspondance ésotérique et étude cabbalistique : l'ésotérisme camouflage identitaire
Etude et tétragrame: l'ésotérisme hébraïque et son identité intrinsèque
Conclusion
ANNEXE

Il peut sembler paradoxal d'évoquer la question de l'ésotérisme et de sa liaison avec l'hébraïsme - en tant que culture, mais aussi en tant qu'identité associée à l'étude de textes hébraïques- lorsque l'on contemple des images aussi étonnantes que cette médaille frappée en 1545 par Henry VIII, où la souveraineté du roi sur l'Eglise est gravée en grec, en latin, mais aussi en hébreu . L'hébreu et l'identité juive sont en effet empruntés par la couronne britannique comme par beaucoup de monarchies de la Renaissance pour fonder la légitimité d'une dynastie et d'une foi. Mais dès lors qu'ils sont utilisés par l'un des discours officiels pour servir le pouvoir, l'hébreu et l'identité juive n'en deviennent que davantage porteurs d'un enjeu politique et religieux. A côté de l'enseignement d'un hébreu officiel, et d'un hébraïsme de bon ton se développe un enseignement hébraïque qui échappe au contrôle du pouvoir, et qui, d'une certaine façon, menace ses fondements, par des intérêts différents, sinon divergents. L'intérêt pour l'hébreu dans l'Angleterre de la Renaissance n'émane pas seulement du pouvoir. L'hébreu, l'hébraïsme, la culture et l'identité juive, fascinent un grand nombre d'intellectuels, catholiques comme protestants, bien avant que le pouvoir royal, Henry VIII, puis Elisabeth, ne voient en ces éléments un fondement d'une nouvelle religion, et d'une nouvelle identité. Il nous est apparu important, après l'étude de textes ésotériques et exotériques rédigés parfois par les mêmes auteurs, de tenter d'émettre ici quelques hypothèses de lecture de ces formes différentes. Les questions de l'identité juive usurpée, puis de l'identité hébraïque dissimulée d'un texte, ou d'une référence, sont de fait au coeur de ce débat, et chacune des parties de cette étude s'interrogera sur ces thèmes.

Le caractère ésotérique de textes hébreux ou hébraïques prend ainsi une triple dimension. La cause peut en être religieuse, mais aussi politique, avant d'être identitaire et épistémologique. Notre étude commencera par un historique bref de la question de l'usurpation identitaire du verus israël anglais, avant de voir comment la cabbale chrétienne a pu être vue avec méfiance par le pouvoir, puis de considérer l'écriture ésotérique comme l'expression épistémologique hébraïque par excellence.

 

 

I. Hébreu exotérique et identité : l'Angleterre verus Israel

L'étude de l'hébreu en Angleterre n'est pas née à la Renaissance. Il faut rappeller que les ordres missionnaires, et en particulier les Dominicains, avaient toujours prôné l'étude de l'hébreu, mais dans le but explicite de la conversion des Juifs. Le premier grand enseignant de l'hébreu en Angleterre fut Robert Grossetête (1175-1253), qui devint plus tard évêque de Lincoln, et l'un de ses plus éminents élèves fut Roger Bacon (c.1210-1290), qu'il enseigna à Oxford . L'un des élèves de Bacon fut Nicholas de Lyra (c. 1270-1340), dont les commentaires montrent une parfaite connaissance des commentateurs juifs, dont Rashi . L'influence des études d'hébreu à Oxford eut un impact sur les couvents franciscains de Cambridge. Henry de Costesy fut nommé lecteur à l'Université vers 1326 pour l'hébreu et le grec. Il faut enfin nommer parmi ces érudits franciscains Richard Brinkeley, qui résida à Cambridge de 1480 à 1518. Retenons de ce chapitre historique que les Dominicains, premiers hébraïsants en Angleterre, sont porteurs du paradoxe de la relation du pouvoir royal anglais à l'hébreu, soit une utilisation méfiante et contrôlée de cette langue. Les Dominicains prônent en effet l'étude de l'hébreu... mais pour convertir les Juifs. En Europe, cet ordre conseille l'étude du texte hébraïque, mais la destruction du Talmud. Rappelons que sous les pontificats de Grégoire IX et Innocent IV, ils ont été à l'origine des auto-da-Fé de Talmud à Paris.

 

L'utilisation de l'hébreu par le pouvoir royal s'inscrit donc dans une tradition, mais en apportant le changement du sens de l'étude de cette langue. Il ne s'agit plus d'étudier l'hébreu pour convertir, mais pour fonder le pouvoir.

Le changement majeur dans les relations de cette langue au pouvoir est établi par l'Acte de scission d'Henry VIII d'avec l'Eglise catholique. Cet acte, en plaçant le roi à la tête de l'Eglise anglaise, va mêler indissociablement tout acte religieux à la politique. Revenons un instant sur cette médaille frappée en l'honneur d'Henry VIII, "roi d'Angleterre et d'Espagne". L'avant dernière et la dernière ligne énoncent : "mitahat hamashiah rosh elion" : sous le messie tête suprême. L'énonciation en hébreu est, certes, la traduction du grec "ipo christo", mais simultanément, et chaque langue reflètant une idéologie différente, elle prend le sens hébraïque du terme massiah, et confère une dimension messianique, futuriste, au roi Henry. De plus, l'hébreu vient conférer une dimension sacrée à l'énoncé, puisqu'il évoque le texte biblique, original. L'acte de suprématie d'Henry VIII se cherche une légitimité avec ce retour aux origines, et l'utilisation de l'hébreu sur une médaille commémorant cet acte n'est pas un hasard. Simultanément, cette médaille résume l'ambigüité de l'utilisation de l'hébreu et montre qu'elle ne peut être réduite à un emprunt. Le sens des mots hébreux est encadré par les termes grecs sur le verso et latins sur la face de cette médaille. Il y a là la métaphore de l'utilisation de cette langue, et de la reprise de l'identité hébraïque par le pouvoir royal. L'hébreu est une langue de référence, si elle sert le sens latin du texte/de la religion/du pouvoir.

 

 

1. La fondation de l'Eglise d'Angleterre et de son identité sur le retour au texte original hébraïque

La fondation de l'Eglise d'Angleterre s'énonce dans un mouvement général de retour aux sources. Tout d'abord, il faut garder en mémoire que la défense du roi Henry VIII auprès des autorités ecclésiastiques avait été menée par Wakefield, un éminent hébraïste de Cambridge, sur la base des sources rabbiniques de commentaires bibliques . La dispute du roi l'avait donc entraîné de prime abord sur le terrain de l'érudition biblique et des sources hébraïques, et la question de sa légitimité, de celle de son divorce et de son remariage se confondait ainsi avec la question des textes originaux et de la primauté du texte hébraïque. Rappelons aussi le motto fameux "ad fontes" repris à la fois par les catholiques et les protestants de la Renaissance. Rappelons l'injure de "prostitute of Babylon" qui résonne dans toute la Renaissance anglaise. Ce faisant, les humanistes insistent sur l'importance du travail de traduction, sur la nécessité d'un retour aux textes originaux, et se renvoient réciproquement l'injure de mauvais traducteurs d'hébreu . Après l'Acte de Suprématie, Henry VIII se voit porté naturellement au même mouvement que ces humanistes de tous bords, et l'Eglise d'Angleterre s'énonce elle aussi comme un retour au texte. C'est sans doute ce qui justifie la présence d'un Talmud parmi les biens personnels du souverain. Bien qu'il n'y ait pas de preuve, actuellement, que ce talmud ait effectivement servi à l'enseignement de ses filles par un rabbin, il reste des traces d'une éducation hébraïque de Mary Stuart, dont le psaultier porte en marge des commentaires en hébreu de sa main, et on sait par la gouvernante Baltheva Makvi que la reine Elisabeth parlait parfaitement l'hébreu.

