Annexe Biographique II

 

 

 

Christian Rosenkreutz

 

(43) Edmund Spencer  

 

Paul Arnold a remarqué que les Noces Chymiques sont inspirées par le chant X du livre I du poème The Faerie Queene (1590) d’Edmund Spenser. En particulier, on y trouve les aventures similaires d'un « Chevalier de la Croix-Rouge », qui deviendra le « Frêre de la Rose-Croix rouge » dans les Noces Chymiques, avec le glissement en allemand de Rotes-Kreutz à Rosen-Kreutz.

Edmund Spenser, né à Londres vers 1552 et mort en 1599, est un poète anglais de la période élisabéthaine issu d’une famille pauvre ayant étudié à Cambridge. Ses études terminées, il s'attache  à plusieurs grands nobles. La carrière d'homme de lettres est à l'époque impossible, et il est nécessaire aux écrivains de travailler comme fonctionnaire, secrétaire, précepteur, etc. Spenser travaille d'abord pour le comte de Leicester, favori de la reine Élisabeth, puis pour le Lord-deputy d'Irlande John Grey.Après des traductions de Pétrarque et de Du Bellay, il commença sa carrière en 1579 par un poème pastoral, The Shepheardes Calender aussitôt salué comme un chef d'oeuvre. Il enrichit la poésie anglaise, notamment par quatre recueils de poèmes dont les plus célèbres sont Amoretti, recueil de sonnets à l'inspiration italienne et pétrarquisante et Epithalamion, poème bucolique qui doit beaucoup à l'étude du poète romain Virgile. Son nom reste attaché à une forme de strophe, dite Spenserian stanza, composée de huit décasyllabes et d'un alexandrin. Cette strophe sera reprise par les célèbres poètes romantiques anglais du XIXe siècle : Keats, Shelley et Lord Byron. 

 On lui doit surtout le premier grand poème épique  de la littérature anglaise: La Reine des fées (The Faerie Queene), publié en 1596. Le succès de cet ouvrage lui a valu d'être considéré comme le plus grand poète de son temps. Passant de l'Epithalamion à la Reine des fées, c'est-à-dire du poème bucolique à l'épopée, Spenser ne peut qu'avoir eu l'impression de refaire le chemin de Virgile entre les Bucoliques et l'Enéide. L’œuvre, de manière générale, a trait à la promotion de la vertu. Il était au départ prévu douze livres, au lieu des six finalement écrits. Cela tient à ce qu’Edmund Spenser trouva la mort avant de terminer son ouvrage. Chaque livre avait vocation à traiter d’une vertu spécifique, incarnée par un chevalier dont cette vertu constituait la quête principale.  D’après l’auteur lui-même dans une lettre du 23 janvier 1589 adressée à Sir Walter Raleigh, les douze vertus devaient être celles identifiées par Aristote, mais elles rappellent en réalité davantage les douze vertus de Thomas d'Aquin, tels que ce dernier les déduisit de son étude de l’Éthique à Nicomaque. Arthur représente la vertu de la « magnificence », qui constituait selon Spenser la synthèse de toutes les autres vertus. Cela explique que ce personnage apparaisse tout au long de l’ouvrage, comme pour symboliser sa quête visant la perfection en toutes choses. Le poème reçut un accueil favorable d’Élisabeth Ière d'Angleterre, et connut par conséquent un grand succès auprès des lecteurs. Spenser, en récompense de son travail, espérait être distingué par le Reine. Mais il souffrit probablement de l'opposition de Burghley, et dût se contenter d'une pension à vie de 50 livres par an. Le poème fait l’éloge de la dynastie des Tudors, dont faisait partie Élisabeth, en liant cette famille à la tradition arthurienne. Le texte est par ailleurs profondément allégorique et regorge de clés de lecture : il estpossible d’identifier de nombreuses personnalités de l’ère élisabethaine parmi les personnages du récit. De plus, ces allégories invitent à de multiples lectures : il n'y a pas de sens univoques, ce qui explique la grande richesse de l'ouvrage.

 

(40) Ægidius Gutman (1490-1584)


Alchimiste allemand, possible précurseur des idées rosicruciennes. Sa biographie « tient davantage de la légende que de la réalité historique ». Déçu par les arts libéraux enseignés dans les universités, il aurait parcouru le monde et découvert un livre mystérieux, Falmad, révélateur de la sagesse et de la science. Il aurait été vu en 1617 à Augsbourg, soit plus de trente ans après sa mort1. En 1575, il aurait écrit un énorme traité alchimique :Offenbarung Göttlicher Majestät (Révélation de la Majesté divine où il est montré comment Dieu, le Maître s'est révélé au début de toutes ses créations par des mots et des œuvres, comment il a rédigé en une sorte de court écrit toute son œuvre et ses qualités, propriétés, force et action et ce qu'il a offert au premier homme qu'il a créé d'après sa propre image, ce qui s'est réalisé depuis lors), publié en 1619 à Francfort. Les pérégrinations légendaires de Gutman préfigure celles du fondateur mythique des Rose-Croix, Christian Rosencreutz, décrites dans la Fama Fraternitatis, probablement composée par Johann Valentin Andreae (originaire de Souabe comme Gutman) et ses compagnons du Cénacle de Tübingenet publiée en 16141. De même le Offenbarung Göttlicher Majestät contient des idées qui se retrouveront dans les manifestes de la Rose-Croix : la sagesse et la science sont révélées par Dieu et la nature, et pour posséder cette connaissance qui permet de prédire l'avenir, de faire des transmutations, de guérir les maladies, de voir en plein jour et à l'intérieur de la Terre... il faut se laisser guider par le Saint-Esprit, et non par les savants, les théologiens luthériens ou le Pape. La dédicace écrite par l'éditeur en 1619, donc après la publication des manifestes Rose-Croix (1614-1615), donne des formules similaires à celles de la Fama Fraternitatis, sur la "vraie philosophie" d'Adam, de Moïse et de Salomon.

