Jacques Pierre Brissot (1754 - 1793)

Publié le par Socrates Philalethe

Jacques Pierre Brissot (1754 - 1793) 

 

Dit de Warville, fut un conventionnel et écrivain politique français, présenté comme le chef de file des Girondins (ou "brissotins"), une branche des Jacobins pendant la Révolution française, aux gages de la faction d’Orléans, il entre au service de Clavière, voyage en Angleterre et en Amérique, y commet des escroqueries, revient en 1789 à Paris pour créer le Patriote français, dont il obtient l’autorisation royale en juillet... Brissot fit ses études, avec le poète Guillard et plusieurs jeunes gens tels que Bouvet, Bouteroue, Sergent, l’abbé Chasles et Pétion, qui ont figuré comme lui dans la Révolution, au collège de Chartres où il montra une grande ardeur au travail et une fervente piété. Il devint peu à peu, au grand désespoir de sa famille, un adepte de Voltaire, de Diderot et surtout de Rousseau

Sa véritable vocation paraît avoir été pour l’érudition, en particulier pour la linguistique. Aussi malgré tout, songea-t-il un moment, sans cesser d’être incrédule, à se faire bénédictin. Il en fut détourné par son ami, le moine philosophe dom Mulet. A Paris, il devint clerc du procureur Nolleau fils, qui, selon un passage de ses mémoires, aurait employé dans le même temps le jeune Robespierre. Sa Théorie des lois criminelles le fait connaître. Voltaire, au milieu de ses derniers triomphes, ne dédaigna pas de le remercier de cet envoi par une lettre encourageante et flatteuse. D’Alembert, auquel le jeune écrivain s’était présenté, avait été moins bienveillant ; et Brissot, blessé de cet accueil froid, et touché de celui qu’il reçut de Linguet, se voua tout entier au fameux auteur des Annales qui lui donna d’excellents conseils, et le chargea de quelques articles pour le Mercure ; mais une intrigue lui fit enlever ce journal ; et Brissot, qui s’obstinait à suivre une carrière dans laquelle son père ne voulait point le voir entrer, fut obligé, en 1778-1779, d’aller rédiger le Courrier de l'Europe de Samuel Swinton qui soutient les insurgés américains, feuille anglaise dont on publiait une traduction à Boulogne-sur-Mer, et où il rencontre Charles Théveneau de Morande, avec lequel il entretient de très mauvais rapports. Brissot, qui avait cru y trouver une tribune indépendante, se vit bientôt imposer un censeur, qui réduisit son travail à la plate traduction du journal de Londres ; il l’abandonna. 

En même temps qu’il s’occupait de chimie avec Fourcroy et avec Maratil imagina d’aller établir à Londres une espèce de lycée ou muséum, qui devait servir de point de réunion à tous les savants de l’Europe, un foyer d’où se répandraient toutes les connaissances renfermées dans chaque nation, et souvent inconnues chez les autres. Ce projet séduisit une foule de personnes, et d’Alembert chercha à y intéresser ses amis. Après un voyage en Suisse, nécessité par la publication de ses ouvrages et le désir de se donner des correspondants, Brissot partit pour l’Angleterre ; mais il fut abandonné de tous ceux dont il attendait l’appui, et, après y avoir publié le Journal du Lycée de Londres, qui renferme des notices pleines d’intérêt sur la littérature anglaise, il se vit emprisonné à Londres pour dettes, à la suite de démêlés avec Swinton et forcé d’abandonner son établissement commencé. Quelques jours après son retour en France, en 1784, il fut arrêté, et enfermé à la Bastille. On l’avait dénoncé comme l’auteur des Passe-temps d’Antoinette, un pamphlet contre la reine Marie Antoinette, écrit en réalité par le marquis de Pellepore. S’il semble établi, après les travaux de Simon Burrows, que Brissot n’est pas l’auteur de ce libelle contre la reine, le pamphlet du Diable dans un bénitier semble avoir bénéficié de sa collaboration. Il fallut quatre mois, et les sollicitations puissantes de Félicité de Genlis et du duc d’Orléans, pour faire reconnaître son innocence.

Quatre ans après, le 14 juillet au soir, ce fut dans ses mains que les vainqueurs de la Bastille déposèrent les clefs du château à la chute duquel il venait d’assisterÉchappé de la Bastille, Brissot alla demeurer chez Clavières, avec lequel il s’était lié pendant son voyage en Suisse ; et ils composèrent ensemble plusieurs ouvrages sur les finances, qui parurent sous le nom de MirabeauMirabeau vivait alors dans leur intimité, et se préparait, comme eux, aux grands combats de la révolution.

