Lucifer

Publié le par Socrates Philalethe

Lucifer est un nom propre qui signifie "Porteur de lumière" (étymologie latine : Lux « lumière » – Fero « porter »). A l'origine, c'est l'un des noms que les Romains donnaient à l'« étoile du matin », autrement dit la planète Vénus (qui était appelée Vesper quand elle devenait « étoile du soir »). C'est aussi un personnage des mythologies romaine et grecque, dieu de lumière et de connaissance.

Dans la Vulgate, le nom Lucifer est utilisé pour traduire le « porteur de lumière » du Livre d'Isaïe, un roi de Babylone raillé pour sa volonté de s'élever au-dessus de sa condition d'homme et de dépasser Dieu. Associé à l'orgueil, le nom est progressivement devenu un des noms du Diable, que la tradition chrétienne ultérieure au Livre d'Hénoch présente comme un puissant archange déchu à l'origine des temps pour avoir défié Dieu et ayant entraîné les autres anges rebelles dans sa chute. Personnage que l'Apocalypse selon Saint Jean désigne sous les noms de « Grand dragon » et d'« Antique serpent, et l'identifie à Satan ».

Citation de Apocalypse 12:9 "Et il fut précipité, le grand dragon, le serpent ancien, appelé le diable et Satan, celui qui séduit toute la terre, il fut précipité sur la terre, et ses anges furent précipités avec lui." Autre citation : " Et le diable, qui les séduisait, fut jeté dans l'étang de feu et de soufre, où sont la bête et le faux prophète. Et ils seront tourmentés jour et nuit, aux siècles des siècles." (Apocalypse 20:10)

Dans le folklore occidental, le symbolisme associé à Lucifer est ambigu : il s'agit d'une figure prométhéenne, symbole du dépassement de soi, mais par la même d'un symbole du mal car contredisant l'idéal d'une soumission à Dieu.[réf. nécessaire]

Lucifer vient du latin lux, lucis: lumière, et ferre: porter.

Chez les Romains, le dieu Lucifer, Phosphoros chez les Grecs, personnifiait la connaissance, et sa représentation mêlait des attributs d'Hermès et d'Apollon.[réf. nécessaire]

Lucifer, celui qui apporte la clarté, les "lumières", la connaissance et la révolte, a une parenté avec le titan Prométhée, qui, dans la mythologie grecque, a désobéi à Zeus et donné le feu aux hommes.

William Smith’s Smaller Classical Dictionary note que Lucifer (Latin) et Phosphoros (Grec) sont deux épithètes données à la planète Vénus dans l'Antiquité, parmi d'autres désignations comme Hesperus, Vesperugo, Vesper, Noctifer et Nocturnus quand elle apparaît dans le ciel du soir plutôt que celui du matin, elle introduit alors l'obscurité plutôt que la lumière du jour.

La planète Vénus est le troisième objet le plus brillant du ciel avec une magnitude apparente de -4,6, après le Soleil (-26,73) et la Lune (-12,6). Comme Vénus est sur une orbite plus petite que celle de la Terre, elle ne semble jamais loin du soleil. D'où son nom d'étoile du matin quand elle précède de peu le lever du Soleil.

 

La Lune et Vénus au-dessus de l'observatoire du Paranal au Chili

Il apparaît notamment à la fin du deuxième chant de l'Énéide de Virgile comme porteur de l'aurore au lendemain de la chute de Troie :

« Iamque iugis summae surgebat Lucifer Idae ducebatque diem, Danaique obsessa tenebant limina portarum, nec spes opis ulla dabatur. »

« Déjà sur les crêtes du haut Ida se levait Lucifer, amenant le jour avec lui ; les Danaens tenaient assiégées les portes de la ville, et aucun espoir de secours ne restait. » 1.

Lucifer est aussi employé dans la mythologie romaine pour désigner plusieurs déesses de la lumière comme Artémis, Aurore et Hécate.

Origine et évolutions dans le christianisme [modifier]

Dans la Bible hébraïque, une question de transcription [modifier]

 

La chute de Lucifer, illustration de Gustave Doré pour Le Paradis perdu de John Milton

Le « Porteur de Lumière  » apparaît uniquement dans le Livre d'Isaïe (14.12) Il s'agit du roi de Babylone, dont on chante la complainte (Esaie 14.4) : « Tu commenceras ce chant sur le roi de Babylone, et tu diras : Comment a fini le tyran, comment a fini l'oppression? »

HYLL vient de la racine HLL (« briller »). Les auteurs Brown, Driver et Briggs, ainsi que Koehler et Baumgartner le traduisent en shining one(« celle qui brille »), qu'ils traduisent par « étoile du matin »2.

Dans la Septante, on lit ωσφόρος πρω νατέλλων, qui signifie « le porteur d'aurore, celui qui se lève le matin ».