Sous Elisabeth, l'édification du pouvoir à partir de l'hébreu s'accentue, au même rythme que se durcit l'opposition papale. La bulle d'excommunication du pape en date du 25 Février 1570, Regnans in Excelsis, ne laisse aucune place au doute ni au compromis. La reine est excommuniée, c'est-à-dire déclarée hérétique, et mise au ban de la communauté de l'Eglise. La traduction de la Bible se fait sous le contrôle royal, et on notera que Parker remet la traduction à William Cecil pour la remettre à la reine Elisabeth avec la liste des traducteurs, ce qui peut être interprété comme une marque d'honneur ou bien comme une volonté de contrôle de cette traduction par le pouvoir.

 

Cet intérêt pour l'hébreu, mais aussi pour les sources juives dans la famille royale crée, sans doute possible, un mouvement en chaîne chez les intellectuels de la période élisabéthaine. On en voit des traces dans la dédicace de la traduction biblique latine de Tremelius à la reine Elisabeth. Cette traduction avait la particularité de se fonder sur de très nombreux commentateurs rabbiniques pour résoudre les problèmes de sens. Tremelius, double converti du judaïsme au catholicisme, puis au protestantisme, effectue dans sa vie individuelle un mouvement de retour au texte original, par les traductions, mais aussi aux sources, qui le met en péril auprès des autorités catholiques (de la reine Mary). Cette référence aux sources reste source de polémiques même auprès des autorités protestantes: la dédicace à Elisabeth est sans doute plus qu'un hommage, et elle remplit certainement la fonction d'une demande de protection comme c'était souvent le cas à cette époque. Il faut insister sur l'oeuvre de Tremelius et sur cette traduction en particulier, car elle montre que le mouvement de retour au texte hébraïque, qui trouve sa consécration avec la traduction de James en 1611, commence très tôt, et exprime le besoin du pouvoir royal de consolider une légitimité après l'acte de scission religieuse, puis, avec l'accession au trône d'Elisabeth, et l'édification de l'Eglise anglicane.

Si les traducteurs encouragés dans cette voie collaborent avec le pouvoir dans cet acte de légitimation par l'hébreu et les sources hébraïques, on constate que le pouvoir élisabéthain fut particulièrement actif dans l'édification de la connaissance de l'hébreu.

 

2. L'enseignement de l'hébreu dans les écoles et les universités

Les universités

Après la scission d'Henry VIII d'avec l'Eglise catholique romaine, le roi s'empressa de mettre en place des édits visant à contrôler les universités. Ces édits interdisaient d'une part "toute cérémonie, constitution ou coûtume qui empêchait qu'un enseignement correct ait lieu", ("all ceremonies, constitutions and observances that hindered polite learning" ), mais, de plus, instituait deux "conférences"/cours par jour ("lectures"), l'une en latin, l'autre en grec. A Cambridge, Thomas Leigh institua pour sa part une conférence publique soit en hébreu, soit en grec, aux comptes de l'université, et la remise des comptes au pouvoir royal. Thomas Cromwell accorda de ne pas lever de taxe sur Cambridge et Oxford, à condition que soit établie une conférence gratuite et publique au nom du roi Henry VIII qui soit dans l'une des trois langues, latin, grec ou hébreu . En 1540, la charge financière de ces postes passent sur le budget de la cathédrale de Wesminster et le nombre de conférences/cours tenues par les universités passe à cinq, incluant la théologie (divinity), la loi (civil law), la mèdecine, le grec et l'hébreu. Westminster devait alors payer 400£ par an pour payer ces enseignements. Cette phase dura jusqu'en 1546 lorsque Trinity College fut fondée à Cambridge et Christ Church à Oxford. Les professeurs de théologie, grec et hébreu devaient être à la charge des nouvelles fondations, et les autres à la charge de l'état. Ces mesures marquèrent le triomphe de l'humanisme, tout en scellant la main-mise royale sur l'enseignement de l'hébreu dans les Universités, alors que la garantie du salaire par le pouvoir royal et les universités assura un essort sans précédent à tous les enseignements. Le lecteur royal de Cambridge est en hébreu, celui d'Oxford en théologie (divinity), et il semblerait que le lecteur de 1536 de Cambridge n'ait été autre que le frère cadet de Robert Wakefield, (Thomas), dont on a vu l'importance dans la dispute royale avec la papauté et le recours aux textes hébraïques.

La fondation des Trinity College par Elisabeth contribue à l'essor de l'hébreu, et la reine elle-même devait à la fois connaître cette langue et lui accorder une certaine importance, puisque sa visite à Oxford en 1566, elle se voit accueillie par Thomas Neale qui lui lit un discours de quinze lignes en cette langue, suivi d'un poème de cinq strophes en hébreu (MS Bodleian 13). La reine procèdera aussi à un décret sur les grammar schools visant à l'enseignement de l'hébreu dans les écoles primaires, mais il semble que ce décret n'ait jamais pû être appliqué.

 

3. L'éducation noble

L'érudit florentin Petrucchio Ubaldini rapportait qu'en Angleterre "les riches font apprendre le latin le grec et l'hébreu à leurs fils et à leurs filles, car depuis que les tempêtes de l'hérésie ont envahi le pays, ils tiennent pour utile de lire les Ecritures dans les langues originales." Il est difficile de saisir l'importance de ce phénomène sur un seul témoignage, mais on trouve de semblables remarques dans l'oeuvre de Lawrence Humphrey dans The Nobles, Of the Nobility, qui recommande aussi l'enseignement de l'hébreu.

Dans les royal wards des orphelins nobles, Bacon, puis Gilbert, s'efforceront à plusieurs reprises d'établir une éducation idéale comprenant l'enseignement de l'hébreu. Mais ce plan restera, en dépit de ces dispositions, inappliqué.

 

4. Les écoles

Le 27 Novembre 1539, Thomas Cromwell envoya à Crammer une lettre concernant la reconstitution de l'église de la cathédrale de Canterbury. L'acte du Parlement légalisait la saisie de l'argent des monastères, mais établissait une école attachée à cette église où avait lieu un enseignement de l'hébreu . Les revenus de la cathédrale devaient selon Cromwell payer l'enseignement de l'école. Un tel plan devait être appliqué à d'autres écoles de cathédrales, ainsi que le confirme le document King Henry VIII's Scheme of Bishoprics.. Dans les faits, ce plan ne fut pas appliqué, et il n'y a pas de preuve que l'hébreu ait en définitive été enseigné à Canterbury. Sous Elisabeth, cependant, des écoles voient le jour où l'hébreu sera effectivement enseigné.