 

 

 

(45) Johann Valentin Andreae (1586-1654) 

 

Il est présent aux fêtes de la Jarretierre à Tubingen au temps des noces de l’électeur palatin qui peuvent l’avoir fortement impressionné. Il écrit les Noces Chymiques de Christian Rosenkreutz vers 1603, mais les remanie en 1616 avec quelques références appuyées à Frédéric V et aux précédents manifestes. Le personnage principal de ce roman portait-il déjà le nom de Christian Rosenkreutz, ou ce nom fut-il ajouté pour sa publication de 1616 ? Le manuscrit de la première version de ce texte ayant disparu, il est difficile de répondre à cette question. Cependant, on peut constater que les symboles de la rose et de la croix ne sont guère présents dans le roman. On sait également que Johann Valentin Andreæ avait remanié son texte pour l'édition de 1616.

Selon une lettre de Johann Arndt retrouvée dans les papiers du théosophe Christophe Hirsch, Johann Valentin Andreæ aurait avoué avoir écrit la «Fama Fraternitatis» avec trente autres personnes. Une autre lettre de Johann Valentin Andreæ à son ami Comenius affirme la même chose. Cependant l'authenticité de ces lettres pose problème réf. (12). 

En 1616, Johann Valentin Andreæ publie anonymement «Theca gladii spiritus(Le Fourreau de la gloire de l'esprit)» en indiquant dans la préface que c'est un livre de Tobias Hess. Or, vingt-huit passages de ce livre sont empruntés à la «Confessio» ! Plus tard, il avouera dans son autobiographie que tous les textes qui figurent dans «Theca» sont de lui. Cependant, au nom de Christian Rosenkreutz, il substitue celui de Christian Cosmoxene, et ne semble pas adhérer à toutes les idées présentées dans les premiers textes rosicruciens. Il est bon de rappeler que l'année où la « Fama Fraternitatis» fut éditée, Johann Valentin Andreæ proposait la création d'une « Societas christiana», un groupe qui, sur certains points, ressemblait au projet formulé dans les Manifestes. Il créa la « Fondation des teinturiers», organisation à caractère social qui existe encore de nos jours.

S’exprimant publiquement  sur les manifestes, il explique que ce fut un simple « ludibrium » c’est à dire une farce, avec le sens théatral que l’on doit donner à ce mot. La Fraternité Rosicrucienne ne fut selon lui qu’« une admirable compagnie qui joue des comédies à travers l’europe ». Yates y voit un lien de fait lien avec les compagnies théâtrales anglaises (Ban Johnson, The Fortunated Isles 1625).

En 1617 Andreae, inquiété, change de style et se recentre sur l’amour fraternel et le mysticisme évngélique(Boehme), il abandonne le langage métaphorique. Vers 1619, il commence à fonder et publiciser des Sociétés d’Union Chrétienne vers 1619, qui vont sombrer vers 1620. Son Christianopolis de 1619 parait chez Lazare Zetzner : c’est une utopie dans le style de Campanella (cité hermétique avec représentation du savoir en images sur les murs) en bien plus christianisée, qui met l’accent sur le « service des Anges » (la cité est gouvernée par des Anges « techniciens » selon une harmonie kabbalistique : les mathématiques sont employés selon la méthode de Fludd et Dee, et on y perçoit la dimension techniciste baconienne). Son texte contient des références au « Suprême Architecte de l’Univers » et est très Vitruvien. Le symbole de la Société Chrétienne est une poignée de main…

Johann Valentin est aussi l'ami de Tobias Hess, un théologien s'adonnant à la médecine paracelsienne et à la naométrie. Il se consacre lui-même à cette science de “la mesure du temple”, lorsqu'à Tübingen, il aide son maître et protecteur, le théologien Matthias Hafenreffer, à dessiner les planches d'une étude sur le Temple d'Ézéchiel. Johann Valentin Andreæ s'est beaucoup intéressé au rôle médiateur des symboles dans l'expérience spirituelle. Sur ce point, il rejoint les préoccupations de son maître J. Arndt. L'auteur des «Noces Chymiques» voyait dans le théâtre un moyen intéressant pour amener ses contemporains à réfléchir, et certaines de ses œuvres sont influencées par la comedia dell'arte. C'est le cas de « Turbo», une pièce où l'on note la première apparition d'Arlequin sur la scène allemande. Cette pièce, éditée la même année que les « Noces Chymiques», fait référence à l'alchimie. C'est une œuvre importante qui servira de modèle au « Faust» de Goethe. Cependant, même si elle témoigne de l'érudition de l'auteur dans l'art d'Hermès, elle est assez ironique vis-à-vis des alchimistes. D'une manière générale, que ce soit en théologie ou en science, c'est le savoir utile qui l'intéresse et non les vaines spéculations. Avec son ami J. Comenius, il est d'ailleurs l'un des rénovateurs de la pédagogie du XVIIe siècle.