C'est saint Jérôme qui utilise le terme « Lucifer » pour traduire l'hébreu HYLL (HYLYL dans l'un des manuscrits de la mer Morte) en latin dans la Vulgate

Ostervald traduit le passage ainsi (Esaie 14.12) : « Comment es-tu tombé du ciel, astre brillant (Lucifer), fils de l'aurore ? Comment as-tu été abattu à terre, toi qui foulais les nations ? »

Le nom Lucifer a donc comme origine le texte de Esaie 14.13 : Tu disais en ton cœur: Je monterai aux cieux, j'élèverai mon trône par-dessus les étoiles de Dieu; je siègerai sur la montagne de l'assemblée, aux régions lointaines de l'Aquilon</ref> et fait allusion à l'ange déchu qui serait tombé du ciel3.

La Bible ne dit pas que Satan s'appelait Lucifer avant sa chute. Par ce passage elle fait seulement allusion à la position élevée qu'il occupait auprès de Dieu. Jésus dit de lui dans l'évangile de Jean qu'il est meurtrier et père du mensonge.

Le Messie, une autre étoile du matin ? [modifier]

Selon un auteur, transposé dans la tradition du christianisme, Lucifer est (serait) le nom latin attribué selon Laurent Vissière dans les premiers temps du christianisme à Jésus4.

Le Nouveau Testament emploi plutôt le symbole de l'Etoile brillante du matin justement comme un symbole, non comme un nom propre.

Ainsi dans le Nouveau Testament, il y a une mention de φωσφόρος, « porteur de lumière », en 2 Pierre 1.19, à consonance positive.

2 Pierre 1:19 "Et nous tenons pour d'autant plus certaine la parole prophétique, à laquelle vous faites bien de prêter attention, comme à une lampe qui brille dans un lieu obscur, jusqu'à ce que le jour vienne à paraître et que l'étoile du matin se lève dans vos coeurs;

De même dans l'Apocalypse 22.16, Jésus se décrit comme στρ λαμπρς πρωϊνός, « l'étoile du matin ».

On voit donc dans ces deux passages cet emploi comme un symbole de son salut et non pas comme un nom propre.

Voir par ailleurs : Saint Lucifer.


On peut trouver un écho de cet usage dans l'Exultet, le chant liturgique par lequel l'Église catholique, durant la veillée pascale du Samedi saint, proclame l'irruption de la lumière dans les ténèbres, symbolisée par celle du cierge pascal qui vient d'être allumé:

Qu'il brûle encore quand se lèvera l'astre du matin,

celui qui ne connaît pas de couchant,

le Christ ton Fils ressuscité qui, revenu des enfers,

répand sur les hommes sa lumière et sa paix.

Flammas eius lucifer matutinus inveniat:

ille, inquam, lucifer, qui nescit occasum,

Christus Filius tuus qui, regressus ab inferis,

humano generi serenus illuxit.


Comme le « lion », terme qui peut aussi bien s'appliquer au Messie qu'à Satan, l'étoile du matin est une parabole qui peut s'appliquer différemment.

Dans le Coran, la sourate 86 Al Tariq parle également de l'étoile du matin, et pourrait évoquer le Messie5, Al Tariq signifiant à la fois l'étoile du matin et celui qui vient dans la nuit6.

Assimilation à Satan [modifier]

C'est le livre d'Hénoch, apocryphe du IIe siècle, qui crée le mythe des anges déchus7.

Par ailleurs dans la bible, Jésus montre sa puissance et son autorité sur le règne des démons en les chassant ; il les menaçait sévèrement, ou leur interdisait de s'exprimer. Eux, lui répondaient : "Es tu venu nous tourmenter avant le temps ? Je sais qui tu es, le Saint de Dieu !". Les apôtres, témoins des actes de Jésus, rapportent qu'ils sortaient des corps au commandement de Jésus et en poussant parfois de grands cris.

Ce n'est qu'au Moyen Âge que le nom de Lucifer désignera le plus grand et le plus brillant de tous les anges. Cependant, ce dernier, selon ce que rapporte la Bible au sujet de la chute des anges rebelles, fut poussé par son orgueil à se rebeller contre Dieu, car il voulait régner à la place de son Créateur. Il restera dans la tradition comme : Satan, le « tentateur », le « menteur », le « diviseur » (diable) ou encore l'« Adversaire »8, roi des « démons » — qui sont les anges qui, avec lui, se sont révoltés et ont chuté — et ennemi de Dieu et de l'humanité.

Autres interprétations [modifier]

Esotérisme [modifier]

Il existe plusieurs visions métaphysiques de la figure de Lucifer (qui est le « porteur de la lumière », métaphoriquement « de la connaissance » et donc « de l'hybris ») : il peut être assimilé à Satan (qui est l'« adversaire », l'antithèse de Dieu) par certains alors que d'autres l'en distinguent.