The statutes of Merchant Taylor's School, approved by the governors in 1561, stated that the headmaster must be proficient in Latin and Greek, 'if such may be gotten'. There is no mention of Hebrew. Such an omission may be explained by the difficulty in finding anyone capable of satisfying the requirement, or by the dependence of the statutes on those drawn up by Colet for St Paul's School fifty years previously. But despite the lack of statutory provision, it is certai tha instruction in Hebrew was offered from the beginning. The first three headmasters, Richard Mulcaster, henry Wilkinson and Edmund Smith, were all capable of giving it, and there is contemporary evidence that at least one of them did so. On 10 June 1572 an entrance examination to St John's College, Oxford, was held at the school. Two senior boys were to be elected. The examiners included Nowell, Dean of St Paul's, Watts, Archdeacon of Middlesex and Horne, Bishop of Winchester. 'Before this venerable assembly the head scholars of the school presented themselves for examination and after one of them had briefly enumerated the several books they were learning in Latin, Greek and Hebrew, the examination began ' (Jones 230)

 

Hormis cette école, Jones cite encore St Paul's School, Westminster School, et Bedford School, où aurait été enseigné l'hébreu pendant le seizième siècle.

L'hébreu et la culture hébraïque participaient donc aux fondements de la nouvelle religion et de la légitimité du pouvoir royal. Il est remarquable de constater que cette question d'identité (juive), qui est à l'origine de cette étude, surgit dans l'histoire d'Angleterre à propos d'un problème d'identité (royale), et du problème de succession d'Henry VIII, avant de devenir le problème d'identité d'Elisabeth (la bâtarde), puis de l'Angleterre anglicane toute entière. L'identité (et selon l'éthymologie du terme "identitus", le modèle) hébraïque est empruntée pour faire opposition à une autre identité, romaine. Cet ancrage identitaire est crucial à l'heure de la naissance des sentiments nationaux en Europe, et répond à la fois aux aspirations d'unité de son peuple pour la reine Elisabeth, et à l'attente messianique dépourvue d'objet des puritains et des catholiques, aspirations que nous allons évoquer rapidement.

 

 

5. L'espoir d'une "langue et religion commune" pour lier catholiques et protestants

On peut penser que cette insistance sur l'hébreu était une autre expression de la tactique subtile de la reine Elisabeth pour ne pas établir une Eglise qui serait ou protestante ou catholique, mais bien fonder une église anglaise originale unissant ses sujets. Le retour aux sources linguistiques et textuelles des deux religions éloignait le spectre de la St Barthélémy dont on sait qu'elle l'avait profondément affectée. Une nouvelle église qui serait un compromis entre le protestantisme et le catholicisme lui permettait d'unir ses sujets en une religion, tout en offrant une solution aux catholiques, que la bulle papale d'excommunication de leur reine atteignait tout autant qu'elle. Etait excommuniée avec la reine toute personne acceptant de lui obéir, et la bulle invitait ainsi les croyants -les catholiques anglais- à rejeter l'autorité temporelle et spirituelle de leur reine. Cette bulle ne fut pas suivie par les catholiques, pour qui la fidélité au trône primait, et qui se trouvaient déjà isolés dans la société anglaise, sans secours réel de l'extérieur. La reine Elisabeth mena sans cesse une politique ambigüe, qui accordait, tour à tour, aux protestants et aux catholiques, sans que sa préférence fut perceptible, pour l'un ou l'autre camp.

En 1559, lors d'une messe dans la chapelle royale, les autorités de l'Eglise anglicane découvrirent avec horreur qu'un crucifix avait été placé dans la chapelle royale, et que deux chandeliers figuraient désormais sur la table, "standing altar-wise", c'est-à-dire placés ainsi que sur un autel, et ce, alors que la signification de la messe pour les réformés ne signifiait pas le renouvellement du sacrifice pascal, mais l'étude avant tout de la Bible. L'affaire prit immédiatement la dimension que souhaitait la reine, c'est-à-dire que cet acte fut interprété par les protestants comme un arrêt de la Réforme et par les catholiques comme une forme de conciliation destinée à leur faire accepter la religion réformée par la reine comme une religion, avant tout, nationale selon le vieux principe établi : cujus regio, ejus religio. Après ce qui paraît être une première prise de position religieuse, la reine prit à nouveau la parole dans ce domaine. Sur le conseil de Richard Godrich, qui semble avoir écrit Device for Alteration to Religion (3) en réponse a une commande royale, Elizabeth manifesta à nouveau sa volonté et sa diplomatie religieuse concernant le dogme de la transsubstantation.

 

L'affaire de l'hostie et le problème de la transsubstantation : une prise de position protestante

In a dramatic episode she ordered Bishop Oglethorpe not to elevate the host; he refused, and when he reached that point in the mass Elizabeth rose and stalked from the chapel, making clear to all that she did not accept transubstantiation. (Norman L. Jones 32)

A ce sujet la reine écrivit un texte, où elle exprimait de façon étonnamment claire un point de vue protestant en pratiquant à nouveau une politique d'actes provocateurs qu'elle laissait son public libre d'interpréter.

As the members of Parliament gathered for the opening of the session, the Queen gave further indications of her religious intentions. Elizabeth absented herself from the traditional mass of the Holy Ghost and when she was at Westminster Abbey by a procession of monks with lightes tappres, incense and holy water, she cried; 'Away with these torches, we see very well.' (Norman L. Jones 37)

Sur tous les sujets brûlants de la religion, sur tous les thèmes enflammant les puritains et les réformés, la reine prenait la parole, sinon montait en scène, et occupait donc le premier rôle. On constate la même obstination quand elle obtint habilement la perte de la majorité catholique dans le Parlement suivant, lorsque les représentants catholiques se virent refuser le droit de réponse au représentant de la couronne dans la disputatio ouverte et apparemment libre. Outrés, ils quittèrent le Parlement, perdant de facto la majorité, et permettant ainsi l'établissement des réformes auxquelles ils s'opposaient. Les historiens sont partagés entre l'interprétation d'une position royale imposée par la situation, par des déclarations protestantes dictées par les événements et la puissance menaçante des puritains, ou, au contraire, l'existence d'une politique religieuse tacite mais ferme, établissant une religion de la via media destinée à réunir tout un peuple. En fait, il semble bien que la reine, avertie par le règne sanglant de sa soeur et par la St Barthélémy des dangers des affrontements religieux, ait tout tenté pour créer une église de compromis destinée à unir ses sujets. Cette Eglise et sa nouvelle identité trouvait, elle aussi, sa légitimité dans un retour à l'hébreu.

 

Une atmosphère propice à l'attente des catholiques et des puritains

Enfin, l'attente qui caractérise le messianisme juif répond au sentiment d'attente des puritains et des catholiques.

Les puritains attendent une réforme plus profonde de l'Eglise anglaise, et justifient ainsi son état auprès des protestants étrangers. Mais les catholiques sont aussi caractérisés par une attente indéfinissable, car ils voient dans les demi-mesures de la reine Elisabeth une volonté de tergiversation devant permettre ensuite un retour à l'église catholique.

For the committed Catholic there was in these years always the hope that better days might come. Bishop jewel commented to Peter Martyr in 1562 that the Papists were thought to be 'expecting something, I know not what, no less than the Jews do their Messiah

Les textes hébraïques et la tradition qui les accompagne correspondent intimement à cette atmosphère, et favorisent ainsi l'efflorescence des mythes royaux élisabéthains de messianisme.

