Héliogabale - Varius Avitus Bassianus

Publié le par Socrates Philalethe

 

Héliogabale 

- Varius Avitus Bassianus -

 

Descendant des Bassianides, une grande famille d'Émèse, Varius Avitus Bassianus était à treize ans grand-prêtre du dieu Élagabal. Lorsque Caracalla est assassiné, le 8 avril 217, à la tête des armées dans une plaine voisine de l'Euphrate, toutes les femmes de la branche syrienne de la famille impériale, chassées de Rome, se replient dans leur fief d'Émèse. Il y avait là Julia Mæsa, sa grand-mère, Julia Soaemias, sa mère et Julia Mamaea, sa tante et mère du futur empereur Alexandre Sévère. Elles réussissent à convaincre l'armée de proclamer Varius. L'empereur Macrin, resté à Antioche, fut pris de court. Piteux stratège, et ayant dressé l'armée contre lui, il fut défait et finalement assassiné en juin 218 : le jeune Varius se retrouvait le seul maître de tout l'Empire romain. Il avait quatorze ans. Héliogabale laissa les rênes du gouvernement à sa grand-mère, Julia Moesa, et à sa mère, Julia Soaemias. L’ambition de sa mère semble si dévorante qu’elle manque de tact envers les lois romaines qui relèguent les femmes à l’arrière-plan ; elle impose même sa présence au Sénat. Ce détail, par dessus tout, choque les contemporains.

« Il fit construire et consacra à Héliogabale un temple sur le mont Palatin auprès du palais impérial ; il affecta d’y faire transporter et la statue de Junon, et le feu de Vesta, et le Palladium, et les boucliers anciles, enfin tous les objets de la vénération des Romains ; afin qu’à Rome on n’adorât d’autre dieu qu’Héliogabale. Il disait en outre que les religions des Juifs et des Samaritains, ainsi que le culte du Christ, seraient transportés en ce lieu, pour que les mystères de toutes les croyances fussent réunis dans le sacerdoce d’Héliogabale. »

Les religions nouvelles d'Isis, de Sérapis, ou de Cybèle, de Mithra ou des Chrétiens, avaient leurs adorateurs à Rome, sans menacer pour autant le vieux panthéon romain. Mais Héliogabale semble vouloir imposer son dieu comme unique, au-delà de son assimilation à Jupiter. Les Romains furent vraiment scandalisés lorsqu'il enleva la grande Vestale Aquila Severa pour l'épouser, désir de syncrétisme symbolique, « pour que naissent des enfants divins » dira-t-il au Sénat.

Prodigue et démagogue, il offre des fêtes au cirque, des combats d'animaux, des objets précieux jetés au peuple. Sa table recevait, au milieu des histrions et des gitons, des convives à qui il offrait des raffinements de table dignes de Cléopâtre, parfois agrémentés de surprises redoutables, quand les convives se réveillaient de l'orgie.

Quand les soldats apprennent qu'Héliogabale cherche à se débarrasser de son cousin et associé, ils commencent à murmurer contre lui. Héliogabale veut faire arrêter les meneurs mais une foule furieuse envahit le palais impérial et massacre l'empereur. Son corps est traîné à travers les rues de Rome, puis la populace tente de jeter le cadavre aux égouts, mais, comme les conduits sont trop étroits, le cadavre de l'empereur est finalement jeté dans le Tibre. Son cousin, Sévère Alexandre, devint empereur, et la pierre noire retourna à Emèse.   

