Mouvements Ouvriers de l'Ancien Régime - Coopératives, Corporations, Compagnonnage

Publié le par Socrates Philalethe

 

Les couvents-coopératives
Au XVIIe siècle, après une série de procès contre les cordonniers et autres ouvriers du textile et cuir (1643-1655), Michel-Henry Buch tente de créer une structure avalisée par la Sorbonne et l'état : les " couvents-coopératives ". Créés à Paris, Lyon et Soissons, ils deviennent des foyers de résistance aux maîtres et aux autorités des corporations.

En 1646, on lit dans un rapport de police : " Les compagnons cordonniers se réunissaient dans deux chambres contiguës : la première servait pour interroger les récipiendaires et pour leur faire subir des épreuves en usage, puis ils étaient conduits dans la chambre des mystères, où se trouvaient un autel et des fonts baptismaux : là ils choisissaient trois compagnons, dont l'un servait de parrain, l'autre de marraine, et l'autre de curé. Après avoir prêté serment sur le saint chrême et sur le livre ouvert des évangiles, le nouveau baptisé était reçu au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, puis, la réception terminée, ils célébraient la messe."
Ce rapport est déposé à la faculté de théologie qui condamne, le 21 septembre, ces pratiques comme étant un blasphème et un sacrilège.

En 1649, Henriette d’Angleterre, fille de Henri IV et de Marie de Médicis, veuve de Charles Ier, se réfugie à Saint-Germain-en-Laye avec des officiers écossais et irlandais (pour la plupart francs-maçons) qui créent la première loge maçonnique en France.

Le 14 mars 1655, la Sorbonne condamne les Compagnons comme impies, sacrilèges et superstitieux.
" Ce prétendu devoir, dit une délibération de l'officialité de Paris, consiste en trois paroles : " Honneur à Dieu, conserver le bien du maître et maintenir les compagnons". Mais, tout au contraire, ces compagnons déshonorent grandement Dieu, profanent tous les mystères de notre religion, ruinent les maîtres, vidant leurs boutiques de serviteurs quand quelqu'un de leur cabale se plaint d'avoir reçu bravade. Les impiétés et les sacrilèges qu'ils commettent sont différents selon les métiers. Ils ont néanmoins tous cela de commun : de faire jurer celui qui doit être reçu sur les saints évangiles qu'il ne révélera à père, ni à mère, femme ni enfant, prêtre ni clerc , pas même en confession, ce qu'il va faire ou voir faire, et, pour ce, choisissent un cabaret qu'ils appellent la mère, parce que c'est là qu'ils s'assemblent d'ordinaire, comme chez leur mère commune, dans lequel ils choisissent deux chambres commodes pour aller l'une dans l'autre, dont l'une sert pour leurs abominations et l'autre pour le festin. "

Les compagnonnages inquiètent de façon croissante les autorités civiles avant la Révolution : à Dijon, 20 procès sont intentés aux compagnonnages de 1667 à 1785. À Marseille, gavots et dévoirants s'allient même ponctuellement (1726). Présents dans tout le royaume, les compagnons rédigent leurs règles et les précisent.


      Les compagnonnages, interdits sous la Révolution suite à l'abolition des corporations – interdiction réitérée sous le Consulat – deviennent tolérés, mais étroitement surveillés, sous l'Empire. En ce début de XIXème siècle, le compagnonnage est organisé autour de trois rites. Le rite du Père Soubise regroupe les couvreurs, plâtriers et charpentiers Honnêtes Compagnons du Devoir, Compagnons Passants Bon Drilles (U:.V:.G:.T:.) du Tour de France. Dans la même mouvance (catholique, royaliste et bonapartiste) héritière des devoirants du Saint Devoir de Dieu, les enfants de Maître Jacques rassemblent les tailleurs de pierre, serruriers et tanneurs Compagnons du Devoir de Maître Jacques (D:.D:.M:.J:.) ainsi que certaines autres professions (cordiers, vanniers, chapeliers, etc.). Quant au rite de Salomon, qui accueille les ouvriers protestants ou agnostiques, avec une sensibilité politique plutôt de gauche et républicaine, on y trouve les tailleurs de pierre Compagnons étrangers (C:.E:.) et les Compagnons du Devoir de Liberté (I:.N:.D:.G:.) qui se séparent du Devoir de Liberté en 1804 sous la poussée de Compagnons libres penseurs et anticléricaux. Il semble que c'est à cette époque qu'un Compagnon franc-maçon introduit le troisième grade dans le Devoir de Liberté (qui comprend désormais des affiliés, des Compagnons reçus et des Compagnons finis), et qu'un corps aristocratique (les "initiés"), essentiellement composé de compagnons établis comme maîtres, est alors constitué.