 

L'hébreu et l'hébraïsme d'un premier type, encouragés par le pouvoir royal, correspondent à l'expression d'une identité d'emprunt visant à s'opposer à la légitimité romaine par une légitimité plus ancienne et ainsi plus vénérable, plus sacrée parce que biblique. Mais, parallèlement à ce premier type d'hébreu et d'hébraïsme, on trouve un hébreu et un hébraïsme liés à une expression ésotérique, et dont le sens et l'identité ne peuvent être mis en lumière que par contraste avec l'idéologie politique et religieuse du pouvoir.

 

II. L'hébreu, l'hébraïsme, et la cabbale chrétienne comme émergence d'une troisième force

Constatons que, face aux traductions commandées et contrôlées par le pouvoir royal, face aux institutions d'enseignement de l'hébreu mises en place par lui, nous trouvons l'initiative de traducteurs de cabbale et de cabbale chrétienne, les réunions et études spontanées de ces traducteurs, les échanges épistolaires de ces traducteurs et des écrivains, et enfin la réunion de groupes de cabbale chrétienne. Or il est frappant de constater que l'hébraïsme, en tant que culture hébraïque perçue ici souvent par l'intermédiaire de textes commentateurs, voire de cabbale chrétienne, devient à nouveau une source d'identité, (au sens littéral du terme, c'est-à-dire un modèle), puisque ces groupes prennent ensuite le modèle ésotérique comme forme de leurs écrits.

Il est clair alors que les études cabbalistiques et la cabbale chrétienne, qui avaient d'abord enthousiasmé les penseurs académiques les plus réputés de l'Angleterre, ont dû ensuite entrer dans la clandestinité. L'ésotérisme des textes inspirés par cet hébraïsme est donc de deux ordres : il peut s'agir d'un ésotérisme dû au contenu sacré ou divin du texte, mais aussi d'un camouflage de la clandestinité.

Nous verrons dans cette partie quel était l'historique de la réception de la cabbale à travers la cabbale chrétienne en Angleterre, avant de centrer notre analyse sur les traducteurs de cabbale chrétienne, puis de voir les diverses formes d'ésotérisme de leurs textes.

 

1. Les fervents lecteurs de Reuchlin et de Pic de la Mirandole

Reuchlin avait de nombreux admirateurs en Angleterre depuis le début du XVIe siècle. Sir Thomas More, l'évêque de Rochester, Fisher, l'érudit mèdecin Linacre, Grocyn, premier enseignant de grec à Oxford, Colet, Doyen de St Paul, Tunstall qui sera ensuite Evêque de Londres. On oublie d'autre part souvent que Thomas More est l'un des traducteurs de l'oeuvre de Pic de la Mirandole en anglais. Parmi ces érudits, on trouve ainsi des universitaires. Il est évident qu'à son origine, l'intérêt pour la cabbale chrétienne ne se différencie pas fondamentalement de l'essor de la culture hébraïque exotérique, puisque c'est par exemple John Colet, à son retour d'Italie enthousiasmé par Pic de la Mirandole et l'oeuvre de Ficino, qui oeuvrera pour le développement des études bibliques et hébraïques à Oxford en 1496.

Mais très vite, on voit se distinguer deux tendances, entre ceux qui pensent que l'étude de l'hébreu, des sources hébraïques, et de Reuchlin a des limites à ne pas franchir, et ceux que l'étude approfondie de tous ces textes tente. Colet lui-même n'apprendra l'hébreu que fort tard, comme si Reuchlin, intermédiaire avec cette culture, lui avait suffit. Wakefield et Fisher ont un point de vue divergeant sur ce point qui pousse Wakefield à quitter Cambridge. En 1555, John Cheke le premier Regius Professor de grec à Cambridge écrit dans une lettre à Stephen Gardiner que l'hébreu a encore ses détracteurs et que l'étudier peut miner une réputation .

On voit peu à peu se distinguer les études officielles des sources hébraïques de celles de la kabbalah, et de la cabbale chrétienne proprement dite.

 

2.Le cas des traducteurs de Kabbalah et de Cabbale en Angleterre.

L'étude de la liste des oeuvres traditionnellement considérées comme majeures par les Cabbalistes chrétiens français, traduites en latin ou en anglais, ainsi que de la liste des oeuvres de Cabbalistes chrétiens français traduites en anglais, nous permet d'établir la liste de traducteurs anglais d'ouvrages de Kabbalah ainsi que de Cabbale que nous reproduisons en annexe.

Les traductions de textes cabbalistes, ne sont pas le fruit du hasard. Elles suivent la logique permettant la récupération de certains thèmes messianiques et royaux, en abandonnant ceux qui seraient trop centrés sur le sentiment national français. Les traducteurs montrent des liens entre eux que nous avons donc résumé dans le tableau suivant :

Schéma des liens existant entre les traducteurs et quelques intellectuels anglais contemporains

 

Dans ce schéma, nous avons résumé les relations et liens entre des traducteurs en prenant pour principe supplémentaire qu'un traducteur s'intéresse à une traduction d'un ouvrage du même auteur, ou au même ouvrage traduit par un autre traducteur. Les flèches figurant ce type de lien sont donc surmontées de la mention "double traduction", suivie du nom du Cabbaliste chrétien traduit ainsi par deux traducteurs différents.

Les relations personnelles des traducteurs entre eux -celles du moins dont nous possédons une trace- sont représentées par des flèches. Ces relations personnelles mettent en évidence la centralité du personnage de John Dee dans ce réseau.

Enfin, quand un traducteur avait été suivi par sa famille ou une partie de sa famille dans son engouement pour la Cabbale chrétienne, le nom des membres de sa famille figurent alors en groupe en-dessous ou immédiatement à côté du sien.

En ce qui concerne les traducteurs pour lesquels nous ne connaissons pas un lien quelconque avec d'autres traducteurs ou d'autres mentors, nous avons symbolisé ce manque d'information par un point d'interrogation.

Enfin, nous avons reproduit à droite de ce tableau et reliés entre eux par des traits droits les intellectuels figurant dans la liste des membres connus de l'Areopagus.

Certaines relations ont pu exister, du moins la déduction logique nous pousserait à les voir en filigrane dans des idées communes : John Colet intéressé au plus haut point par l'hermétisme et par la théorie héliocentrique a pu fort bien rencontrer John Harvey, traducteur de l'Hermes Trismegiste, ou son frère William, qui appliquait cette théorie à la médecine (il avait écrit également un ouvrage sur la circulation sanguine,De Motu cordis), comme Colet . Nous sommes malheureusement réduits à des suppositions pour cette relation et cet échange, et nous n'avons donc pas établi de lien certain entre eux. Des dédicaces tendent à montrer qu'un lien existait également entre Shakespeare et ce groupe.