 Les Noces Chymiques : Se défend d’en être l’auteur (Menippus, 1617), parle très sévèrement de la Fraternité de la Rose-Croix qu'il traite de «ludibrium», c'est-à-dire de farce, de moquerie. Toutefois, comme l'a indiqué Frances Yates, ces termes ne sont pas forcément péjoratifs dans la bouche d'Andreæ, car ce dernier attachait une grande importance à l'influence morale des contes et du théâtre . c'est essentiellement pour protéger sa carrière religieuse qu'il prit officiellement position contre les Manifestes. Finalement, s’en déclare l’auteur dans son Autobiographie (publiée en 1799) : Il s'agissait d'« une plaisanterie (ludibrium) pleine de scènes d'aventures. À (ma) surprise ce livre fut apprécié par certains et expliqué par des interprétations subtiles, quoique ce ne soit qu'une petite œuvre insignifiante et qu'il représente les vains efforts de la curiosité ». « C'est l'affaire du Christianisme qui me tenait à cœur et je voulais le faire progresser par tous les moyens ; et comme je ne pouvais le faire par des chemins rectilignes, je tentai de la faire par des détours et des pitreries, non point, comme il a semblé à certains, avec un esprit de raillerie mais en recourant à la manière dont usent beaucoup de gens pieux, en ce sens que par le truchement d'une plaisanterie et par une charmante malice, je poursuivais un but sérieux et j'insufflais l'amour du christianisme. » Dès 1699, dans son «Histoire de l'Église et des hérétiques», G. Arnold faisait de lui l’auteur des Manifestes.

 

 « Turris Babel» (1619), évoque la confusion qui suivit la publication des Manifestes rosicruciens.

 

(46) Jakob Andreæ (1528-1590)

 

célèbre théologien luthérien issu d'une illustre famille de théologiens, grand père de Johann Valentin fut l'un des rédacteurs de la « Formule de la Concorde», un élément marquant de l'histoire du protestantisme. En reconnaissance de ses mérites, le comte palatin Otto Heinrich lui avait accordé des armoiries. Jakob les composa en associant la croix de saint-André, correspondant à son patronyme, avec quatre roses, par déférence à Luther dont les armoiries comportaient une rose.

Depuis l'enfance, Johann Valentin Andreæ est bercé par l'alchimie. Son père, pasteur à Tübingen, possède un laboratoire, et son cousin, Christophe Welling, est lui aussi passionné par cette science.

 

 

(47) Johan Arndt (1555-1621) 

 

est considéré comme l'un des précurseurs du piétisme. Il s'inscrit dans la lignée de Valentin Weigel, lignée qui tenta de réaliser une synthèse entre la mystique rhénoflamande, l'hermétisme de la Renaissance et l'alchimie paracelsienne. 1595 : « De La Philosophie Antique », 1605-10 : « Les Quatre Livres Vrais du Christianisme ». Johann Valentin Andreæ le considérait comme son père spirituel, et il pourrait avoir été le mentor du cénacle de Tubingen. Pasteur, théologien, médecin, alchimiste, passionné par Tauler et Valentin Weigel, il fut un vulgarisateur de «L'Imitation de Jésus-Christ», objet polémique qui se doit d'être .

Selon sa lettre du 29 janvier 1621 au duc de Brunswick, il voulait détourner les étudiants et les chercheurs de la théologie polémique pour les ramener à une foi vivante, à une pratique de la piété. Ses tendances mystiques se remarquent dans ses sermons sur les Évangiles ou sur le «Petit Catéchisme» de Luther, et dans son recueil de prières «Paradies Gärtlein Aller Christlichen Tugenden» (1612). Il a écrit l'un des textes de piété les plus lus jusqu'au XIXe siècle : «Les Quatre livres du vrai christianisme» (1605-1610). A la fois mystique et alchimiste, il a tenté d'intégrer l'héritage paracelsien à la théologie médiévale, et dans ses livres, développe l'idée d'une alchimie intérieure, d'une renaissance spirituelle. Il est l'auteur d'un commentaire des planches de l'«Amphithéâtre de la Sagesse Éternelle» de H. Khunrath. Roland Edighoffer a montré qu'un passage entier de la «Confessio Fraternitatis» évoquant le Livre de la Nature est extrait presque mot pour mot du dernier volume des «Quatre livres du vrai christianisme» de Johan Arndt réf. (11). Dans son «De Antiqua Philosophia» (1595), ce dernier insiste sur le fait que ce n'est pas dans la spéculation que se trouve la sagesse, mais dans la pratique, idée qu'on retrouvera dans les Manifestes. Il est considéré comme l'un des instigateurs du piétisme. En 1691, J. Kelpius et ses disciples emporteront ses œuvres vers le Nouveau Monde.