 

 

Les associations opératives
Le haut Moyen Âge a connu, en Occident, des associations de métier, dont certaines sont peut-être héritières des collegia de l’empire romain. Dès le XIe siècle, elles s’organisèrent en confréries ou guildes, où le savoir-faire professionnel se transmettait par cooptation et initiation, mais il n’existe aucune preuve qu’elles aient été contaminées par les sociétés initiatiques, ni même, comme certains l’ont affirmé, directement influencées par l’ordre des Templiers.

1015 : création de la loge des tailleurs de pierre de la cathédrale de Strasbourg.

Vers 1080, l’utilisation du terme « compagnon » est attestée.

1100 : les maçons tiennent leur assemblée devant le roi Henri Ier d’Angleterre.

1150 : assemblée des maçons à Kilwinning (Ecosse)

1189 : l’ordre des Frères Pontifes (spécialisés dans la construction de ponts tel celui d’Avignon et de routes) obtient du pape Clément III un grand nombre de franchises. Bien que rattaché en 1277 aux frères Hospitaliers de Jérusalem, l'ordre des Frères Pontifes continue son œuvre opérative jusqu’au milieu du XVIe siècle. (Jean de Médicis fut maître de l’ordre en 1562).

Le compagnonnage
Le compagnonnage paraît être une survivance des sociétés secrètes de l'antiquité. L'antiquité avait d'ailleurs ses sociétés d'ouvriers.
Chez les Juifs, par exemple, nous trouvons l'association des khasidéens, qui donnèrent plus tard naissance aux esséniens, et dont la mission était, dans l'origine, d'entretenir et de réparer le temple que Salomon avait fait bâtir, ce même temple d'où les compagnons actuels, notamment ceux qui s'intitulent les enfants de Salomon, prétendent être sortis. A en croire ces derniers, le troisième roi des Juifs, pour récompenser ses nombreux ouvriers (plus de 200 000, dit-on) de leurs travaux, leur aurait donné un "devoir" ou, ce qui revient au même, une doctrine, et les aurait unis fraternellement dans l'enceinte de l'édifice qu'ils venaient de construire.
Les gens du bâtiment sont les créateurs du compagnonnage, société initiatique d'apprentissage et de solidarité réunissant des artisans.
Les compagnons constructeurs des cathédrales médiévales assurent que « ce que tu fais te fait ».
L'origine mythologique revendiquée par les compagnons comprend :
- trois figures emblématiques : Salomon, maître Jacques et le père Soubise,
- et deux moments: la construction du temple de Jérusalem et la fin de l'ordre des Templiers, bâtisseurs féconds, maître Jacques devenant alors Jacques de Molay, le dernier maître exécuté le 18 mars 1314.
Les Enfants de Salomon se composent :
- des tailleurs de pierre, appelés « compagnons étrangers » ou « loups » ;
- des menuisiers et des serruriers du devoir de liberté, dits « gavots » ;
- des charpentiers, dits « renards de liberté », puis « compagnons de liberté ».
Les Enfants de maître Jacques assurent que leur fondateur, un des premiers maîtres de Salomon et collègue de Hiram, naquit dans une petite ville des Gaules, nommée Carte, aujourd’hui Saint-Romili, située dans le midi de la France, mais que l'on chercherait vainement sur les cartes. Il aurait eu pour père un célèbre architecte nommé Jakin ou Jacquin, se serait exercé à la taille des pierres dès l'âge de quinze ans, aurait voyagé dans la Grèce, où il aurait appris la sculpture et l'architecture, serait venu en Égypte, puis à Jérusalem, où il aurait exécuté avec tant de grâce deux colonnes, qu'on se serait empressé de le recevoir maître.
Maître Jacques et son collègue, maître Soubise, après les travaux du temple achevés, seraient revenus ensemble dans les Gaules, jurant de ne jamais se séparer ; mais la jalousie du second s'étant émue de l'ascendant du premier sur leurs disciples, il y aurait eu séparation : Maître Jacques, aurait été débarqué à Marseille, Maître Soubise, à Bordeaux.
Un jour, s'étant éloigné de ses disciples, maître Jacques se serait vu assailli par dix disciples de maître Soubise ; mais en se sauvant il aurait fait une chute dans un marais ; soutenu par les joncs, il aurait été délivré par les siens et se serait retiré à la Sainte-Baume, dans la grotte où vivra pendant 30 ans Marie-Madeleine. Mais, bientôt trahi et livré par un de ses disciples, appelé "Jéron" selon les uns, "Jamais" selon les autres, il serait mort frappé de cinq coups de poignard, dans sa quarante-septième année, quatre ans et neuf jours après sa sortie de Jérusalem, 989 ans avant J.-C. Les compagnons lui ayant ôté sa robe auraient trouvé sur lui un petit jonc qu'il portait en mémoire de ceux qui l'avaient sauvé dans le marais, et aussitôt ils auraient adopté le jonc pour emblème.
