Sabbatai Zevi (1626 – 1676)

Publié le par Socrates Philalethe

Sabbatai Zevi (1626 – 1676)

Né à Smyrne, selon la légende le jour saint du 9 avril, d’une famille romaniote (juifs grecs) de Patras.

Shabbatai rentra dans la yeshiva du rabin de Smyrne, Joseph Escapa. Peu intéressé par le halakra, il est est cependant doué dans l’étude du talmud, et, mystique, s’intéresse à la Kabbale lourianique (Isaac Luria). Peu intéressé par les femmes, il se marie deux fois et divorça deux fois pour abscence de relation sexuelles. Très agité dans sa vingtaine, il alterne phases de dépression et phases d’hérésies dans lesquelles il mange de la nourriture profane, prononce le nom divin…

Les idées millénaristes sont très puissantes dans cette deuxième moitié du XVIIe chez les juifs occidentaux qui voient, sous l’influence d’auteurs chrétiens, dans l’année 1666 l’arrivée des temps messianiques, leur rédemption et leur retour en terre d’israel. Cette croyance populaire trouve un exemple dans la lettre de Manasseh ben Israelà Oliver Cromwell et au parlement Croupion dans laquelle il demande l’acceptation des juifs en Angleterre au nom du proche retour des juifs en terre sainte en arguant que cette croyance est partagée par de nombreux chrétiens.

L’interprétation populaire chez les juifs d’un passage du Zohar prédit ainsi l’année de la rédemption par le messie pour 1648.

Il est possible que Zevi fut sensibilisé à ses idées par son père, qui, oeuvrant pour une compagnie marchande britannique, put s’entretenir du millénarisme florissant dans les états occidentaux tels que la Hollande. (théorie de Graetz contestée par Gershom Scholem).

A 22 ans, en 1648, Shabbatai commença à dire qu’il était le messie tant attendu. Pour le prouver, il récita le tetragrammaton en Hebreu, un texte qui ne devait être prononcer que par les grand prêtres dans le Temple reconstruit le Day of Atonement. Cet acte fut très symbolique pour les lecteurs de littérature kabbalistique, et toIsaac Silveyraet Moses Pinheiro(beau-frère du rabbin kabbaliste Joseph Ergas) furent ses premiers suiveurs. Mais son autorité rabbinique n’était pas suffisamment établie et les chefs religieux de la communauté de Smyrne le mirent lui etses partisants au ban du cherem (excommunication) lorsqu’il devint trop gênant (en 1651 ou 1654).

En 1658 à Constantinople il rencontre Abraham ha-Yakini(disciple de Joseph di Trani) qui le confirme dans sa mission messianique, et écrit un faux faux manuscrit en caractère archaïques pour le soutenir, nommé « la grande sagesse de Salomon » qui commence par : « I, Abraham, was confined in a cave for forty years, and I wondered greatly that the time of miracles did not arrive. Then was heard a voice proclaiming, 'A son will be born in the Hebrew year 5386 [English calendar year 1626] to Mordecai Zevi; and he will be called Shabbethai. He will humble the great dragon; ... he, the true Messiah, will sit upon My throne ». Shabbatai choisit alors Salonique, repaire de kabbalistes, pour centre de son culte, où il organise de nombreux évènements mystiques, comme son mariage à la Torah où il est l’Ein Sof. Après son bannissement par les rabbins locaux, il erre dans l’empire turc et se pose au Caire en 1660-62 où il se lie d’amitié avec le riche marchand et célèbre ascète Raphael Joseph Halabigrand ami des kabbalistes qui travaille pour le gouvernement turc et qui va bientôt promouvoir son culte et le couvrir politiquement. Vers 1663, à Jérusalem, il impressionne par sa piété et ses chants d’amour (fidèles d’amour ?) et aide la communauté avec les fonds fournis par Halabi. Il se fait un grand cercle d’auditeurs.

Quelques chrétiens trouvèrent une jeune orpheline nommée Sarah, survivante du massacre de juifs de Chmilnicki en Pologne et l’envoyèrent au convent. Elle s’échappa dix ans plus tard à Amsterdam grâce à un supposé miracle. Selon certain elle mena ensuite une vie de prostitution à Livourne. Elle conçu aussi la thèse selon laquelle elle était née pour épouser le messie à venir… ce que Shabbatai confirma lorsque la nouvelle atteint le Caire. Il se marrièrent alors dans la maison de Halabi, en échos à l’histoire du prophète Hosea à qui Dieu commanda d’épouser « the whore of whoredom ». Sa beauté et son excentricité lui firent gagner de nombreux supporteurs.

A Gaza il rencontre Benjamin Levi / Nathan de Gaza qui va devenir très actif dans son mouvement, devient son brat droit et se proclame le précurseur du messie Elijah. En 1665, il annonce l’année messianique pour 1666 et que la nouvelle ville sacrée serait gaza.