À cette époque le marquis Ducrest, frère de Félicité de Genlis, fut mis à le tête de la fortune du duc d’Orléans : il songea à s’entourer d’hommes instruits et de publicistes, dont les conseils et les écrits pussent servir ses projets de réforme, et la pierre qu’il voulait faire aux ministres. Brissot, dont la femme était lectrice de Mlle Adélaïde, se laissa séduire par les projets de Ducrest, et accepta près de lui une place à la chancellerie du Palais-Royal. Là il s’aperçut combien il pouvait compter sur les principes et le caractère d’hommes qu’il voyait conspirer au milieu des orgies du palais, et parler de réformes et de liberté dans les boudoirs, avec des filles. À la suite d’un complot qui éclate au parlement, et qui avait été concerté par la chancellerie d’Orléans, le prince fut exilé, et une lettre de cachet fut lancée contre Brissot. Prévenu à temps, il se réfugia à Londres. Pendant ce nouveau séjour en Angleterre, Brissot avait été présenté à la Société de l’abolition de la traite des noirs. À son retour à Paris, il résolut d’établir une société semblable ; elle fut appelée Société des amis des Noirs, et commença ses travaux au mois de février 1788. Parmi les membres signataires du procès-verbal de la première séance, on remarque Clavières et Mirabeau. Il faut les considérer, avec Brissot, comme les fondateurs de cette société, qui exerça une si grande influence sur le sort des colonies ;la Fayette, Bergasse, la Rochefoucauld, Lacépède, Volney, Tracy, Lavoisier, Pastoret, Pétion, Sieyes, et plus tard l’abbé Grégoire, furent au nombre de ses membres les plus actifs et les plus dévoués. À cette époque il est aussi, tout comme Nicolas Bergasse ou le Marquis de Lafayette, un partisan du magnétisme animal du médecin allemand Franz Anton MesmerIl rejettera plus tard le magnétisme animal comme pratique contre-révolutionnaire. Il devient secrétaire de Louis-Philippe d’Orléans et se charge, en 1788, d’aller, au nom de la Société des amis des noirs, étudier aux États-Unis les moyens d’émanciper les populations que l’on voulait rendre libres et dignes de la liberté. Accompagné par le financier genevois Étienne Clavière, il y passe quatre mois avant de se rendre ensuite aux Pays-Bas où il assiste à la Révolution brabançonne.

Il ne lui avait manqué que quelques voix pour être député suppléant aux états généraux avec ses amis Siéyès et Pétion. Malgré la vive opposition de la cour et du parti modéré, Brissot fut porté à l’Assemblée nationale par les électeurs de Paris. Après la fuite de Louis XVI en juin 1791, il rédige au champ de Mars la pétition pour la déchéance du roi (17 juillet 1791) et demande la proclamation de la République, en s’opposant à sa vieille connaissance, le royaliste Théveneau de Morande, dont il devient l’ennemi. Élu à l’Assemblée législative la même année, il s’oppose à Maximilien de Robespierre sur la question de la guerre et est l’un des plus acharnés à défendre la déclaration de guerre aux puissances de l’Europe. Réélu à la Convention (1792) par le département d’Eure-et-Loir, il était alors regardé comme le puissant chef de file de ce parti brissotin, bientôt les girondins, qui combattait les excès des Montagnards, et dont la force devait s’évanouir avec la royauté qu’il avait renversée, et sur les débris de laquelle il voulait établir un ordre de choses nouveau. Brissot cependant, convaincu de l’inutilité de ses efforts, avait voté la mort, mais avec la condition expresse que le jugement ne serait exécuté qu’après avoir été ratifié par le peuple. Ce vote ne servit qu’à exaspérer les Montagnards, sans sauver le roi ni même retarder sa mort. Brissot, qui comprenait tout ce que la France républicaine devait montrer d’audace devant l’Europe monarchique, et qui n’était pas assez inhabile pour croire qu’on la laisserait paisiblement organiser ses forces, fit encore déclarer la guerre à l’Angleterre et à la Hollande : c’est le dernier acte politique par lequel il s’est signalé. Sans cesse attaqué par la faction montagnarde, tour à tour accusé de royalisme et de fédéralisme, il s’attira la haine de Robespierre et succomba, avec tous ses amis, au 31 maiOn l'accusait d’avoir reçu des millions de l’Angleterre. Enthousiaste des mœurs américaines longtemps avant d’avoir visité l’Amérique, c’était un véritable quaker. 


Publié dans XVIIIe Siècle

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