Par son souci de promouvoir un culte unique — en l'occurrence le culte solaire — à un moment où il était nécessaire de restaurer l'unité de l'empire, la politique religieuse d'Élagabal peut se rapprocher du « césaropapisme » qui sera celui des empereurs païens, puis chrétiens, du Bas-Empire. D'ailleurs, cinquante ans après, l'empereur Aurélien visera à peu près au même objectif en instituant Sol Invictus comme divinité de l'Empire. L'empereur Élagabal laissa les Chrétiens en paix. Il est en effet fort vraisemblable qu'Élagabal avait entendu parler de la religion chrétienne : ceux-ci étaient nombreux en Syrie et Anicet, pape de 155 à 166, était, comme lui, originaire d'Émèse. On peut noter qu'à l'époque de l'assassinat d'Élagabal, une émotion populaire anti-chrétienne est rapportée à Rome, au cours de laquelle l'évêque de Rome Calixte aurait perdu la vie, selon la tradition : écharpé par la foule, on l'aurait défenestré, jeté dans un puits puis lapidé.

Bien que subissant la damnatio memoriae, Élagabal dont les statues ont été renversées et les dédicaces martelées, est connu par un ensemble de représentations ou de dédicaces qui ont échappé à cette entreprise d'effacement de la mémoire. Bien que court, son règne est marqué par la dédicace que les habitants de Lugdunum (aujourd'hui Lyon) lui accordent dans le sanctuaire fédéral des trois Gaules. Un bloc de pierre, retrouvé lors de la destruction du pont de la Guillotière à Lyon, mesurant 57 cm x 180 cm x 55 cm, donne une inscription restituée par les archéologues Amable Audin et Pierre Wuilleumier : 

« À l'empereur César Marc Aurèle Antonin, fils d'Antonin le Grand divinisé, petit-fils du divin Sévère, pieux, heureux, auguste, grand pontife, revêtu de la 3e puissance tribunitienne, consul pour la 3e fois, proconsul, père de la patrie, les citoyens romains résidant dans les trois provinces de Gaule, ont élevé (cette statue) officiellement, par les soins des allecti et à la fois summi curatores, Julius Saturnius de la province de Lyonnaise, ... ilius Sabinus, de la province de Belgique, Aventinius Vérissimus, de la province d'Aquitaine »

Probablement datée des années 220-221, la dédicace mentionne l'existence d'un organisme fédéral qui participe au culte impérial du sanctuaire des Trois Gaules. Les fonds de cette association sont gérés par les allecti, également summi curatores. Les provinces sont énumérées dans leur ordre hiérarchique : Lyonnaise, Belgique, Aquitaine.

Le cabinet des médailles de Paris possède un camée représentant Élagabal, nu, se présentant dans de « triomphantes dispositions intimes », sur un char tiré par quatre femmes nues et à quatre pattes. L'Histoire Auguste mentionne le fait dont les historiens pensaient qu'il était grandement exagéré. Ce camée donne foi aux rites naturistes et orgiaques qui se déroulent au cours du culte du Dieu solaire instauré par l'Empereur où les ébats sexuels semblent avoir une grande place[7].

Si l'on examine soigneusement les récits rapportés par les historiens antiques, on en arrivera à la conclusion qu'il est, en réalité, plus dispendieux que cruel et plus extravagant que vraiment méchant, ses biographes, partiaux, ayant en effet fortement exagéré ses vices. Ces écrivains antiques, en racontant sa vie, se montrèrent en l'occurrence plus moralistes qu'historiens. Par des descriptions violemment contrastées, ils opposèrent un empereur qu'ils voulaient totalement pervers à son cousin et successeur, Alexandre Sévère, qu'ils présentaient (avec tout autant d'exagération) comme le parangon de toutes les vertus. 

 

On n'a aucun document concernant le culte rendu à Élagabal avant 218, quand son grand-prêtre n'était autre que le jeune Varius Avitus Bassianus, 14 ans, petit-neveu de feu l'Impératrice Julia Domna (193-217). La description haute en couleurs que donne Hérodien des cérémonies présidées par ce jeune grand-prêtre permet de s'en faire une idée. Il porte une tenue qui évoque celle, connue par l'iconographie, des prêtres du temple de Bel à Palmyre, cité voisine d'Émèse. Les cérémonies comprennent des danses « autour des autels » (un rite de circumambulation autour de l'autel monumental, probablement) et de la musique sacrée. 