Pour les premiers en effet, Lucifer reste un être créé par Dieu et donc ne peut en aucun cas être son opposé. Il ne peut donc, dans cette optique, être assimilé à la figure de Satan. Il est alors plutôt opposé à Michaël, chef des anges fidèles à Dieu.

Pour quelques uns de ceux qui partagent cette vision, c'est par une mauvaise interprétation de Isaïe 14.12 que Lucifer a été relié a Satan. Ce passage de la Bible parle effectivement de la chute de Lucifer et d'un « adversaire », et deux interprétations sont possibles à partir de là : soit le texte fait référence au roi qui règnait sur Babylone à l'époque, soit à Samaël qui descendit en Enfer (non déchu, il descendit par choix). Il est en outre à plusieurs reprises désigné, et par Jésus lui même, « le Seigneur de la Terre ».[réf. nécessaire]

 

Le Représentant de l'humanité, selon Rudolf Steiner, lutte entre Lucifer et Ahriman pour les équilibrer

Lucifer symbolise l'Est et l'air, détenteur de la connaissance et incarnation de la sagesse de la conscience. Luciférisme et satanisme ne sont pas à confondre, ils sont totalement opposés.


Cependant ne s'agit-il pas de la même entitée ? Ces "confréries" ne tirent-elles pas avantage de ces passages pour rappeler la gloire et le rang passés de celui qu'elles vénèrent ?

En brisant les sceaux du livre, dans Apocalypse (ch 5), livre qui représente en fait l'Acte de propriété du monde, l'Agneau - sacrifié pour les péchés des hommes - prouve selon cette vision, qu'il en est devenu l'héritier, et il met fin par ses jugements au règne multi-millénaire du Prince des Ténèbres.

 

En alchimie [modifier]

Selon sa croyance, l'alchimie assimile Lucifer au diable, non sous la forme populaire et maléfique, mais au contraire sous sa forme rédemptrice : il représente la Pierre brute, matière initiale de l'œuvre, qui, sous son aspect vil et repoussant, n'en demeure pas moins le pilier de toute l'Œuvre, car recelant en son sein la lumière à suivre, l'étoile que suivirent les mages pour parvenir à l'enfant philosophal.

Interprétation roumaine [modifier]

En roumain, Luceafăr représente la planète Vénus (et Lucifer veut dire diable). Les paysans l'associent aussi à un certain nombre d'étoiles. Il y a aussi une allusion au géant Hypérion. Souvent le Luceafăranime les démons, mais il ne représente pas le mal absolu ou le diable, dracula, (Dracul en roumain qui signifie aussi dragon).

Son origine étymologique vient du verbe luci et de l'adjectif luciu. Ce verbe ne se traduit pas en français, mais on peut en faire l'approximation par la traduction « lustre », comme dans l'expression « cet objet a retrouvé son lustre d’antan ».

En langue courante, on dit cependant qu'un objet est lucios lorsque il est assez poli pour réfléchir la lumière ambiante. Au contraire, « l'éclat du soleil » se dit strălucirea soarelui et, en général, strălucire veut dire « brillance ». Cependant la lune et le luceafăr ne font que luci, car ils émettent moins de lumière. stră provient du latin extra et est un élément de composition qui marque, en roumain, l'origine éloignée et l'ancienneté.

À ne pas confondre avec le verbe lumina qui veut dire « illuminer », « éclairer » ou « faire en sorte que la lumière se répande », par exemple en ouvrant la fenêtre comme dans s-a luminat camera qui veut dire « la chambre s'est éclaircie/illuminée ».

En roumain, plusieurs astres ont un nom qui commence par Luceafărul : Luceafărul-de-Dimineaţă (Vénus du Matin), Luceafărul-de-Seară (Vénus du Soir), Luceafărul-cel-Mare-de-Miezul-Nopţii (l'étoile Véga de la constellation de la Lyre, de nuit), etc.

Mihai Eminescu a écrit unavec ce nom qui est parmi les plus célèbres de ses œuvres. Une jeune femme, Catalina, tombe amoureuse de Luceafărul, étoile qui va se métamorphoser en prince pour la visiter dans ses songes. D'abord jugé d'une beauté "d'ange",trop froide puis d'une beauté de démon "trop brulante" par Catalina, il affirme alors son désir de devenir humain, cédant "pour une heure d'amour" son immortalité. Remontant le temps jusqu'au principe créateur de toute chose, il demande au démiurge de le délivrer de son statut d'immortel, mais celui-ci refuse. Luceafărul retournant alors sur terre trouve Catalina dans les bras d'un serviteur de sa maison : Catalin, et déçu, invective la jeune femme avant d'affirmer son indifférence.

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