Il est à peu près certain que la liste des membres de L'Areopagus ainsi que des adeptes qui gravitaient autour de ce groupe n'est pas représenté de façon exhaustive dans ce schéma, même si nous pouvons à présent élaborer avec plus de fermeté l'hypothèse d'un groupe de Cabbalistes chrétiens anglais, fondé à l'instar de celui de la cour de France sur la traduction - appropriation des textes considérés comme majeurs par ce groupe . En fonction du nombre de relations individuelles centrées sur la personne de John Dee, on peut également affirmer que ce groupe était "dirigé" par John Dee, et entrevoir là l'organisation d'un groupe de traducteurs-écrivains devant propager une certaine idéologie.

Ces auteurs ne semblent pas montrer pour la plupart de connaissance de l'hébreu, mais leur intérêt pour la mystique hébraïque est évident. Cet intérêt les lie de façon pratique, puisqu'on s'aperçoit que ces traducteurs étudient ensemble les textes de cabbale chrétienne de l'Europe de la Renaissance. Une analyse plus approfondie de leurs thèmes d'étude met en évidence l'importance de la tradition hébraïque dans sa forme ésotérique au centre de l'étude de ce groupe.

 

 

3. L'étude de la kabbalah et de la cabbale chrétienne

Le groupe de ces traducteurs étudie autour de John Dee, et il semble possible de les identifier avec le groupe de l'Aeropagus dont parle la correspondance de Spenser et Gabriel Harvey sur la base des personnes citées nommément dans ces lettres.

Une lettre de Spenser à Gabriel Harvey nous informe que Sidney et Dyer ont fondé un groupe nommé Areopagus, et que ce groupe est "destiné à compter les syllabes les lois et les quantités des vers anglais":

[Philip Sidney and Edward Dyer] have proclaimed in their Areopagus, a generall surceasing and silence of balde Rymers, and also of the verie beste to : in steade whereof, they have by authoritie of their whole Senat prescribed certaine Lawes and rules of Quantities of English sillables, for English Verse : having had thereof already great practise, and drawen mee to their faction. (Gabriel Harvey, Letter Book)

 

Cette lettre montre que Gabriel Harvey n'était pas seulement le frère d'un traducteur de Cabbale chrétienne, mais qu'il correspondait avec Spenser, qui appartenait à un groupe intellectuel dont le noyau unificateur semble bien avoir été ce type d'études.

Peter French considère le groupe de l'Areopagus et le limite aux personnes citées par Spenser, ( Sidney, Dyer Greville, Daniel Rogers et Dee) tout en élaborant la thèse que ces études qui ne traitaient certainement pas seulement de versification étaient le fondement d'un groupe hermétique. Il est évident d'après la contradiction même dans la lettre de Spenser qu'il ne s'agit pas que d'un groupe de versification. Spenser nous informe simultanément de la fondation d'un groupe établissant de nouvelles règles de versification pour annoncer ensuite qu'il a été admis dans ce groupe pour être instruit en cet art par ses membres si doctes et déjà expérimentés.

Gabriel Harvey comprend à demi-mot puisque sa réponse indique qu'il honore plus ces hommes et ce groupe que deux cent Dionisii Areopagitae.

D'autre part, il n'est pas contradictoire d'associer l'étude de la versification avec celle de la mystique si l'on garde à l'esprit la thèse de Léon l'Hébreu concernant les fondements de l'écriture ésotérique et l'importance de sa forme rimée .

Notre thèse est que ce groupe était beaucoup plus important, qu'il comportait un ensemble d'écrivains et de traducteurs, et que leurs études, même si elles utilisaient les thèmes grecs ou hermétiques, et comportaient l'étude de la versification, suivaient ces principes esthétiques et éthiques. Une lettre de Gabriel Harvey montre clairement que l'étude de ce groupe est la kabbalah, puisqu'il utilise les termes de "supernaturall philosophy" (après les avoir utilisé pour désigner la science de John Dee) qui sont à l'époque synonyme de cabbale:

[ . . . ] in very deede the soverayne ladye and supreme goddesse of vertues and in a manner the only foundrisse and defenderesse as well of the theoricks as practicks in all sciences and professions, and namely the very mother and nurse of our most mysticall and profondist morall naturall and supernaturall philosophy.[ . . . ] (Letter-Book, 73)

 

Pourtant ce groupe se cache. Spenser et Harvey ne l'évoquent qu'à mots couverts. Et les textes écrits par les auteurs de ce groupe donnent un statut variable à l'hébreu, tout en affichant tour à tour un ton ésotérique ou exotérique. La forme ésotérique du texte dans son rapport à un contenu est indissociable de la question de l'identité, ainsi que nous allons le voir dans la partie suivante.

 

III. L'écriture ésotérique et l'hébraïsme : modèle identitaire ou protection vitale?

Ainsi deux formes d'ésotérisme apparaissent après deux mouvements hébraïstes différents. L'ésotérisme des lettres entre Gabriel Harvey et Spenser répond sans nul doute à la nécessité de se cacher et de se protéger, alors que l'ésotérisme des textes de cabbale chrétienne reflète un sens épistémologique propre autant que la crainte d'être dévoilé.

1. La problématique des sources cabbalistiques et juives chez les frères Harvey : le tournant de l'hébraïsme exotérique à l'hébraïsme ésotérique

Une question récurrente obsède Gabriel, John, et Richard Harvey. Il s'agit de la conjonction de Saturne et de Jupiter. Cette conjonction fait référence, on le sait, à la prophétie de Guillaume Postel selon laquelle Jésus étant né peu de temps avant cette conjonction, la septième conjonction verra le retour du messie.

Dans la correspondance qu'il échange avec Spenser, Gabriel Harvey parle de cette conjonction à mots couverts, par allusion, sans décrire les éventuelles catastrophes du déluge de feu censées l'accompagner.Harvey rappelle un sujet de discussion de leur dernière rencontre, mais ne le mentionne pas explicitement. Ces détours embarrassent la compréhension même du texte. Harvey sollicite un conseil après avoir mentionné la conjonction de Saturne et de Jupiter et demandé, comme nous l'avons déjà dit, du poil de sa barbe à Spenser.

In ye meane space I knowe you maye for your hability, and I praesume you will of your gentlenes, affourde me so mutch of your stoare other wayes as shall reasonablely serve to be imployed on so avayleable and necessary uses. Rather than fayle, I request you most humbly let me borrowe them bothe uppon tolerable usurye. I am forthwith to give you my obligation for repayment of the principalls with the loane at the daye appoyntide, contrived in as forcible and substantiall manner as your selfe or your lernid counsel can best devise. (Gabriel HarveyLetter-Book 74 Folio 40,41, et 41b)

 

Tout porte alors à penser que Gabriel cache ses sources et ses conclusions pour éviter d'être associé ouvertement à des études de cabbale si la lettre était découverte. Il cherche en effet à être admis dans les cercles établis de Pembroke Hall, et sa crainte montre donc que les études de cabbale chrétienne étaient de mauvais ton. La datation précise de la lettre n'est pas possible, mais elle est postérieure à 1575 d'après les lettres antécédentes.