 

(48) Tobias Hess (1558-1614)


 C’ est celui qui semble le mieux synthétiser les divers éléments présentés dans les Manifestes. Membre de l'université de Tübingen, médecin paracelsiste, kabbaliste, philosophe, admirateur de Simon Studion, de Julius Sperber et de Joachim de Flore, il joua probablement un rôle fondamental dans la rédaction de la «Fama» et de la «Confessio». En 1605, il est accusé de pratiquer la "naométrie" et poursuivi pour avoir fait la promotion du millénarisme dans des publications où il s'exprime en faveur d'une réforme mondiale. La «Fama» reproduit son idée selon laquelle on peut dire : «Il est faux d'affirmer que ce qui est vrai en philosophie est faux en théologie». Il fut aussi accusé d'avoir été l'instigateur d'une société secrète. Même si les accusateurs ne donnent pas le nom de cette société, il est probable qu'il s'agit de l'Ordre de la Rose-Croix, dont le premier Manifeste circulait à cette époque sous forme manuscrite. Tobias Hess était lié à Oswald Crowlius, un disciple de Paracelse. Grâce à ses talents de médecin, Tobias Hess avait guéri Valentin Andreæ d'une terrible fièvre, et ce dernier l'admirait beaucoup. Il est mort en 1614, juste avant l'édition des Manifestes, et c'est Johann Valentin Andreæ qui prononça son oraison funèbre. Ce texte fut imprimé par la suite, et curieusement, comme le signale Roland Edighoffer, il comporte deux mots en italique, les seuls du livre : «Tobias Hess» et «Fama», comme pour souligner un lien entre les deux. 

 

 

 

 

 

- Averroès ou Ibn Rushd (1126-1198) - 

 

Est souvent vu à tort, et surtout par ceux qui se réclament des Lumières, comme un annonciateur de l’esprit moderne (car il a écrit une fois sur le vin et le sexe…). La réalité est tout autre car, à partir des traductions arabes d’Aristote, Averroès avait concocté une philosophie idéale pour maintenir ce monde féodal. Selon lui, il fallait accepter le caractère double de la vérité. D’un coté, grâce à des symboles et des signes, la religion permettait de communiquer une vérité à l’immense multitude des illettrés. D’autre part, une petite élite pouvait accéder à la vérité, qui elle, était toute philosophique. Ce qui est vrai en théologie peut s’avérer faux en philosophie, mais en dernière analyse, c’est l’intellect qui tranche, et point besoin de transcendance.Averroès écrit même un traité sur l’harmonie entre la philosophie et les religions sur cette base biaisée. Mais évidemment, enseigner la philosophie à tous serait néfaste car seule la religion permet à la multitude d’accéder à une connaissance (symbolique) de la vérité… Aujourd’hui, on l’accuserait à raison d’être un adepte du royaume des mensonges de Léo Strauss. L’averroïsme était l’idéologie choisie par l’oligarchie vénitienne pour dominer le monde et c’est elle qui va massivement promouvoir cet aristotélisme des temps modernes.

 

  Averroisme – Pietro d’Abano - 1300


Pietro d'Abano, né à Abano Terme près de Padoue, en Vénétie, en 1250 et mort en 1316, était un médecin, philosophe et astrologue italien du Moyen Âge. En latin : Petrus de Abano, en français : Pierre d'Abano.

Il est délicat de se faire une image précise, car les faits imaginés se mélangent aux faits historiques : sa légende a été créée par Jean Trithème, Henri-Corneille Agrippa de Nettesheim, Symphorien Champier (1520), qui en ont fait un mage, ce qui ne semble pas objectivement exact.

Pierre d'Abano est né Pietro de Sclavione vers 1250 à Padoue, fils de Costanza de Sclavione. Il étudie la médecine et la philosophie à Padoue et à Paris, entre 1270 et 1285-1290. Il s'en fut ensuite à Constantinople, apprendre le grec. En 1295, à Paris, il écrit une Compilatio physiognomiae. En 1298 il a peut-être rencontre Raymond Lulle à Paris. Déjà, les dominicains du monastère Saint-Jacques de Paris l'accusent d'hérésie. Il s'établit en 1302 à Padoue, où il enseigne la philosophie, l'astrologie et la médecine. Il se fait une réputation comme médecin. Comme astrologue, il est accusé de pratiquer la magie. Une deuxième fois, en 1394, il est accusé, il passe en procès devant le tribunal de l'Inquisition (1304-1315) : l'accusation d'hérésie lui reproche de nier l'existence des démons et des esprits, de condamner (au point de nier le surnaturel) les pratiques d'astrologie cérémonielle et nécromantique fondée sur des images ou sur des amulettes, et enfin de soutenir que la repopulation de la Terre après le Déluge ne venait pas de l'action de Noé mais de phénomènes naturels.

D'autre part, Pierre d'Abano attribuait la mélancolie, non à l'oeuvre de démons, mais à la bile noire.

Ainsi, Pierre d'Abano apparaît moins comme un mage que comme un esprit rationnel. D'ailleurs, dans ses écrits, il expose et promeut le système philosophique d'Avicenne qui ne tient plus les planètes pour des esprits.

En astrologie, comme les auteurs arabes (Albumasar), il affirme un déterminisme astral, celui des grandes conjonctions de planètes qui expliqueraient l'apparition des religions : c'est certes astrologique, mais déterministe, en opposition avec la doctrine officielle de l'Eglise sur la liberté.

De 1303 à 1310 il affine son grand livre, Conciliator differentiarum philosophorum et medicorum, mais aussi Lucidator dubitabilium astrologiae et De motu octavae sphaerae.

En 1314 on le trouve comme enseignant, lecteur, à Trévise, payé par l'université de Padoue. En mai 1315, quand l'accusation inquisitoriale cesse, il fait une profession de foi et de conformité avec l'enseignement de l'Eglise. L'accusation d'hérésie ne fut pas suivie de condamnation, suite, semble-t-il à l'intervention de Jean XXII, pape de 1316 à 1334.

Il meurt en 1316.

Dans son Conciliator, il s'efforce de réaliser une synthèse des apports théoriques grecs et arabes à la médecine, tout en mettant l'accent sur certains faits moraux.