L’espoir se répand dans toute l’Europe et l’Asie, les hommes des trois religions monothéistes répètent son histoire, et sa renommée atteint l’Italie, l’Allemagne, les Pays-Bas qui possèdent des centres de propagation de son mouvement, comme Hambourg ou Amsterdam.

Heinrich Oldenburg écrit alors à Spinoza « le monde entier parle de la rumeur du retour des israelites en leur pays. Si la nouvelle se confirme, ce pourrait apporter une révolution en toute chose ». Le disciple de Spinoza .Dionysius Mussafia Musaphiadevint lui-même sympathisant de la secte.

On entend alors de nombreuses rumeurs telle l’apparition d’un bateau en Ecosse transportant des hébreu et portant sur leur drapeau la mention des douzes tribus d’israel.

Main article: Nathan of Gaza

Shabbatai, menacé par les rabbins locaux, repart pour l’asie mineure (Alep, Smyrne) où on lui fait grand hommage. Il se fait provlamer messie dans la synagogue et devient chef de la communauté locale en déposant le grand rabbin , Aaron Lapapa pour le remplacer par Hayyim Benveniste. De nombreux rabbins le rejoignent comme Isaac Aboab da Fonseca, Moses Raphael de Aguilar, Moses Galante, Moses Zacuto.

Au printemps 1666, la communauté juive de provence se prépare à émigrer en palestine. Ce succès peut s’expliquer par la situation tragique des juifs à cette époque de pogroms (comme celui de Bohdan Khmelnytsky).

Les disciples rompent avec de nombreuses observances rituelles qui, selon le talmud, perdrait leur caractère sacré à l’apparition du messie. Les jours d’ascétismes deviennent des jours de fête.

Le disciple Samuel Primofait ainsi circuler chez tous les juifs la lettre suivante : "The first-begotten Son of God, Shabbethai Tebi, Messiah and Redeemer of the people of Israel, to all the sons of Israel, Peace! Since ye have been deemed worthy to behold the great day and the fulfilment of God's word by the Prophets, your lament and sorrow must be changed into joy, and your fasting into merriment; for ye shall weep no more. Rejoice with song and melody, and change the day formerly spent in sadness and sorrow into a day of jubilee, because I have appeared.". le fait que Shabbatai y affirme vouloir célébrer son anniversaire en tant que jour le plus sacré fut considéré blasphématoire pour beaucoup qui quittèrent alors la secte comme Solomon Algaziqui dû s’échapper à cause de l’enthousiasme des partisans.

En 1666, Shabbatai part pour Istanbul, où il espère forcer le Destin, comme Nathan de Gaza avait prédit qu’il placerait la couronne du Sultan sur sa tête. Mais le grand vizir Ahmed Köprülüle fit mettre sous surveillance à Abydos. Le jour avant la pâque juive, il consomme un agneau non casher en prononçant la bénédiction « béni soit Dieu qui a restauré ce qui était interdit ». Les immenses sommes mises à sa disposition par ses riches partisans, la charme de Sarah, l’admiration des officiels ottomans lui permettent de jouer les petits rois à Abydos. Une propagande efficace sur cette vie princière firent les préparatifs aux juifs pour un nouvel exode. Les initiales de Shabbatai furent placées dans presque toutes les synagogues et des prières prononcées au nom du Roi et Messie du Dieu de Jacob, comme à Hambourg. Le portrait de Shabbatai fut également imprimé à côté du Roi Salomon dans les livres de prières à côté de formules kabbalistiques. Toutes ces nouveautés causèrent de grandes dissensions dans les communautés. L’enthousiasme fut si grand qu’en morave le gouverneur dû intervenir et qu’au maroc l’Emir ordonna la persécution des juifs.

Deux rabbins talmudistes polonais informent alors Shabbatai qu’un prophète, Nehemiah ha-Kohen, annonce la venue du messie ; il lui ordonne alors d’apparaître devant lui ; ce qu’il fit mais ils ne purent trouver d’accord. Nehemiah s’échappe alors à Istanbul et dénonce les ambition du « messie » aux turcs. Shabbatai, emprisonné, se convertit alors à l’islam et devient effendi et garde de la porte du sultan, qui l’enjoint à prendre une nouvelle femme. Shabbatai prétendit que devenir ismaélite fut commandé par Dieu. Sarah et ses suivants les plus proches se convertirent à sa suite.

 

Shabbatai fait figure de pieu mulsulman mais se prétend visité par le Saint-Esprit dont il dit avoir reçu une révélation .à la pâque de 1668. Un de ses disciple fait publier un texte qui soutient qu’il est toujours le vrai messie malgré sa conversion. Il pensait ainsi amener de nombreux musulmans à embrasser le judaïsme, tandis qu’il prétend l’inverse au sultan ; cette entreprise a un certain succès qui fait adhérer de nombreux musulmans aux pratiques kabbalistiques.

Les autorités turques en ont progressivement assez et le bannirent au Montenegro alors qu’il chante des psaumes en compagnie de juifs.  Il y mourra en 1476.


Publié dans XVIIe Siècle

Commenter cet article