Marsilio Ficino (1433 - 1499)

Publié le par Socrates Philalethe

 

C'est à Marsilio Ficino (1433 - 1499) que Cosme de Médicis, en qui il confie avoir trouvé un second père « selon Platon », confie son projet d'académie. Ce dernier, érudit fils d'un médecin du Val d'Arno, très tôt mis à l'étude de Galien, d'Hippocrate, d'Aristote, d'Averroès et d'Avicenne, a suivi les cours de Pléthon, Argyropoulos (après 1459) et Christoforo LandinoDu sein de son « Accademia di Careggi » - d'après le lieu d'un petit domaine donné par les Médicis -, et qui ne fut rien d'autre qu'un cénacle libre et sans règles, un réseau florentin, italien, puis européen d'auditeurs, de correspondants, de « coplatoniciens » fidèles, Marsile n'entretenait rien moins que le feu sacré d'un culte intellectuel, hors normes, au-dessus des universités et des dogmes. Il y reçoit des humanistes de tout pays, hongrois comme le poète Pannonius, allemand comme Reuchlin, anglais comme Colet, pour comprendre comment a pu naître et se répandre une vague d'engouement « ficinien » parmi tous les doctes de l'Europe. Il a traduit et édité en latin entre 1463 et 1497, c'est-à-dire restitué à l'Occident, Platon, Plotin, Porphyre, Jamblique, Synésios, Proclus, Priscien de Lydie, le Pseudo-Denys... Il traduit notemment la Lettre à Porphyre (« réponse du maître Abammon à la lettre de Porphyre à Anébon et solutions des difficultés qui s’y trouvent ») attribuée à Jamblique, les traités de Plotin et les commentaires de Proclus, publiés par Ficin. Contrairement à ce que recommandait le philosophe polythéiste Gemiste Pléthon, Marsile Ficin tenta une synthèse du christianisme et du platonisme. Il s'oppose ainsi à l'aristotélisme des écoles de son époque qu'il accuse de détruire la religion. Ficin, en s'appuyant sur la tradition platonicienne, élabore une nouvelle apologétique, fondée sur une « pia philosophia » et une « docta religio ».

 Le Commentaire sur le Banquet de Platon, « De l'amour » écrit par Ficin fait présente la succession de la théologie de Platon depuis les mystères hermétiques et orphiques dans le sillage de Denys l’Aréopagite, jusqu'à la réconciliation de Platon avec le christianisme.
Cette œuvre de Ficin a marqué profondément et durablement la réflexion sur l’amour à l’aube des temps modernes, déclenchant une longue série de dialogues et traités parmi lesquels brillent ceux de Pic de la Mirandole, de Bembo ou de Giordano Bruno, et imprégnant de ses concepts la poésie amoureuse pendant deux siècles. 

Selon une tradition colportée par les Scholia de l'alchimiste-médecin Paracelse, le florentin Marsile Ficin serait mort plus que centenaire, à cent huit ans, au terme d'une longévité obtenue par les moyens miraculeux d'un savoir occulte et primordial. S'il n'en est rien, puisque Ficin mourut à Florence à soixante-six ans, une légende néanmoins plus troublante entoure cette disparition. L'un des anciens biographes de Marsile, sous l'inspiration sans doute d'un épisode présent chez Pline et chez Sénèque, s'est plu à narrer que le jour de sa mort, le 1er octobre 1499, Ficin envoya un message prémonitoire à son plus cher ami, Michele Mercati, sous la forme d'un cavalier spectral, monté sur un cheval blanc et qui s'annonça par cette clameur : « ces choses-là sont vraies ! », entendez les réalités de la survie et de l'autre monde.  

 

Publié dans XVe Siècle

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