Jérôme Savonarole (1452 - 1498)

Publié le par Socrates Philalethe

Jérôme Savonarole (1452 - 1498) Issu d’une famille de médecins de Ferrare, se destine lui aussi à la médecine ; cependant il se plonge très vite dans la philosophie et la théologie thomiste. Très vite également se manifeste son penchant antipapal et réformiste. Ainsi, De Ruina Mundi, un poème qu'il écrit à 20 ans dénonce l'avilissement de la société et l'ascendant de la luxure et de l’impiété. De Ruina Ecclesiae (1475) montre son mépris de la Curie romaine, qu’il décrit comme une putain fière et menteuse. Il entre ensuite chez les Dominicains et son monastère s’installe à Florence en 1782. C’est en 1787 qu’il commence sa véritable carrière de prédicateur intransigeant, exhortant les masses populaires à revenir aux préceptes de l'Évangile et n’hésitant pas à s’attaquer à la toute puissance des Médicis. Peu convaincant au départ, son ascendant sur les foules du peuple grandit et trouve un écho auprès de certains intellectuels de l’époque, notamment le Comte Pic de la Mirandole, dont il devient le confesseur. Cependant, Laurent puis son fils et successeur Pierre II de Médicis sont la cible des prêches de Savonarole. Laurent engage alors Fra Mariano, prédicateur populaire, pour prêcher contre Savonarole. Mais, malgré son éloquence, l'impression faite sur les Florentins est telle qu'il démissionne après son premier sermon. 

En 1490, Laurent de Médicis, ancien protecteur du moine fou, use de son influence pour le faire revenir à Florence dans l'espoir de contrôler la dangereuse éloquence de son ennemi (à moins que ce ne soit à la demande de Pic). Il est souvent dit qu’il appela Savonarole sur son lit de mort, en 1492, et que le moine vint. Les Médicis sont renversés par la conquête française en 1494. Les pamphlets violents contre les Médicis, auxquels il reproche d'être corrompus, contribuent à l’expulsion de Pierre de Médicis par les Florentins en 1495. 

Alors que Savonarole avait prédit qu'un nouveau Cyrus traverserait l’Italie pour y remettre de l'ordre, l'entrée fracassante de l'armée française de Charles VIII en Toscane en 1494 paraît confirmer sa prophétie. Savonarole rencontre le roi de France, négocie les conditions de la paix, qu’il adoucit, et évite le sac de la ville. Savonarole fut considéré comme coupable de haute trahison envers la ville de Florence. Voyant dans l’invasion de Charles VIII la volonté de Dieu pour châtier l’Italie coupable, il lui a remis les clefs de la ville, profitant de cette invasion pour renverser Pierre de Médicis. De son côté Charles VIII a laissé Savonarole maître de Florence en échange de son soutien, qui devait faciliter au roi de France la conquête de toute la péninsule italienne. Ces éléments contribuent à nuancer la portée de la prophétie de Savonarole sur l’épée de Cyrus, dans la mesure où il a lui-même directement contribué à sa réalisation.

Les Florentins sont autorisés par le roi de France à choisir leur propre mode de gouvernement. Savonarole devient alors dirigeant de la cité (1494-1498). Il institue un régime qu'il décrit comme une « République chrétienne et religieuse » ; une de ses premières décisions notables est de rendre la sodomie, auparavant punie d’amende, passible de la peine de mort. Mais il modifie également le système d’imposition pour le rendre plus juste, abolit la torture, prend des lois contre l'usure (plus dures que celles existant déjà), établit une cour d’appel et un système de secours aux pauvres. Les principaux ennemis de Savonarole sont alors le duc de MilanLudovico Sforza, ennemi du roi de France, et le pape Alexandre VISavonarole s'impose comme le chef politique de la cité, où il exerce une dictature théocratique proclamant Jésus-Christ « roi du peuple florentin ». Savonarole prend en main la jeunesse : les jeunes adolescents, revêtus de robes blanches, parcourent les rues pour inciter les Florentins à l’aumône et à la charité (de plus en plus forcée). En 1497, Savonarole et ses disciples élèvent le bûcher des Vanités. Des jeunes garçons sont envoyés de porte en porte pour collecter tous les objets liés à la corruption spirituelle : miroirs, cosmétiques, les images licencieuses, les livres non-religieux, les jeux, les robes les plus splendides, les nus peints sur les couvercles des cassoni, les livres de poètes jugés immoraux, comme les livres de Boccace et de Pétrarque. Ces objets sont brûlés sur un vaste bûcher de la Piazza della Signoria. Des chefs-d’œuvre exceptionnels de l’art florentin de la Renaissance ont ainsi disparu dans le bûcher, y compris des peintures de Sandro Botticelli, que l’artiste avait lui-même apportées. La théocratie instituée par Savonarole constitua un « État policier ». Savonarole constituait des milices destinées à savoir si les citoyens sont de bons chrétiens en privé : cette nouvelle police a mandat de pénétrer à l’improviste chez les particuliers pour s’assurer de leur comportement dans leur vie privée.

Cependant, Florence se lasse des excès de Savonarole. Lors du sermon de l’Ascension du 4 mai 1497, des bandes de jeunes déclenchent une émeute, qui devient une révolte : les tavernes rouvrent, les jeux reprennent publiquement. Le 23 mai 1497, Savonarole est excommunié par Alexandre VI, et, en 1498, le pape l’accuse d’hérésie, de prophétisme, de sédition et d’erreur religieuse. Le procès de l'Inquisition est mené par les Dominicains, comme le veut la tradition – c'est aussi l'ordre auquel appartient Savonarole. Aucune preuve d'hérésie n'est apportée, en dehors du fait qu'il affirme être un prophète parlant sous l'inspiration divine. Deux moines sont condamnés avec lui pour l'avoir confirmé en public. Savonarole a perdu néanmoins toute crédibilité depuis qu'il a refusé de se soumettre à une disputatio que réclamaient ses partisans pour lui permettre de prouver sa bonne foi. Il passe cinquante jours en prison, et y subit deux séances de tortures, administrées l'une par la ville de Florence, l'autre par un émissaire spécial du pape. Son corps blessé et ses bras brisés, il dicte en prison deux interprétations des Psaumes. Le jour de sa mort, il parle de sa misère abyssale d'avoir déclaré sous la torture qu'il n'était pas inspiré. « Je me rétracte. J'ai menti de peur de la torture et je veux que cela soit su publiquement. Que les abysses de mes péchés se dissolvent dans les abysses de votre merci. »

       - Cette phase florentine de la renaissance hermétique se termine dans les tourments de la dictature théocratique (18) sur Florence et du Bucher des Vanités, grand moment de culpabilité collective. Savonarole, ami de Pic, admiré par Ficin, peut il faire partie de notre "lobby hermétique" ? On a pu voir en lui un agent du Roi de France Charles VII qui lui confie la ville. Or Ficin remercie le roi d'apporter ses "lumières" à Florence. En outre, c'est autour des rois de France que se dérouleront les prochaines manifestations d'Hermès. Faut il en conclure que nos magiciens ont joué double jeu avec les Médicis ? Ou, plus encore, d'un accord entre les Médicis et la France pour régner sur l'Italie ? L'accord manifeste entre Ficin/Savonarole/Charles VII est troublant. Ficin écrit : « Notre cher Pico nous a quittés le jour même où Charles VIII entrait dans Florence, et les pleurs des lettrés compensaient l'allégresse du peuple. Sans la lumière apportée par le roi de France, peut-être Florence n'eût-elle jamais vu jour plus sombre que celui où s'éteignit la lumière de la Mirandole ». 


Publié dans XVe Siècle

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