Phillipe Buonarrotti (1761 - 1837)

Publié le par Socrates Philalethe

- Phillipe Buonarrotti (1761 - 1837) - Issu d'une famille de patriciens toscans descendant du frère du grand artiste Michel-Ange, initié à Rousseau, Locke, Mably, Helvetius, Morelly par les philosophes Sarti et Lampredi. 

Franc-maçon, ce Toscan est affilié aux Illuminés de Bavière. Admirateur de Rousseau et enthousiasmé par la Révolution, il accourt en France où Robespierre le charge de former des agitateurs révolutionnaires pour l’Italie. Arrêté à Menton comme robespierriste après le 9 Thermidor et transféré à Paris, Buonarroti se lie en prison avec Babeuf ; le premier croit en l’Être suprême et continue à vénérer l’Incorruptible ; le second, antirobespierriste, fait profession d’athéisme. Ils deviennent pourtant inséparables. Condamné à la déportation, Buonarroti voit sa peine commuée en de nombreuses années de détention puis de résidence surveillée. En 1806,Fouché, qui continue de protéger les babouvistes, obtient pour lui le droit de se fixer à Genève ;Buonarroti y retrouve le jeune frère de Marat et y commence une nouvelle activité clandestine de révolutionnaire. Durant les trente dernières années de sa vie, sous le couvert de la franc-maçonnerie (il fonde successivement les loges des Sublimes Maîtres Parfaits - 1808 - et de la Charbonnerie française à laquelle il fut peut être initié par Pierre-Joseph Briot apparemment au R. : du Grand Alexandre de la Confiance de Caliostro), il organise sans relâche des réseaux de sociétés secrètes à travers la France et l’Italie, et même à travers toute l'Europe. Trait d’union entre la révolution démocratique de Robespierre et la révolution sociale de Babeuf, Buonarroti est aussi le trait d’union entre l’ancienne maçonnerie des Lumières et le carbonarisme dont il est l’un des créateurs et des chefs secrets. Il exercera une influence sur le jeune Blanqui, de l’aveu de ce dernier et peut être sur Raspail, Louis Blanc et Barbès. Changeant de séjour pour déjouer les polices, de Genève à Bruxelles et de Bruxelles à Paris (où il mourra), il est le premier révolutionnaire professionnel. Philippe Buonarroti écrit l' « Histoire de la Conspiration de l’égalité » (1828).

Il est en Corse en 1789. Considérant l'île comme un conservatoire des formes primitives de communautarisme et d'égalitarismes agraires, il s'intéresse au régime de la propriété, notamment des propriétés communales. Il devient bientôt l'un des administrateurs des biens nationalisés du clergé. En juin 1791, profitant de l'attachement de la population au clergé réfractaire, les paolistes se soulèvent et l'expulsent vers Livourne, où il est emprisonné. Grâce à l'intervention de l'Assemblée constituante auprès de Léopold II, il est libéré et rentre en Corse, où il demande la nationalité française. En mars, le grand-duc de Toscane saisit ses biens. Nommé commissaire national auprès du tribunal du district de Corte le 23 octobre 1792, il se lie avec les Bonaparte et s'oppose à Pascal Paoli. Obligé de passer en France après la victoire des paolistes en mai 1793, il se rend auprès de la Convention pour dénoncer l'esprit « fédéraliste » du département. Il présente également la demande de rattachement à la France des habitants de l'île de Saint-Pierre. Grâce à l'intervention deRobespierre, qui l'apprécie et dont il est devenu un proche, il obtient la citoyenneté française et est envoyé en Corse comme commissaire du pouvoir exécutif. Cependant, les insurrections fédéralistes dans le sud-est l'empêchent de remplir sa mission (juin-octobre 1793). Il accomplit alors diverses missions dans le Midi. En avril 1794, il est nommé agent national général pour les territoires conquis sur le royaume du Piémont, à l’est de Menton. Durant onze mois, du 22 avril 1794 au 15 mars 1795, il tente de faire de l'ancienne principauté d'Oneglia, petit port piémontais sur la Riviera ligure, un refuge pour les patriotes italiens et un modèle de république. Il est chargé de les former au propagandisme révolutionnaire.