Certains historiens en font le fondateur de l'averroïsme padouan, c'est-à-dire d'un courant aristotélicien hostile à la scolastique, favorable à l'expérience.


 

 

 

 

- Tommaso Parentucelli (1398-1455) - Nicolas V (1447 – 1455) - 

 

 

Il mit fin au schisme de l’antipape Félix V et il fonda la Bibliothèque vaticane. Libre de tout népotisme, il était de petite taille et de faible constitution physique. Son regard perçant n'engendrait pas l'obéissance ; il était bien davantage un homme de lettres qu'un homme d'action. Sa grande générosité, son goût pour l'art et ses choix politiques difficiles lui valent néanmoins d'être considéré comme l'un des papes les plus brillants. Tuteur à Florence des familles Strozzi et Albizzi, il y rencontre les penseurs les plus marquants de son époque.

Parentucelli met en pratique ses connaissances patrologiques et scolastiques lors du concile de Florence, ce qui lui permet de dialoguer avec les évêques grecs. Le pape Eugène lui confie alors des tâches diplomatiques de première importance, et après la mort de ce dernier, il lui succède et choisit le prénom Nicolas. Devenu le pape Nicolas V, il met en place à Rome de nouveaux équilibres politiques et internationaux. Constructeur de fortifications et restaurateur d'églises, il commence son pontificat en embellissant la grande ville (il commencera la construction du Palais du Vatican voulant en faire le plus grand palais du monde), et en invitant les peintres, les architectes et avant tout les écrivains. Reconnu comme seul véritable souverain pontife (1449), il stabilise ses rapports avec le Royaume de Naples, et garde une position de neutralité en Italie, jusqu’à la paix de Lodi (1454). Dans ses états, il accorde aux dirigeants municipaux un certain nombre de privilèges tout en gardant fermement le contrôle de la commune.

Surnommé le « pape humaniste », il a à sa cour Lorenzo Valla en tant que notaire apostolique, mais est également en bonne intelligence avec Nicolas de Cues, Bessarion, Fra Angelico, Piero della Francesca... Les œuvres d'Hérodote, Thucydide, Polybe sont réintroduites en Europe occidentale grâce à son patronage. Blessé par les dommages faits à la culture grecque, il tente sans succès de lancer une croisade pour délivrer les Byzantins de l'emprise turque. Pour cela, il remet sur pied une armée efficace et augmente les rentrées fiscales. Voulant assurer la réussite de la réforme catholique, il envoie plusieurs légats, dont Nicolas de Cues, Jean de Capistran et Guillaume d'Estouteville, au nord et au sud de l'Allemagne, en Angleterre, et en France. Ayant entrepris la réhabilitation de Jeanne d'Arc, son autorité voit le couronnement de Frédéric III du Saint-Empire.

Par la bulle Romanus Pontifex, il se pose en arbitre des empires espagnols et portugais et assure la portée universelle de l'autorité du pontife, y compris dans la christianisation des peuples indigènes et musulmans. Dans cette même bulle, il donne au Roi du Portugal l'autorisation pour la traite des Noirs. Le nom de Nicolas V est pour cette raison souvent lié à l'esclavage. L'historien contemporain Norman Cantor a accusé le pape de complaisance envers les traiteurs portugais ; il fut néanmoins le continuateur d'Eugène IV, auteur de la bulle Sicut Dudum qui interdisait clairement la possession d'hommes. Paul III écrira plus tard Sublimus Dei pour réaffirmer cette prise de position. La fin de son pontificat est cependant marquée par l'anxiété, car Stefano Porcaro, homme politique cultivé et favori du défunt pape Martin V, tente à plusieurs reprises d'instituer une république à Rome.

 

- Nicolas De Cuse (1401 - 1464) - 

 

Il fut évêque, puis cardinal et ami du pape Pie II. Il a écrit une cosmologie (de nature essentiellement métaphysique) dont l'impact, quoique tardif, sera d'une grande importance, puisqueDescartes le cite deux siècles plus tard comme un des précurseurs de la pensée scientifique moderne par son originalité.

Nicolas Chrypffs est né à Cues en 1401. Encore jeune, il s'enfuit de chez lui pour échapper aux mauvais traitements de son père. Il fut élevé à Deventer, chez les frères de la vie commune. Il étudia ensuite la philosophie, la jurisprudence et les mathématiques à Padoue. Il fut d'abord avocat, puis ecclésiastique, et prit part aux négociations de la Réforme. Il fut nommé évêque de Brixen et s'opposa à l'archiduc Sigismond d'Autriche. Nicolas V le fit cardinal et l'envoya en Allemagne. Le pape Pie II le nomma vicaire général de Rome. Son énergie à réformer les mœurs du clergé et sa lutte contre la superstition rencontrèrent une vive opposition. 

Esprit œcuménique et conciliant, Nicolas de Cues marque sans conteste la fin du Moyen Âge, et annonce le début de la Renaissance. Il est l'auteur de traités disciplinaires, qui appointent à la fois à l'éthique et au droit, d'une arithmétique spirituelle, et de traités dogmatiques. Esprit curieux et rigoureux, sa bibliothèque a été conservée. Elle offre en particulier les meilleures copies de certaines œuvres latines du dominicain Maître Eckhart, dont il s'est partiellement inspiré sur certains points de doctrine touchant à la vie mystique. Lecteur assidu de Raymond Lulle, il élabore une méthode intellectuelle mettant en jeu la « coïncidence des opposés » et les limites.