 

En 1583, John Harvey publie une éphéméride dans laquelle il prédit les catastrophes devant suivre ladite conjonction de Saturne et de Jupiter. Le texte de John Harvey (la prédiction de 1583) s'intitule &laqno;prophétie». Il annonce une fin du Monde tout en notant que les plus pieux seront peut être sauvés. Mais par son titre même, il situe son texte, et les intertextes qu'ils citent, sur le même plan que l'Apocalypse. Ce texte cite implicitement Postel. Le texte de John Harvey, après sa dédicace habituelle à un protecteur, commence par une dédicace et une adresse à son frère aîné, Gabriel. John commence par justifier ses études en astrologie en espérant montrer, par son ouvrage la valeur et le sérieux de cette science. Aussi bien, dit-il, les controverses de Pic de la Mirandole, d'Agrippa, et de bien d'autres, ont trouvé leurs réponses depuis longtemps (4-5). Ce faisant, John semble justifier son intérêt pour l'astrologie en se défendant bien de ne pas toucher à la cabbale, ce qui est assez singulier. Il cite ensuite de grands gentilhommes fort sages s'adonnant à cette étude, dont Thomas Eliot, Thomas Smyth, Recorde, Dee, Digges, Securis, Buckmaster, Mounflowe, Twyne, Baro, et Foster. Dans cette liste, Eliot, Dee, et Digges, qui étudient la cabbale chrétienne, sont ainsi mêlés à des intellectuels moins compromis. Se défendant d'être confondu avec un faux prophète, John aspire, comme Richard, à être considéré comme chercheur d'une science centrée sur un phénomène de la nature, dont l'influence est trop importante pour être délaissée par l'étude. John annonce ensuite que l'année 1583 sera marquée par une conjonction funeste de Saturne et de Jupiter. Mais son annonce prend un caractère particulier. Elle est faite en référence au calendrier hébraïque, (utilisé par tous les frères Harvey pour vérifier leurs calculs et pour dater le monde), et s'inscrit en contrepoint du rapport temporel habituel avec le déluge, comme avec les grands événements des civilisations de l'Antiquité :

In this year ensuing, 1583, which from the creation of the world is 5545 (to overpasse other needeless computations and Chronologies : as how long from Noahs flood. how far from the destruction of Troy? how many years from the Assirian, Persian; (Macedonian monarchie, and so forth). The 28 of April beeing Sundaye, about high noone, there shall great and notable Coniunction of the two superiour and weightye Planets Saturne and Iupiter, which coniunction shall be manisfested to the ignorant sort, by many fierce and boysterous winds then sodenly breaking out and continuing certaine daies before, and certaine daies after the same Coniunction

Enfin John cite le pseudo prophète Elias et la prophétie talmudique des 6000 ans du monde.

En 1583, le monde n'ayant pas connu le déluge de feu annoncé, il est certain que Richard Harvey se doit de prendre une autre démonstration lorsqu'il prend la plume à son tour.

En 1588, Richard Harvey commet un nouvel ouvrage consacré au même thème, dans lequel il réfute une à une toutes les prophéties en vogue à son époque, allant jusqu'à retranscrire la prophétie d'Elias en lettres latines pour la réfuter :

TANA ABE ALIAHU SESETH ALAPHIM SHANA HAVE HAOLAM SENE ALAPHIM TOHU: VSNE ALAPHIM THORA: USNE ALAPHIM IEMOTH HAMASHIHI VBA HAVENOTHEMA SHERABU IASHU MEON MASCIAS.

Richard dénonce cette prophétie en opérant une curieuse et brutale transposition de ces données dans le calendrier chrétien. Richard reprend la prophétie de Guillaume Postel, mais il ne cite pas ce dernier, et il se montre fort virulent vis-à-vis des sources juives, comme Léon l'Hébreu en citant cette fois-ci une prophétie de celui-ci concernant la Fin du Monde au bout d'un cycle de 50 000 ans fondé sur un calcul multipliant le chiffre sacré des jubilés. Richard ne semble pas savoir que cette prophétie dissocie, en fait, les temps messianiques et Fin du Monde, et il en conclut que cette prophétie ne peut que se tromper, car il est évident selon lui, que les signes sont clairs et que la venue du messie est proche.

 

La différence de traitement des sources juives et cabbalistiques entre les trois textes des frères Harvey est frappante. Le texte de Richard, qui est le plus tardif, montre un effort permanent d'orthodoxie chrétienne, et un rejet des sources juives, qu'il ridiculise au même titre que les autres prophéties issues d'autres cultures. Il critique Reuchlin pour son attirance pour la synagogue et se défend d'appuyer son discours sur sa prophétie, alors que nous savons que la prophétie de Guillaume Postel avait surtout été diffusée par Reuchlin. Ce rejet est concommitant du rejet des textes cryptés en général, puisque c'est l'argument clé de son refus ou de son accord de certaines prophéties .

Le texte de John s'appuie sur des sources hébraïques et les cite ouvertement, tout en insistant sur l'importance de l'astrologie et des calculs auxquels il a procédé.

Le texte de Gabriel Harvey, qui semble être le premier chronologiquement, reste le plus allusif.

Nous en concluerons que l'hébraïsme en tant que culture indépendante du pouvoir était associé à l'ésotérisme, et à une identité religieuse hérétique, ce qui explique la prise de distance officiellement affichée par le dernier texte. Le texte de John Harvey de 1583 est le plus audacieux, sans doute parce que son auteur espérait démontrer avant tout la fiabilité de l'astrologie qu'il considérait comme une science. L'absence de réalisation des événements prédits, associée à ses citations très libres expliquent le retournement conservateur du texte de Richard en 1588, qui joue sa réputation et celle de son frère, puisqu'il imprime à la fin de son texte un poème de John sur les miracles attendus avec cette apocalypse.

Dans le contexte historique de cette fin de siècle, le thème de ces textes, (le déluge de feu), n'est sans doute pas non plus anodin, et on peut imaginer sans difficulté que ce genre de prédiction n'était pas perçu d'un très bon oeil par le pouvoir royal alors que se multipliaient les excès de prédicateurs et des millénaristes. Esotérisme et hébraïsme, sont ainsi de plus en plus associés à une identité interdite de sorte que le ton allusif de la correspondance de Gabriel Harvey et de Spencer se comprend mieux à la lumière de leur intérêt commun pour la cabbale.

 

2. Correspondance ésotérique et étude cabbalistique : l'ésotérisme camouflage identitaire

La correspondance de Gabriel Harvey et Spenser prend progressivement un ton ésotérique dont on perçoit par le nombre de précautions requises de Spenser par Harvey qu'elle émane d'un besoin de sécurité, dans un contexte dangereux. Harvey demande ainsi à Spenser de détruire ces lettres où il semble plaisanter en lui demandant de lui vendre quelques poils de barbe, en insistant sur le fait qu'il ne faut pas qu'elles soient trouvées. Un vocabulaire précis de connivence s'établit entre les partenaires, dont nous ne percevons que progressivement et partiellement les éléments. Et c'est bien de connivence qu'il s'agit, dans le terme même de "conceit", qui, de fait, désigne certes une figure de style comme l'indiquait son sens étymologique italien, mais aussi un code, entendu.

Ces codes sont préétablis par le groupe, de sorte que même si le lecteur les cerne, il ne lui est pas toujours possible de les élucider. Quelques lignes plus loin, toujours dans la même lettre, c'est là le voeu explicitement énoncé par Gabriel Harvey à Spenser : communiquer et être compris de lui seul. " I beseeche, you in good ernest, have speciall regarde to the praemisses, and whatsoever I communicate privately with yowe or howe merrely so ever I write unto you, lett it be Mum to all the world beside, and rekonid in secretis non revelandis." (Letter-Book, 76). Plus loin encore, il parle de "secret tuition" (instruction secrète).

