Nicolas Berdiaev (1874-1947)

Publié le par Socrates Philalethe

Nicolas Berdiaev (1874-1947)

 

 

Le philosophe russe Nicolas Berdiaev exprimait la vision partagée par les penseurs russes d’avant la Révolution ainsi que par l’élite culturelle, lorsqu’il parlait de la fin du rationalisme occidental et de la naissance d’une nouvelle ère de l’esprit qui serait témoin du combat du Christ et de l’Antéchrist. Il voyait la popularité des doctrines mystiques et occultes comme une preuve de l’approche de cette Nouvelle Ere, et appelait à une « nouvelle chevalerie ». « L’homme n’est pas une unité dans l’univers, faisant partie d’une machine non-rationnelle, mais un membre vivant d’une hiérarchie organique, appartenant à un ensemble réel et vivant ». Les attaques de Berdiaev contre les valeurs matérialistes occidentales ne faisaient que refléter une vision largement partagée par la société russe.

 

Nicolas Berdiaev ou Berdjaev ou Berdiaeff (en russe, Николай Александрович Бердяев, Nikolaï Aleksandrovitch Berdiaev), né le 19 mars 1874 à Kiev (Ukraine), et décédé le 24 mars 1948 à Clamart (France), est un philosophe russe de langue russe et française.

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Biographie [modifier]

Marxiste convaincu à partir de 1900, il s'en détourne après la révolution bolchévique de 1917. Professeur à l'université de Moscou, il fonde l'Académie Libre de Culture Spirituelle (1919-1922) dont le succès conduit à sa fermeture, et il doit fuir la Russie en 1922. En 1924, il transfère à Paris l'Académie de philosophie et de religion qu'il avait fondée àBerlin.

La philosophie de Berdiaev [modifier]

Sa pensée est l'un des sommets de l'existentialisme chrétien. Elle reflète aussi l'influence de Jacob Boehme dont il traduisit en français le Mysterium Magnum, précédé de deux précieuses études.

Pour Berdiaev, le premier principe n'est pas l'être mais la liberté. A partir de cette liberté, Dieu crée l'homme, l'être libre. La liberté étant par nature irrationnelle peut donc conduire aussi bien au bien qu'au mal. Selon lui, le mal, c'est la liberté qui se retourne contre elle-même, c'est l'asservissement de l'homme par les idoles de l'art, de la science et de la religion qui reproduisent « les rapports d'esclavage et de domination dont est issue l'histoire de l'humanité ».

Berdiaev se révolte contre les conceptions rationalistes, déterministes, téléologiques qui brisent le règne de la liberté. Le problème de l'existence humaine est donc celui de sa libération. Ici, Berdiaev fonde une véritable philosophie de la personne qui influencera Emmanuel Mounier et le personnalisme, ou encore le jésuite uruguayen José Luis Segundo,théologien de la libération qui fit sa thèse sur lui.

L'homme se définit d'abord comme une personne. La personne, catégorie éthique et spirituelle s'oppose à l'individu, catégorie sociologique et naturaliste. La personne n'est pas nature, mais liberté. Contrairement à l'individu qui est partie de l'espèce et de la société, la personne n'est pas la partie d'un tout quelconque. Elle s'oppose aux fausses totalités que forment le monde naturel, la société, l'Etat, la nation, l'Église, etc. Ces fausses totalités constituent les sources majeures de l'objectivation qui aliène la liberté de l'homme dans des productions qu'il finit par idolâtrer en se soumettant à leur tyrannie.

Pour se libérer de toutes les formes d'objectivations aliénantes, Berdieav prône la redécouverte de l'acte créateur fondé sur un travail d'élimination de la contrainte, de la connaissance et de l'amour, ses forces libératrices qui luttent et se révoltent contre les structures ossifiées, refroidies, inhumaines.

Retournant à un messianisme christique d'essence joachimiste et écrivant à l'époque de la montée de ce qu'on appellera plus tard « totalitarismes », Berdiaev a dénoncé, l'un des premiers « le messianisme de la race élue et de la classe élue ».

Se dressant contre toutes les formes d'oppression sociale, politique, religieuse, dépersonnalisantes et déshumanisantes, l'œuvre de Berdiaev agit comme un vaccin contre toutes les formes d'utopies meurtrières du passé et de l'avenir. Par opposition, elle souligne les vrais besoins et la vraie destination de l'homme qui est surnaturelle liberté issue du mystère divin et fin de l'histoire dans une annonce du Royaume de Dieu que l'homme doit d'ores et déjà préparer dans l'amour et la liberté.

Dans ses grandes lignes, la pensée de Berdiaev est conforme à la tradition du messianisme russe, mais un messianisme purifié et éclairé par la critique radicale des forces qui s'y opposent, y compris à travers la critique de l'institution ecclésiastique, qu'il dénonce comme une source majeure d'aliénation spirituelle.

Citations [modifier]

  • « La démocratie est indifférente au Bien et au Mal1 »
  • « La liberté n'est pas un droit, c'est un devoir2. »
  • « Dieu est moins puissant qu'un agent de police[réf. nécessaire]. »

Publié dans XIXe Siècle

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