Nicolas de Cues rompt avec la distinction aristotélicienne entre les mondes supra-lunaire et sub-lunaire, en appliquant à la « machine du monde » l'image de la sphère infinie dont le centre est partout, la circonférence nulle part. Cette image, dont l'origine remonte à Boèce, reçut son expression finale à la fin du XIIe, en particulier chez Alain de Lille, dans ses Règles de Théologie, mais elle était appliquée à Dieu. Nicolas de Cues, en l'appliquant au monde, effectue le premier pas vers ce qui deviendra la base de la révolution copernicienne : fonder une cosmologie où Dieu ne réside pas autrement que de façon spirituelle. Il aura Giordano Bruno pour successeur dans cette théorie de la sphère intelligible.

Selon Nicolas de Cues, les astres ne suivent pas les sphères et les cercles parfaits de l'astronomie grecque, en particulier aristotélicienne. On le considère à cet égard parfois comme l'inspirateur des trajectoires elliptiques de Kepler, ce qui est faux : Nicolas de Cues a au contraire cherché à montrer que l'Univers est indéterminé. Le terme d'indeterminatum est utilisé à dessein à la place de celui d'infini, car ce dernier adjectif est réservé à Dieu. Descartes aura la même prudence, mais dans une optique toute différente de celle de Nicolas de Cues. Pour l'ecclésiastique, la compréhension du monde est limitée par le règne de la relation relative entre les objets de Dieu. En s'intéressant aux notions de grandeurs, il constate que seul Dieu peut porter l'idéal d'infini, car sinon, « le monde serait limité par rapport à quelque chose d'autre. » Pourtant, Nicolas de Cues ne conclut pas à la finitude du monde : dans une cosmologie originale, il fait appel à Dieu comme centre et circonférence infinis. C'est en ce sens que sa conception spatiale est, en partie, relativiste. Nicolas de Cues avance qu'il est impossible pour l'homme de construire une image parfaite et définitive du monde, car tout point d'observation est différent, et qui plus est, aucun n'est privilégié : « la machine du monde aura pour ainsi dire son centre partout et sa circonférence nulle part, puisque sa circonférence et son centre sont Dieu qui est partout et nulle part. »

Cette idée n'est pas un apport de Nicolas de Cues. Le mouvement intellectuel important réalisé par Nicolas de Cues est d'accompagner cette relativisation d'une négation franche de la classique hiérarchisation de l'Univers, qui prévalait à son époque. Là encore, Nicolas de Cues est brillant métaphysicien mais piètre scientifique (peut-être parce qu'il croit qu'aucune compréhension parfaite de la nature n'est possible). Il met en avant les influences réciproques des astres et en particulier, des étoiles, parmi lesquelles il range la Terre. Nicolas de Cues pense que la perfection de l'Univers précède des perfections particulières et singulières de ses parties. Il rejette donc la thématique traditionnelle d'une Terre basse et sombre au-dessus de laquelle errent les Hautes Sphères Célestes.

La cosmologie présentée par Nicolas de Cues ne peut et ne veut pas être mathématisée, ce qui empêche de le considérer comme un inspirateur réel de la révolution copernicienne puis galiléenne et le rapproche paradoxalement, d'un point de vue épistémologique, de la vision sub-lunaire d'Aristote, pour qui la physique ne pouvait être placée sous l'égide des nombres. Comme tous les astres, la Terre n'est pas fixe, mais décrit une trajectoire plus ou moins erratique... Par ailleurs, l'Univers de Nicolas de Cues n'est pas à proprement parler infini, mais sans limite finie. Il fait donc la transition entre le Cosmos et l'Univers moderne : Giordano Bruno, lecteur de Nicolas de Cues, s'inspirera de ses propositions pour sa théorie concernant l'infinité de l'univers ; René Descartes reconnaitra dans ses correspondances l'originalité de sa pensée. Cependant, l'influence de Nicolas de Cues sera amoindrie par le renouveau platonicien et néo-platonicien du XVe siècle.


 

 

- Lorenzo Valla - 

 

Leibniz affirme sans hésitation que les deux plus grands esprits du Moyen-âge sont Nicolas de Cues et Lorenzo Valla. Le jeune Erasme reconnaît en ce dernier le représentant de cette Italie idéale qu’il admire. Issu d’une famille romaine aisée, Valla profite de professeurs particuliers, de l’helléniste Giovanni Aurispa (1369-1459), secrétaire papale d’Eugène IV et de Martin V, et en particulier de Leonardo Bruni (1370-1444), élève de Coluccio Salutati (1331-1406). Comme Pétrarque, ce courant voyait l’alliance entre philosophes sophistes (et particulièrement Aristote) et théologiens scolastiques comme la base d’un ordre féodal anti-chrétien et obscurantiste. A l’université de Pavie, Valla se révolte contre la pensée dominante qui est l’averroïsme.Contre l’ascétisme étouffant qui stérilise tout espoir, et réduit la créativité humaine à néant, Valla va mobiliser Epicuredans son écrit De Vere Bono (sur le véritable bien). Il s’agit d’un dialogue où un stoïque (Bruni) affirme que la raison seule est source de vertu. Le deuxième orateur (Beccadelli) est un épicurien qui affirme que le vrai bonheur ne provient pas de la vertu, mais du plaisir. Epicure (IVe Siècle av. J.C.) précise que « Quand donc nous disons que le plaisir est notre but ultime, nous n’entendons pas par là les plaisirs des débauchés ni ceux qui se rattachent à la jouissance matérielle, ainsi que le disent les gens qui ignorent notre doctrine, ou qui sont en désaccord avec elle, ou qui l’interprètent dans un mauvais sens. Le plaisir que nous avons en vue est caractérisé par l’absence de souffrances corporelles et de troubles de l’âme. » « Ce ne sont pas les beuveries et les orgies continuelles, les jouissance des jeunes garçons et des femmes, les poissons et les autres mets qu’offre une table luxurieuse, qui engendrent une vie heureuse, mais la raison vigilante, qui recherche minutieusement les motifs de ce qu’il faut choisir et de ce qu’il faut éviter et qui rejette les vaines opinions, grâce auxquelles le plus grand trouble s’empare des âmes. » « De tout cela la sagesse est le principe et le plus grand des biens. C’est pourquoi elle est même plus précieuse que la philosophie, car elle est la source de toutes les autres vertus, puisqu’elle nous enseigne qu’on ne peut pas être heureux sans être sage, honnête et juste, ni être sage, honnête et juste sans être heureux. Les vertus, en effet, ne font qu’un avec la vie heureuse, et celle-ci est inséparable d’elles. »

