Les Mystères de Dodone

Publié le par Socrates Philalethe

Le Sancuaire de Dodone


Pour Hérodote c'est le plus vieil oracle de toute la Grèce, datant peut-être du IIe millénaire. Situé à l’écart de la Grèce des cités, il pâtit du développement de l’oracle de Delphes à l'époque classique mais reste important jusqu’à l’époque romaine. Hérodote rapporte la tradition suivante sur l’oracle de Dodone, qu'il avait déjà entendue à Thèbes en Égypte (Histoires, II, 52) :

« Les prêtresses des Dodonéens rapportent qu’il s’envola de Thèbes en Égypte deux colombes noires ; que l’une alla en Libye, et l’autre chez eux ; que celle-ci , s’étant perchée sur un chêne, articula d’une voix humaine que les destins voulaient qu’on établît en cet endroit un oracle de Zeus ; que les Dodonéens, regardant cela comme un ordre des dieux, l’exécutèrent ensuite. Ils racontent aussi que la colombe qui s’envola en Libye commanda aux Libyens d’établir l’oracle d'Ammon, qui est aussi un oracle de Jupiter. Voilà ce que me dirent les prêtresses des Dodonéens, dont la plus âgée s'appelait Preuménia ; celle d'après, Timarété ; et la plus jeune, Nicandra. Leur récit était confirmé par le témoignage du reste des Dodonéens, ministres du temple. »

Le récit mythologique vaut surtout pour le lien qu’il fait entre les deux grands oracles de Zeus, celui d’Ammon dans l’oasis de Siwah en Libye, et celui de Dodone. Il semble montrer aussi qu’à l’origine, le service de la divinité est l’apanage de prêtresses, et que l’institution de prêtres est postérieure. On sait en effet par Strabon que ce sont les prêtresses qui délivraient les réponses de l’oracle, sauf dans le cas où il s’agissait de Béotiens. Les prêtresses de Zeus sont les trois péléiades. Au VIIIe siècle , à l’époque d’Homère, elles sont rejointes par des divinateurs, les Selles (en grec ο Σελλοί). Dans l’œuvre d'Homère, Dodone apparaît en effet deux fois dans l'Iliade.

Ce sont donc les Selles qui, maintenant un contact rituel permanent avec la terre, interprétaient la parole de Zeus. Celle-ci leur parvenait de plusieurs manières : le bruissement des feuilles du Chêne sacré, le bruit causé par un ou plusieurs chaudrons de bronze (selon les époques, voir infra), et peut-être aussi le vol de colombes, si on interprète ainsi l'étymologie des péléiades.

Les plus anciennes traces archéologiques d’occupation datent de l’époque mycénienne. Le culte de Zeus Dodonéen serait arrivé en Épire avec les Thesprotes à l’Helladique récent vers -1200. Mais il existait alors déjà sur le site un culte chtonien pré-hellénique d’une déesse de l’abondance et de la fertilité liée aux racines du grand chêne. Le sanctuaire était également dédié, probablement à l'origine et avant l'arrivée des grecs,à la Déesse-Mère Dioné. Les deux divinités, le dieu ouranien du tonnerre et de l’orage, et la divinité chtonienne de la végétation forment ainsi à Dodone un couple révéré sous les noms de Zeus Naïos (littéralement « Zeus résidant ») et Dioné Naïa (la forme féminine du nom Zeus).

Bien qu’excentré par rapport à la Grèce des cités, l’oracle jouit d’une grande renommée dès le VIe siècle  : il est régulièrement consulté par les Athéniens qui lui envoient une ambassade annuelle. Sophocle le mentionne dans les Trachiniennes (v. 1164 sq.) et Eschyle dans Prométhée enchaîné (v. 829 sq.). Le roi de Lydie Crésus le consulte, de même plus tard, que les spartiates Agésilas et Lysandre. Cette célébrité ne se traduit pas par un programme architectural ambitieux, contrairement à ce qui se passe pour le sanctuaire deDelphes, qui supplante progressivement Dodone comme la source principale des oracles pour les cités grecques. Au IVe siècle av. J.-C. encore, le sanctuaire semble se réduire à un modeste temple érigé auprès du Chêne sacré. L’apogée du sanctuaire correspond à celle du royaume d’Épire sous le règne de Pyrrhus qui, entre -297 et -272, reconstruit presque tous les édifices de Dodone, sur une échelle monumentale plus en rapport avec son rôle de sanctuaire national épirote. La mort soudaine de Pyrrhus à Argos en -272 et l'affaiblissement du royaume d’Épire qui s’ensuit entraînent le déclin du sanctuaire. En -219--218, il est pillé par les Étoliens. Les fouilles de la Hiéra Oikia ont montré l'absence de niveau de destruction par incendie à cette époque, ce qui paraît confirmer le témoignage de Polybe. Le jeune roi de Macédoine Philippe V, allié des Épirotes, venge le sacrilège en mettant à sac la capitale fédérale étolienne Thermos l’année suivante (-218). Avec le butin pris sur les Étoliens, il fait ensuite reconstruire le sanctuaire de Dodone, qui sera de nouveau détruit par les romains. La ruine définitive de l’oracle intervient en 391 lorsque le Chêne sacré est coupé suite aux édits de Théodose Ier interdisant les cultes païens. Ce n’est toutefois pas la fin de l’occupation du site : la construction, en partie sur les vestiges du temple d’Héraclès, d’une grande basilique chrétienne au Ve siècle  et la présence de plusieurs évêques de Dodone aux conciles œcuméniques, notamment celui d’Éphèse en 431.

 

Publié dans Pythagore

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