Sanctuaire Isis/Cybèle de Mayence

Publié le par Socrates Philalethe

Sanctuaire Isis/Cybèle de Mayence


 

Le sanctuaire d’Isis et de Mater Magna est un lieu de culte de la Mogontiacum romaine (Mayence) qui était actif entre le ier siècle et le iiie siècle de notre ère. Les vestiges archéologiques de ce site furent mis au jour et dégagés fin 1999.

Des inscriptions votives attestent du lien entre la dynastie des Flaviens et la construction du sanctuaireet permettent de penser à une relation entre la consécration de ce sanctuaire et un événement politique particulier. Un petit musée au rez-de-chaussée de la galerie marchande abrite les ruines, un choix de vestiges et un spectacle multimédia reconstituant le sanctuaire antique. La présence romaine à Mayence, qui devait perdurer près de cinq siècles, débuta en 13-12 av. J.-C. ; c'est à cette époque que les fondations du temple d'Isis et de Mater Magna furent jetées.

D'après les inscriptions dédicatoires retrouvées sur le site, le sanctuaire de Mogontiacum fut dédié aussi bien à Isis (désignée ici par ses épithètes de Panthea et de Regina) qu'à la déesse-Mère Mater Magna (écrite également Magna Mater). La vénération de ces deux déesses fut très vraisemblablement importée avec l'arrivée des troupes romaines, établies dans la région de Mayence dans le cadre de l'extension de l'Empire romain. Le culte d'Isis et d'Osiris est originaire d'Égypte ; quant à la déesse Mater Magna, elle est à rattacher à la déesse levantine Cybèle (voyez culte de Cybèle et d'Attis).

Depuis que le fondateur de la dynastie des Flaviens, l'empereur Vespasien, avait fait consacrer ses prétentions à l'Impérium devant l'autel de la déesse égyptienne Serapis à Alexandrieles Flaviens entretenaient des relations particulières avec les religions orientalesLa déesse égyptienne Isis devenait ainsi l'icône du culte impérial, comparable en cela à Vénus pour la dynastie des Julio-claudiens. Dans ce contexte, les marques retrouvées scellées dans la pierre amènent à conclure à un temple érigé sur ordre de l'empereur pour commémorer son culte. Les vestiges datables témoignent d'une fréquentation assidue du sanctuaire aux Ier et IIe siècles.  

On y requérait l'intercession divine au nom de Mater Magna et d'Attis, séparément ou en tant que couple divin

Mais c'est encore la découverte de deux figurines d'argile, dites « poupées magiques », qui fournit le meilleur aperçu sur l'imaginaire magique du sanctuaire. Il s'agit de deux hommes grossièrement stylisés, qui ont été façonnés à la main. Ils avaient été jetés dans un fossé (ou un puits) dans l'enceinte du sanctuaire. Les deux figurines présentent sur l'ensemble du corps plusieurs piqûres d'épingle, entre autres dans la région du cœur. Cette agression symbolique était censée déchaîner un sort contre la personne visée, le plus souvent pour détourner l'amour. L'une des figurines a été ensuite cassée en deux, et les morceaux tordus l'un autour de l'autre. Le jeteur de sort devait exprimer ainsi le désir que son adversaire soit désorienté jusqu'à ce que la magie fasse effet. En outre, sur la plus grosse des deux figurines, on a retrouvé une feuille de plomb qui devait désigner sans ambiguïté la victime à la déesse : elle porte un patronyme celtique, latinisé en « Trutmo florus, fils de Clitmo » (Trutmo florus Clitmonis filius).

Des pratiques magiques comme l'inscription de sorts ne pouvaient se pratiquer publiquement au temple en présence d'un prêtre, mais en cachette, car le droit romain l'interdisait. Comme en témoigne le nombre des sorts magiques retrouvés lors des fouilles liées au temple ainsi que par la suite, il semble toutefois que l'enregistrement contre honoraires de rituels de malédiction ait fait partie de la pratique ordinaire des prêtres.

L'une des plus précieuses trouvailles des fouilles est la petite statuette d'un nain en bronze. Coulée vraisemblablement au Ier siècle av. J.-C., c'était déjà un objet ancien au moment où elle fut abritée dans le temple. Il s'agit d'une statuette coulée en bronze massif de facture exceptionnelle. Les ongles des orteils et des mains portent un plaquage en argent. Le personnage, qui porte un bandeau aux cheveux mais n'a qu'une cape pour tout vêtement, est légèrement cambré en arrière. Sa main gauche tendue en avant tenait vraisemblablement un objet (une coupe ?) qui a disparu, tandis qu'il porte la main droite à ses cheveux bouclés.La statuette représentait selon toute vraisemblance le convive d'une cérémonie de type dionysiaque.

 

Tout ce que Prima Æmilia,

l'aimée de Narcisse, entre-

prendra, tout ce qu'elle peut bien faire,

Que tout cela

tourne court.

Ainsi que jamais ce qu'elle

puisse faire ne réussisse,

Que l'égarement barre la route,

Que le mensonge s'oppose à ses projets.

Que tout ce qui advienne

Lui soit contraire.

Pour la Prima de Narcisse,

Puisse ce billet faire

Que jamais rien ne lui réussisse. 

 

Texte d'une tablette de défixion :13 trouvée au temple d'Isis et de Magna Mater

 

 

Publié dans Pythagore

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