Pour l’épicurien, (dit Valla) les actes héroïques que citent les stoïciens (suicide de Lucrèce, etc.) n’ont pas leur origine dans le désir d’être vertueux, mais découlent de la recherche d’un plaisir qui dépasse totalement les plaisirs du corps. Ainsi, dans le dialogue de Valla, le dernier orateur (le collectionneur de manuscrits pour Côme de Médicis, Niccoli) défend la vision chrétienne qui transcende de loin les épicuriens et il accuse ses prédécesseurs d’avoir été incapable de reconnaître que le vrai bonheur réside dans la faculté d’être en accord avec Dieu, bien qu’il appuie la critique épicurienne des Stoïciens. De toute façon, pour un vrai chrétien, disent Valla et Erasme, l’idée qu’une philosophie quelconque puisse enseigner la vertu, sans amour de Dieu et des hommes, est une fraude. On ne fait pas le bien parce que c’est vertueux, mais parce que faire le bien plaît à Dieu, à l’humanité et à nous-mêmes. Erasme développe cette idée dans son colloque L’Epicurien.

Polémiste chrétien mais anti-aristotélicien virulent, Valla est forcé d’aller de ville en ville pour devenir en 1433 le secrétaire d’Alphonse d’Aragon (1396-1458) à Naples. Là, il élabore entre autres un traité Sur le libre arbitre et réfute en 1440, sur des bases philologiques rigoureuses, l’authenticité de la « Donation de Constantin » déjà révélée par Nicolas de Cues dans la Concordance catholique. Ce texte, un faux, accordait des privilèges extravagants quasi-impériaux au pape et garantissait la mainmise totale des grandes familles romaines sur le Sacré Collège en charge de l’élection du pontife. Dans le Repastinatio Dialecticae et Philosophiae (Eradication de la dialectique et de la philosophie) Valla affirme qu’il veut réfuter « Aristote et les Aristotéliciens, afin de préserver les théologiens de notre époque de l’erreur, et de les ramener vers la vraie théologie. » Fâché contre la logique d’Aristote, il ne situe pas l’âme dans l’intellect, ni dans la volonté, mais dans le cœur (et Rabelais dira le sang). La séparation entre l’intellect et la volonté est artificielle parce que « c’est une seule âme qui comprends et se souvient, enquête et juge, aime et hait. » Ainsi, « l’amour (en grec : agape et en latin : caritas) est la seule vertu, car c’est l’amour qui nous rend meilleur ». Valla identifie cette qualité du sublimedans le combat, avec la « fortitude », et donne l’exemple du cas des apôtres, « qui, de couards, se transformèrent en hommes les plus courageux, du moment où ils reçurent le Saint-Esprit, qui est l’Amour du Père et du Fils. »


 

 

- Bernardo Bembo (1433 – 1519) - 

 

Humaniste vénitien, père du célèbre Pietro Bembo. Issu d’une très ancienne famille patricienne de Venise, il a occupé de nombreux postes officiels pour la Sérénissime. En 1483, il est recteur de Ravenne avec le titre de Podestà ; il y commence la construction du tombeau de Dante confiée à Pietro Lombardino. Il est l’objet de nombreuses plaintes du Conseil vénitien et est appelé à se justifier pour sa violation des « chapitres de dévouement » puis pour la violation de l’asile écclésiastique lorsqu’il fit éxécuter un prêtre réfugié à Ravenne.

Les Cicéroniens étaient le nom générique pour le Bembisme : pour eux, on ne pouvait que s’exprimer en imitant de façon pédante le langage de Cicéron et exclusivement en employant des mots, des bouts de phrases et des phrases de Cicéron ! Le Livre du Courtisan de Baldassare Castiglione (1478-1529), entièrement construit avec des emprunts de Cicéron et de Bembo, où il se moque de Léonard de Vinci, et qui sort des presses de Venise la même année, en est un bel exemple.

En 1530, après que le pape Clément VII eut accepté finalement de couronner Charles Quint empereur, Venise compensera Bembo pour ses loyaux services et le vrai gouvernement de Venise, le Conseil des Dix, en fera l’historiographe officiel de la pseudo République Vénitienne.