En général, on n'accuse pas Soubise d'avoir trempé dans cet assassinat. Les larmes qu'il versa sur la tombe de son collègue ont levé une partie des soupçons qui pesaient sur lui. Quant au traître, il serait allé, de désespoir, se jeter dans un puits que les disciples de Jacques auraient comblé avec des pierres. La défroque du martyr aurait été mise dans une caisse.
A la destruction des temples, les enfants de maître Jacques s'étant séparés, son chapeau aurait été donné aux chapeliers, sa tunique aux tailleurs de pierre, ses sandales aux serruriers, son manteau aux menuisiers, sa ceinture aux charpentiers et son bourdon aux charrons.
Selon une autre tradition, maître Jacques ne serait autre que le dernier grand maître des templiers, Jacques de Molay, lequel aurait accueilli sous la bannière de son ordre des enfants de Salomon en dissidence avec la société mère, et leur aurait conféré un devoir nouveau vers 1268. Le père Soubise ne serait autre qu'un moine bénédictin qui aurait donné aux charpentiers de haute futaie des statuts spéciaux. Cette seconde légende est acceptée assez généralement comme se rapprochant plus que la précédente de la vérité.
La division des sociétés de compagnonnage en trois classes date de la fin du XIIIe siècle. Ce qu'on peut affirmer, c'est que les enfants de Maître Jacques sont d'une origine moins ancienne que ceux de Salomon, et qu'ils en sont même un démembrement.
Les Enfants de Maître Jacques, dont l’emblème est une patte d’oie ("pédauque"), ne comprennent en principe que les tailleurs de pierre, compagnons passants, dits "loups-garous", et les menuisiers et serruriers du devoir, dits "dévoirants", par contraction "dévorants". 
Les Enfants du père Soubise se composaient à l'origine d'un seul corps d'état, les charpentiers compagnons passants ou drilles ; les couvreurs et les plâtriers s'y sont adjoints ensuite.
Les Enfants de Maître Jacques et du Père Soubise prennent seuls le nom de "Compagnons du devoir".
Héritiers sans doute des ghildes, fratries et hanses nées dès le VIIIe siècle, les compagnonnages apparaissent formellement au XIIIe siècle, principalement dans le cadre de la construction des cathédrales. Le serment et le secret soudent les membres de ces associations.
Les parcours des compagnons sont attestés à Rouen au XIVe siècle.Au début du XVe siècle, les brodeurs, les menuisiers, les tondeurs estent en justice en tant que corps ; l'essentiel des caractères du compagnonnage est, en tout cas, dessiné.
Les différents compagnonnages rassemblent chacun plusieurs corps de métiers. Tous ont en commun l'usage d'un argot spécifique et des pratiques rituelles initiatiques, plus ou moins secrètes ; tous se rattachent à un passé mythique et, sinon chrétien, du moins biblique ; tous enfin ont pour triple objectif la moralisation, la défense et la formation des ouvriers (terme générique comprenant aussi bien les artisans que les ouvriers). Ils intègrent un examen initiatique, conclusion d'un tour de France sanctionné par la réception d'un " chef d'oeuvre ". Tous disposent d'un réseau de maisons où ils peuvent trouver le toit et le couvert, maisons appelées " cayennes " (sises près des grands fleuves où la maréchaussée n’a pas le droit d’intervenir), gérées par des "mères". Également pour des raisons de sécurité, chaque compagnon porte un surnom comprenant deux éléments: son origine régionale (Ardéchois) et un trait caractéristique de sa personnalité (Cœur Fidèle). Enfin, tous nourrissent vis-à-vis des autres compagnonnages une solide hostilité (allant parfois jusqu’à la violence), de même qu'à l'intérieur de chaque compagnonnage des rivalités opposent les différents corps de métiers.
Certains historiens voient dans le compagnonnage l’ancêtre du syndicalisme et du mutualisme.

1250 :
Les comtes de Champagne octroient la liberté de circulation aux compagnons forgerons (les Forgerons du Devoir).
Les maçons fondent la Grande Loge de Cologne.