Gabriel Harvey semble bien vivre une forme d'initiation, initiation d'une écriture qui serait elle-même divine, messianique, puisqu'il précède des "conceitid letters" qu'il soumet au jugement de Spenser de la phrase "From my chamber the daye after mye victorye", sans qu'aucun événement relaté dans la lettre ne nous donne à penser qu'il s'agisse là d'une allusion à des faits purement matériels.

Dans une lettre ultérieure, il cite enfin ses philosophes, évoquant après les "active philosophers les "contemplative philosophers", Philibert de Vienne, Galatro, Balthazar Castiglione, Stephan Guazzo, Paolo Javio, Plutarque, Frontini, Polaenus, Guicciardini, et enfin Jean Bodin et Louis Le Roy, "or sum other like Frenche or Italian Politique Discourses". Les sources cabbalistes chrétiennes lui sont donc connues, et Harvey les cite comme réflexion historique, et métaphysique.

Dès lors, on comprend son enthousiasme à l'annonce de la création de l'Aréopagus par Spenser, cette "riminge schoole".

L'école d'écriture de l'Aréopagus était bien une école de Cabbale chrétienne, et il nous faut revenir un instant sur l'importance particulière donnée aux lettres comme signifiantes, et sur l'allusion à une découverte de la prononciation du tétragrame. Enfin l'orientation chrétienne de certains textes permet de déterminer avec certitude l'identité de ce groupe d'étude.

 

 

3. Etude et tétragrame: l'ésotérisme hébraïque et son identité intrinsèque

Le texte des lettres de Spenser et de Gabriel Harvey mérite à nouveau d'être cité, car il montre une progression du texte vers une dimension ésotérique qui tient à son sujet plus qu'au seul contexte. Dans cette une lettre à Spenser, Gabriel Harvey annonce dès l'introduction qu'il s'agit d'une "conceitide letter", c'est-à-dire comme nous l'avons vu d'une lettre codée. Puis il prétend que ces lettres ont été recopiées, qu'elles émanent d'un meunier qui les aurait écrites à une jeune fille. Le procédé est assez commun. Il est même habituel chez Harvey, qui prétend ainsi avoir des textes de More que le pauvre Thomas n'a certainement jamais vus de ses yeux, mais qui permettent à Harvey de s'innocenter si ces lettres sont prises.

The letter to my selfe

verbatim, as

it was deliverid unto me in an Inne of Courte

in his owne hande.

I shalbe contente after a newe fashion to lende you the choyce of as many wordes and loovely termes as we in Inglande use to deliver ower thankes in . Choose whether you will have them given or yeeldid, renderid or recontid, impartid or repayde, kutt owte of the whole cloathe, or otherwise powrid owte in the bravist most gallant phraces that ar ether nowe allreddy takkin upp or shall hereafter be devised amongst the finest discoursinge tunges.

A rehitall not so phantasticall in shewe as playne and simple in deede. The very paymente of a bankrowte ; and the only token you are like to receive from me at this presente besides a farewell or twoe of the largist size. A mystical and thrise happy worde, wherein is cowshid the mightiest and sovraingist name (Ell ye name of God) under and above the heavens. One of the hightest and divinist poyntes, that I lernid out of Aggruppaes supernotable fourthe bokke de Occulta Philosophia. And saye nowe, I have once in my life bestowid uppon the a Byenote for thy lerninge ; and so once again take Ell with the.

 

He that is faste bownde unto the in more obligations then any marchante in Italy to any Jewe there. (Letter-Booke, 72-73)

 

Il est évident que cette lettre fait allusion à l'enseignement de la prononciation du tétragramme, et ne laisse guère de doute sur le thème de leurs échanges. Le codage de la lettre répond ici à une esthétique autant qu'à l'épistémologie intrinsèque à l'étude cabbalistique, puisqu'il s'agit de l'étude du divin et de ses faces cachées. Cette forme d'ésotérisme est à distinguer de l'ésotérisme que nous qualifierons de "vital", ésotérisme visant à protéger ses membres, et qui s'illustre par l'anonymat presque total du groupe de l'Aeropagus.

 

Pour les cabbalistes, l'ésotérisme des textes touchant au divin est une part intrinsèque de l'étude et de la représentation des concepts divins. La dimension ésotérique tient au processus de lecture et de dévoilement nécessaire qui participent à l'ordre du sens caché de la divinité dans l'univers. Le monde est constitué de moustar, de caché, et de Orot Hakedousha, lumières de sainteté, qui sont des étincelles de la spiritualité encore présentes dans le monde, et qui sont de l'ordre du dévoilement. Les éléments empêchant le dévoilement ou appartenant au monde matériel éloigné de la spiritualité sont appelés des klippots, des coquilles ou bien des couches superposées, et la tâche spirituelle de l'homme consiste à percevoir, dévoiler au-delà de ces couches superposées la volonté du créateur, les étincelles spirituelles permettant la réparation du monde. Pour les cabbalistes chrétiens s'ajoutait une conception issue de la confusion originelle entre le mot et la chose, par le sème de davar : écrire les choses leur confère une existence, et écrire la messianité proche de la reine Elisabeth pouvait permettre la réalisation de cette utopie identitaire.

 

Conclusion

Les craintes du pouvoir vis-à-vis de l'hébraïsme comme forme d'hérésie sont sans doute la cause essentielle de la clandestinité des études de ce groupe. La cause première est donc religieuse, et on gardera en mémoire la triste fin de Thomas More ou de Thomas Elyot pour imaginer le risque que prenaient ceux que l'on pouvait taxer d'hérésie.

Une autre cause se profile cependant qui semblerait plus politique. La liste des fervents admirateurs de Reuchlin est assez hétéroclite pour montrer que ce courant de pensées traversait les divisions religieuses habituelles : la cabbale risquait bien de former une troisième force, concurente des efforts royaux pour unifier l'Eglise d'Angleterre.

Enfin, Ficino, la cabbale chrétienne française, et même Reuchlin, représentait des courants culturels venant du continent, et par l'intermédiaire desquels on pouvait craindre une influence extérieure, voire latine ou romaine. Au contre-modèle hébraïque fondant l'identité anglicanne s'opposait un modèle latinisé dont les limites n'étaient pas claires, une identité qui, à l'instar de la religion universelle dont rêvait Bodin, dépasserait les nations et les rois.

 

ANNEXE

Thomas More (traducteur His life by his nephew Giovanni Francesco Pico : also three of his letters; his interpretation of Psalm XVI ; his twelve rules of a Christian life ; his twelve points of a perfect lover ; and his deprecatory hymn to God 1510 ? de Pic de la Mirandole en anglais)

__ The XII Propertees or Condicyons of a Lover. By Johan Picus, Erle of Myrandula.... Expressed in balade by Sir T. More.