Quand le grand-prêtre Varius Avitus Bassianus fut proclamé empereur en 218 (connu sous le surnom de Élagabal), il fit transférer à Rome le bétyle du Soleil Invaincu, Élagabal. Ce bétyle fut installé dans un premier temps à l'intérieur du palais impérial sur le mont Palatin, et, selon la formule arabe antéislamique bien connue, d'autres divinités lui furent associées pour former une triade : le Palladium, ancienne statue de Pallas Athéna transférée depuis le temple de Vesta sur le Forum romanum, et la statue de Caelestis transférée depuis son temple de Carthage, en Afrique.

Plus tard, l'empereur-prêtre fit construire ou plutôt réaménager un temple plus vaste, à l'extrémité orientale du Palatin, là où s'élevait un sanctuaire construit par ou pour la divine Faustine la Jeune (épouse de Marc-Aurèle, etancêtre mythique de la dynastie des Sévères), et un jardin consacré au dieu syrien Adonis. Dans ce nouveau temple, l'Élagabalium, l'Histoire Auguste dit que l'empereur fit transférer d'autres divinités romaines et reliques sacrées comme les boucliers sacrés de la Regia, conservés jusque-là sur le Forum romanum. La constitution de cette triade, et cette association de nombreuses divinités à la divinité majeure en un même sanctuaire, correspondent au schéma arabe qui est celui de la Kaaba de la Mecque avant Mahomet. Comme Élagabal associé à Pallas et Caelestis, Allah était à la Mecque associé à ses « filles » Allat, Uzza et Manat, sans compter les autres « idoles » que Mahomet expulsera de la Kaaba. Un autre sanctuaire secondaire, fut construit pour le Soleil Invaincu Élagabal au nord de la ville, dans les jardins du Vieil Espoir. Lors d'une fête qui lui était consacrée, le Bétyle était transféré d'un temple à l'autre au cours d'une grande cérémonie populaire.

Les différentes sources dont nous disposons pour connaître les aspects du culte d'Élagabal à Rome montrent des influences multiples, romaines bien sûr, grecques, syriennes et arabes. L'empereur-prêtre semble s'être livré dans le cadre de ce culte à la prostitution sacrée (bien attestée en Orient, particulièrement en Phénicie). Il a fait célébrer à Rome des jeux et des concours en l'honneur du dieu, usage grec inconnu à Émèse auparavant. Il a créé un collège de magistrats-prêtres du Soleil Invaincu, Élagabal, selon l'usage romain, et a associé le Sénat à ce culte promu religion officielle de l'Empire. 

Malgré un indéniable succès populaire, la promotion de ce culte solaire à l'orientale rencontra bien des oppositions dans les milieux dirigeants de Rome, et jusque dans la famille de l'empereur, originaire pourtant elle aussi d'Émèse ou de Syrie. Le jeune empereur, âgé d'à peine 18 ans, finit par être assassiné en 222 avec sa mère Julia Soaemias et remplacé par son cousin, syrien comme lui, Alexandre Sévère (222-235).

Alexandre Sévère fit rapporter le bétyle à Émèse, et reconsacra l'Elagabalium de Rome à Jupiter Vengeur.Le culte du Bétyle se poursuivit à Émèse. Des monnaies émises dans cette cité en 253 par l'usurpateur Uranius Antoninus reproduisent l'aspect du temple ou l'arche recouverte de voiles dans laquelle il était enfermé. En 273, selon l'Histoire Auguste, l'empereur Aurélien (270-275) en guerre contre l'usurpatrice Zénobie (271-272) fit un pèlerinage au temple du Soleil d'Émèse. Le culte d'Élagabal dura sans doute jusqu'à la christianisation de la cité au IVe siècle.

Publié dans Pythagore

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