1275 : à Strasbourg, première assemblée générale des maçons constructeurs. Les anciens compagnons constructeurs se groupent en confraternités de Saint-Jean et se référent à saint Jean du Tonnerre.
Pendant longtemps, à la question : "D'où viens-tu ?", les francs-maçons affirment : "Je viens de la Loge de Saint-Jean", peut-être en souvenir de cette Confraternité de Saint-Jean ou peut-être aussi en rappel des neuf chevaliers qui, à Jérusalem, le jour de la Saint-Jean d'hiver de l'année 1118, prêtèrent serment et fondèrent l'ordre des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon.
On dit que c'est à Strasbourg, en 1440, que les maçons constructeurs allemands changèrent leur nom de "frères de Saint-Jean" pour s'appeler "francs-maçons".

La franc-maçonnerie
La franc-maçonnerie semble issue du compagnonnage, quoique certains prétendent l’inverse et que d’autres nient toute parenté entre les deux sociétés.
Institution philanthropique et société de pensée, la franc-maçonnerie (abrégée en maçonnerie) est une association dont les membres se recrutent par cooptation, selon des rites initiatiques conformément au mythe hiramique. Elle se fixe pour but de réunir en son sein les "hommes libres et de bonnes mœurs" qui veulent travailler à l’amélioration matérielle et morale ainsi qu’au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité.
Les maçons se réunissent dans des loges, locaux installés près des chantiers, où se transmettent, sous la férule d’un maître maçon, les secrets du métier.
D’après Jules Boucher, voici le mythe, tel qu'il fut découvert ou élaboré au XVIIIe siècle :
Hiram (à ne pas confondre avec son homonyme, le roi Hiram de Tyr qui fournit à Salomon des ouvriers et du bois de cèdre pour la construction du Temple) était un maître bronzier engagé par le roi Salomon sur le chantier du Temple de Jérusalem (1 Rois 7,15-22).
Hiram coula notamment la "mer de bronze" et les deux colonnes "Jachin" et "Boaz" à l’intérieur desquelles auraient été placés des écrits précieux.
Le pilier de la miséricorde, placé à droite, appelé "Yachin" ou "Jachin", évoque l’idée de solidité et de stabilité. Il comporte les Sephirot porteurs de semence, de l'aspect masculin, positif de la création: Hokmah, Chesed et Netzah. Il est associé au yang asiatique, à tout ce qui insuffle la vie et pousse à son développement. Marqué de la lettre hébraïque "Yod" (initiale de Yachin), il est souvent représenté comme une colonne de couleur blanche (dans le temple maçonnique, la lettre est "J" et la colonne est rouge). On l'appelle aussi parfois pilier de la Force, par opposition à la Forme, en tant que Force créative. Il est associé au soleil.
Le pilier de la rigueur, placé à gauche, est appelé "Boaz". Il comporte les Sephiroth réceptacles de la semence, les Sephiroth teintées de l'aspect féminin, négatif de la création, en ce sens qu'elles tendent à restreindre cette création : Binah, Geburah et Hod. Il est associé au yin asiatique, à tout ce qui contient, résorbe et confine la vie afin de mieux la contrôler. Marqué de la lettre hébraïque "Beth" (la première du mot Boaz), il est souvent représenté comme une colonne de couleur noire (elle est blanche dans le temple maçonnique). On l'appelle aussi parfois pilier de la sévérité, ou même pilier de la Forme, par opposition à la Force, en tant que Forme du moule dans lequel vient s'inscrire la Force de Yachin. Il est associé à la lune.
Dans le temple maçonnique, lors des cérémonies, les apprentis s’alignent au pied de la colonne J, les compagnons près de la B et les maîtres se tiennent dans la chambre du milieu.
Les travaux s'achevaient, mais les compagnons de Hiram n'avaient pas tous été initiés aux secrets merveilleux du Maître. Trois d'entre eux décidèrent de les lui arracher. Postés chacun à une porte différente du Temple, ils sommèrent tour à tour Hiram de leur livrer ses secrets. Le Maître répondit successivement à chacun d'eux, en fuyant d'une porte à l'autre, qu'on n'obtiendrait pas sa parole par des menaces et qu'il fallait attendre le temps voulu. Alors ils le frappèrent, l'un d'un coup de règle sur la gorge, l'autre d'un coup d'équerre de fer sur le sein gauche, le troisième d'un coup de maillet sur le front qui l'acheva. Puis, ils se demandèrent l'un à l'autre la parole du Maître. Constatant qu'aucun d'eux ne l'avait obtenue, ils furent désespérés de leur crime inutile. Ils cachèrent le corps, l'inhumèrent dans la nuit près d'un bois et plantèrent sur sa tombe une branche d'acacia.