 

Sir Thomas Elyot (traducteur de Pic de la Mirandole, Regulae XII. partim excitantes, partim dirgentes hominem in pugna spirituali... The Rules of a Christian Lyfe...) 1534. Octo, réimprimé 1585, 1615

 

Partridge, J. traducteur de Hermes Trismegisti libelli et fragmenta... ordine scientifico disposita (éditions vers 1679 et reproduites ici pour montrer la pérennité du mouvement)

. __ Poemender (Hermes Trismegiste). Sermo sacer. _ Clavis. - Sermo ad filium. _ minerva mundi, etc.

Hermes, his Centiloquium, or, his hundred aphorisms rendered into English by Partridge, J : or an Astrological vade mecum.

. __ The treasuries of hidden secrets, ouvrage qui semble sinon une traduction du moins une forme de plagiat de l'oeuvre de Louis Le Roy. Louis Le Roy, répétons-le, n'était pas un cabbaliste mais sa pensée fut reprise par les cabbalistes pour prouver la supériorité d'un royaume (de France ou d'Angleterre selon les cas), son élection divine et la fonction messianique de son monarque. La traduction ou le plagiat de ses oeuvres n'est donc pas sans portée pour le courant de pensée associant en Angleterre comme en France sentiment national, messianité, et culte de la personne royale.

Nous relevons aussi la traduction suivante, de traducteur inconnu mais montrant l'engouement pour ce texte :

The Book of quinte essence or the fifth being. A tretice in English brevely drawe out of the book of quintis essenciis in latyn, that Hermys the prophete. . . hadde by revelacioun of an aungil. . . Edited from . . . MS Sloane 73 about 1470-70.

 

John Harvey, traducteur de The learned worke of Hermes Trismegistus, Intituled : Iatromathematica, that is his phisical Mathematiques, or Mathematical Phisickes, directed unto Ammon the Aegyptian... Lately Englished by Iohn Harvey, etc, 1983. Octo.

 

Les textes de Hermes Trismegiste ont un tel succès qu'une traduction latine d'Albumassar est même attribuée à Hermes Trismegiste :

De Revolutionibus Nativitum, incerto interprete, 1559. fol.

 

R. Bacon, traducteur d'une autre oeuvre d'Hermes Trismegiste, The Smaragdine Table of Hermes Trismegistus, The mirror of Alchemy, etc, 1597. Quatro.

Bacon n'est pas un auteur contemporain du groupe de penseurs cabbalistes anglais

ou même français. Mais la Renaissance voit un engouement pour ses oeuvres qui sont redécouvertes. Bacon avait été en effet un des premiers penseurs anglais à s'être intéressé à l'ésotérisme, à la kabbalah, et à l'hermétisme. Cette réédition d'une traduction de Bacon est donc particulièrement significative. Bacon est donc perçu comme un des premiers cabbalistes chrétiens, comme l'initiateur d'un mode de pensée qui commence par la traduction d'oeuvres et leur transposition dans un cadre de pensée religieuse chrétienne. François Secret montre ainsi dans son dernier ouvrage sur la cabbale chrétienne, que Roger Bacon utilisait déjà des thèmes caractéristiques de la cabbale chrétienne, tel que l'introduction du Shin au sein du tétragrame pour prouver la divinité de Jésus. (François Secret, Hermétisme et Kabbale. 43)

Cet engouement survivra au règne de la reine Elizabeth, puisqu'on trouve des traductions encore ultérieures, par les derniers cabbalistes chrétiens anglais, dont Nicholas Culpeper, qui publie sa traduction avec ses conclusions et déductions médicales sur la base de ce texte [Semiotica Uranica] Astrologicall judgement of diseases from the decumbiture of the sick much enlarged. . . Whereunto is added . . . Hermes Trismegistus upon the first decumbiture of the sick, etc 1655.

 

La même logique guide William Salmon, M.D. lorsqu'il écrit son ouvrage de médecine encore plus tard. Synopsis Medicinae. Or a compendium of astrological, Galenical, & chymical physick. Philosophically deduced from the principles of Hermes and Hippocrates. In three books, etc. 1671.

 

John Dee traducteur de Monas Hieroglyphica, Antwerp, 1564, et de Muhammad al-Baghdadi. De superficierum divionibus liber Machometo Bagdedino ascriptus nunc primum Ioannis Dee . . . & Frederici Commandini . . . . opera in lucem editus, etc 1570. Quatro. Version anglaise de cette oeuvre publiée en 1661.

 

John Dee traducteur de Louis Le Roy (voir plus bas)

 

Traducteur de Louis Le Roy : Robert Ashley. Of the interchangeable course, or variety of things in the whole world, and the concurence of armes and learning, through the first and famourest nations : from the beginning of civility, and memory of man, to this present . . . turned into English by R. Ashley, London, C. Yetweirt, 1594.

 

Traducteur de la République de Jean Bodin : Richard Knolles. The six bookes of a commonweales. Written by I. Bodin. . . Out of the French and Latine copies, done into English, by Richard Knolles (1550?), impensis G. Bishop, 1606 (réimpression?)

 

Traducteur de Philippe de Mornay, Seigneur de Plessis-Mornay : Sir P. Sidney . A Woorke concerning the trewnesse of the Christian Religion against Atheists, Epicures, etc . . . Begunne to be translated into English by Sir P. Sidney . . . and . . . finished by A. Golding. London, 1587. Quatro. Réimprimé 1646.

Il convient d'ouvrir à nouveau une parenthèse. Philippe de Mornay n'est pas un cabbaliste chrétien, bien qu'il soit classé comme tel par François Secret. Sa présence dans la liste que nous avions choisie de prendre comme guide justifie tout d'abord notre propre recherche. Mais d'autre part, il convient de préciser que bien que ne mentionant jamais ni millénaire ou apocalypse, Du Plessis était perçu comme un auteur précurseur d'un âge messianique en Angleterre, probablement parce que sa démonstration concernait la supériorité de la religion chrétienne et sa victoire future, dans un pays qui recherchait avidement des arguments pour énoncer sa foi et son identité particulière. Dans le contexte de l'Angleterre, l'athée est le catholique, et la vraie foi le protestantisme.

 

Autres traductions de Du Plessis

. __ The Defence of Death. Containing a moste excellent discourse of life and death, written in Frenche . . . and doone into English by E[dward] A[ggas], London, 1577. Octo.

Traduits tous deux en un seul ouvrage par la Comtesse de Pembroke, et publié à Londres en 1592.

. __ Discourse of Life and Death.

. __ Antonius, a Tragedie

 

John Feilde :

. __ Christian Meditations, vpon the sixt, twentie five, thirtie, and two and thirtie Psalmes . . . and moreover vpon the 137. [or rather, 127] Psalme by P. Pilesson . . . translated . . . by Iohn Feilde, London, [1587?]

. __ A Treatise of the Church , in which are handled all the principall questions, that have bene moved in our time concerning that matter. London, 1579. Octo.

 

Traducteur de Etienne Pasquier (Monophylo) A Philosophical Discourse, and Division of Love... :

Geffrey Fenton (1572)

 

Gabriel Simon & William White, traducteurs de A Treatise of Melchisedek, proving him to be Sem, the father of all the sonnes of Heber, the first king, and all kinges glory, London, 1591. Quatro.

Traducteur de livres bibliques, Hugh Broughton Daniel,. Daniel his Chaldie Visions and his Ebrew : both translated . . . and expounded [ by Hugh Broughton], 1596. Quatro.

 

 

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