Arrêté à Menton comme « robespierriste » en mars 1795, il est enfermé à la prison du Plessis, à Paris, où il fait la connaissance de François-Noël Babeuf. Tous deux élaborent une doctrine communiste. Libéré, Buonarroti est parmi les fondateurs du club du Panthéon, dont il est un temps président, et y introduit les écrits et analyses de Babeuf. La fermeture du club par le Directoire détourne Buonarroti de suivre les troupes françaises en Italie ; ilrejoint le « Directoire Secret de Salut Public » constitué par Babeuf le 30 mars 1796 et devient avec lui le principal théoricien de la conjuration des Égaux. Dénoncés, ils sont arrêtés le 10 mai 1796. Jugés devant la Haute-Cour de Vendôme, François-Noël Babeuf est condamné à mort le 25 mai 1797, Philippe Buonarrotti à la déportation.

Sa peine est commuée en détention, et il passe de longues années en prison, à Cherbourg jusqu'en avril 1800, puis, grâce à l'indulgence de Lucien Bonaparte à l'île d'Oléron (où il exerce les fonctions de maître d'école) et, enfin, à Sospel, dans les Alpes-Maritimes (1803-1806). C'est là qu'il a des contacts avec Pierre-Joseph Briot, révolutionnaire et membre des Bons cousins charbonniers du rite du Grand Alexandre de la Confiance qui est exporté en Italie et sert à la constitution de la carbonaria italienne.

En 1806, Fouché, qui protège les anciens babouvistes, obtient pour lui le droit de s'installer à Genève. Avec l’aide du frère de Marat, Buonarroti reprend alors une activité révolutionnaire clandestine.

En 1808, il participe à la fondation de la loge maçonnique Les Sublimes Maîtres Parfaits dans laquelle il réunit sa garde rapprochée de révolutionnaires. En 1812, il participe à la conspiration du général Malet. Son rôle dans des sociétés secrètes lui vaut d'être expulsé de la ville à deux reprises, en 1813-1814 et en 1823.

Installé à Bruxelles sous la Restauration, il renoue avec d'anciens conventionnels, comme Vadier ou Barère. À Paris après 1830, il fonde plusieurs loges maçonniques, devient un membre actif de la Charbonnerie et écrit de nombreux textes. Il publie notamment en 1828 à Bruxelles, une Histoire de la Conspiration pour l'égalité, dite de Babeuf qui le rend célèbre et le fait apparaître comme l'ancêtre des révolutionnaires « professionnels » de l'Europe. L'un des principaux instigateurs des mouvements révolutionnaires des années 1830, il intervient à la Société des Droits de l'Homme. Il joue également un grand rôle dans la formation politique de Raspail, de Louis Blanc ou d'Auguste Blanqui. Arrêté une dernière fois à 72 ans, en octobre 1833, il meurt dans la misère, aveugle, en 1837. 

L'année 1833 voit, sous la direction de Buonarroti, la création de la Charbonnerie Démocratique Universelle à Bruxelles. Elle était en correspondance avec la Societa Dei Veri Italiani d'inspiration babouviste. Le vocable de vente sera remplacé par celui de "phalanges", celles-ci avaient, souvent, sous leur direction occulte des loges de Misraïm. Le plus haut degré connu de cette société secrète est le "Frère de la Racine". Parmi les couvertures de la charbonnerie, il faut citer les Familles et les Saisons. Les Familles comptaient 5 initiés dirigés par un Chef de Famille. A une certaine époque, la société des Familles se scinda en deux groupes : la société des Saisons et les Phalanges Démocratiques. La société des Saisons se subdivisait en Semaines qui regroupaient 6 hommes et un chef. Quatre semaines formaient un Mois (comptant 28 initiés et un chef). Trois Mois constituaient une Saison et quatre Saisons formaient une Année.

Il existait au moins trois Années dirigées par Blanqui, Barbes et Martin Bernard. Les Phalanges Démocratiques étaient dirigées par Mathieu D'Epinal, Pornin et Vilcocq. Leur programme : abolition de la propriété et de la famille, communauté des femmes, éducation gratuite, destruction des objets de luxe, dictature populaire... 

Publié dans XIXe Siècle

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