L'arche d'alliance était faite de bois d'acaciaplaqué d'or (exode 37,1-4). La couronne d'épines du Christ aurait été tressée d'épines d'acacia. Dans la pensée judéo-chrétienne, cet arbuste au bois dur, presque imputrescible, aux épines redoutables et aux fleurs de lait et de sang, est un symbole solaire de renaissance et d'immortalité.
Guénon souligne que les rayons de la couronne d'épines sont ceux d'un soleil.
Le symbole de l'acacia rejoint l'idée d'initiation et de connaissance des choses secrètes.
L'écorce de l’acacia (notamment acacia phlebophylla et acacia longifolia) a des effets hallucinogènes.
Une légende africaine bambara place l'acacia à l'origine du rhombe. Alors que le premier forgeron, encore enfant, taillait un masque, « une esquille de bois d'acacia se détacha et sauta au loin en produisant un vrombissement semblable au rugissement du lion. L'enfant appela deux de ses camarades, prit le fragment de bois, perça un trou à l'une de ses extrémités, y passa une ficelle et le fit tournoyer » (J. Servier).
Cette pratique védique est encore en vigueur : un disque d'acacia est percé d'un trou ; avec un bâton en bois de figuier, rapidement tourné dans l'orifice, on produit sous l'effet de la friction le feu sacré qui servira au sacrifice. L'acacia représente le principe féminin, le bâton de figuier le principe masculin.
La louche sacrificielle (sruk) attribuée à Brahma est en bois d'acacia.
On voit donc partout l'acacia considéré comme un support du divin, dans son aspect solaire et triomphant.
(Dictionnaire des Symboles. Jean Chevalier- Alain Gheerbrant. Ed. R. Laffont. 1995)
Dans l'application symbolique du mythe aux cérémonies maçonniques d'initiation au grade de Maître, le récipiendaire s'identifie à Hiram Abiff. Il doit d'abord mourir à lui-même : les trois coups de la légende symbolisent la triple mort, physique (gorge), sentimentale (sein gauche) et mentale (front). Mais, comme toutes les morts initiatiques, cette phase prélude à la renaissance physique, psychique, mentale, en un nouvel Hiram, que symbolisent les qualités décrites par le texte biblique et la branche d'acacia déposée sur le drap du récipiendaire pour rappeler celle qui fut plantée sur la tombe de Hiram.
Évoquant le mythe de la mort de Hiram, le frère Gérard de Nerval écrivait dans Voyage en Orient : " Il faut savoir mourir pour naître à l'immortalité."
Le secret de Hiram, la parole recherchée du Maître, réside précisément dans cette loi du devenir intérieur, dans une transformation spirituelle : investi des qualités de Hiram, l'initié devient Maître à son tour et s’efforce d’élever sans cesse un temple idéal.
Les trois assassins figurent l'Ignorance, l'Hypocrisie ou le Fanatisme, l'Ambition ou l'envie, à quoi s'opposent les qualités de Hiram : le Savoir, la Tolérance et le Détachement ou la Générosité.
Tous les francs-maçons se disent orphelins de Hiram et aussi fils de la veuve [comme Hiram, fils de la veuve Nephtali (nom à rapprocher peut-être de Nephtys, sœur d’Isis, épouse de Seth, mère d’Anubis)]
David Stevenson (The origins of Freemasonry, Cambridge University Press, 1990) prétend que, d’après une vieille tradition maçonnique, les maçons ont vénéré Thot/Hermès, dieu de la sagesse, qu’ils considéraient comme leur maître. L’hermétisme est la doctrine de la connaissance dont l'origine est attribuée au dieu égyptien Thot (divinité de la Connaissance), transmise au dieu grec Hermès Trismégiste "Trois Fois Grand", également divinité de connaissance, puis aux chrétiens de la gnose. Messager divin et fils de Zeus, Hermès possédait la sagesse et la connaissance du monde, terrestre et céleste, de la médecine comme de l'astrologie ; c'est pourquoi il fut aussi le dieu des philosophes et des alchimistes. Les hermétistes se disent disciples de Hermès qui aurait inspiré « La Table d'émeraude », qui est à la fois un traité de médecine et d'alchimie.
Des symboles sont utilisés par les membres comme signes de reconnaissance : les outils des constructeurs de cathédrales (maillet et ciseau, équerre et compas, niveau et perpendiculaire, règle, levier) constituent le premier support auquel viennent s’ajouter tabliers et sautoirs.

 

Publié dans Moyen-Age

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