- Francesco Barbaro (1390-1454) -

 

Fils de Candiano, oncle d'Ermolao, grand père d'Ermolao le Jeune et arrière grand-père de Marcantonio et Daniele. Il épousa Maria Loredan fille de Pietro Loredan. Etudiant à Padoue sous Jean de Ravenne, Gasparino BarzizzaVittorino da FeltreGuarino Veronese Giovanni Conversini. En 1419, il est élu sénateur de la Sérénissime et à plusieurs postes de gouverneur. En 1426, il tente de persuader le pape Martin V de s'allier avec Venise contre Milan. Ambassadeur à Venise puis Florence. En 1433, il est envoyé à la cour de l'empereur Sigismond ou celui-ci le fait chevalier avec les autres envoyés vénitiens ; il sert d'intermédiaire entre l'Empereur, les Hussites et le pape Eugène IV. Gouverneur de Brescia de 1437 à 1440, Francesco a pu réconcilier les factions rivales des Avogadri et des Martinenghi, et défendre la ville face aux ambition du duc de Milan, Nicolas Piccinino. La peinture célèbre « la glorification de la Famille Barbaro » peinte par Giovanni Battista Tiepolo célèbre cet épisode. Gouverneur de Vérone, Padoue et du Frioul de 1441 à 1445. En 1444, il arbitre la dispute entre Vérone et Vicenza. A sonnretour à Venise, il est élu procurator of San Marco en 1452. Franceso travaille à la recherche et la traduction d’anciens manuscrits. Il enseigne ( ?) à George of Trebizond et à Flavio Biondo. Il traduit les Vies d’Aristote et de Caton de Plutarque du grec au latin. Auteur de De re uxoria (traité sur le mariage, publié à Paris chez Badius Ascensius et traduit par Martin du Pinin, Claude Jolyet Alberto Lolli). Une part de ses correspondances avec Alberto da SarteanoGuarino Guarini, et Lodovico Trevisan sera publiée en 1728 et 1753. 


- Hermolao Barbaro le Jeune (1454 – 1493) -

 

Célèbre humaniste. Chargé par le sénat de Venise de plusieurs négociations importantes auprès des empereurs Frédéric III et Maximilien Ier, et fut nommé par le pape Innocent VIII patriarche d'Aquilée. Il cultiva les lettres avec succès : on lui doit des traductions de Dioscoride, de Thémistius et des travaux importants sur Aristote et sur Pline (Rome, 1492). Après avoir rencontré Politien à Venise, Hermolao Barbaro lui écrit pour l’assurer de l’immense respect dans lequel il le tient et lui adresse une double requête : qu’il continue de venir au secours des belles lettres et qu’il accepte que lui, Barbaro, l’assiste dans ce combat. Ce à quoi Politien répond que « si dix Barbaro (lui) étaient donnés, (il aurait) bon espoir que sous peu les lettres grecques et latines soient sauvées de la barbarie » Un tel échange de compliments était traditionnel.


- Pietro Pomponazzi (1462-1525) - 

 

Il fut un philosophe et alchimiste italien. En 1487, reçu docteur en médecine, il est nommé professeur de philosophie naturelle à Padoue où il privilégie la physique d’Aristote face aux avéroïstes représentés par Alessandro Achilini (dit le second Aristote, un des premiers à opérer des dissections de corps humains et pionnier en anatomie) qui favorise Averroès . Il est le mentor de G. Contarini. La guerre de la ligue de Cambrai l’oblige à s’exiler à Bologne vers 1511 où il va dévelloper sa philosophie. Il affirme que les miracles sont le fait de la nature dont les mécanismes sont mal connus (magnétisme…) se faisant ainsi un des précurseurs du matérialisme. Les Causes des merveilles de la nature ou les Enchantements ne fut publié que trente ans après sa mort, par les soins de Guglielmo Gratarolo. Il soutient également qu’Aristote affirme la mortalité de l’âme en contradiction avec le credo ce qui vaut à son Traité de l'immortalité de l'âme d’être brûlé en place publique par les inquisiteurs à Venise et de faire partie du nombre des ouvrages proscrits par le Concile de Trente. Il bénéficie de la protection du cardinal Pietro Bembo auprès de Léon X. Le livre est soumis à l'Inquisition et est publié de nouveau avec les corrections qu'elle avait indiquées. Les Causes des merveilles de la nature ou les Enchantements ne fut publié que trente ans après sa mort, par les soins de Guglielmo Gratarolo. Il meurt en 1524 ou 1525 à Bologne, mais Ercole de Gonzague (fils de François II de Mantoue), un de ses élèves, fit transporter sa dépouille dans l'église Saint-François à Mantoue.

 

 

Jean de Médicis - Pape Léon X

 

Second fils de Laurent le Magnifique et de Clarisse Orsini, destiné très jeune à  la fonction écclésiastique, qui va devnir Léon X (1513-). Il eut pour précepteur Michelozzi, Politien, Chalcondyle, Georgio da Spoleto… Opposé à Alexandre VI, il est néanmoins comme lui un grand noceur. Mécène de Raphael, il cherche à approcher Erasme (l’acheter ?) en lui proposants moult fonctions dans l’église. Il est indirectement à l’origine de la crise de la réforme : en dilapidant le trésor laissé par Jules II, il poursuit avec intensité le commerce des indulgences. A la Diète d’Augsbourg il envoit, pour négocier, sans succès, avec Luther, excommunié en 1530, le Cardinal Cajetan, général des Dominicains, puis le Chevalier Carl Von Militz. Néanmoins, il semble ménager Frederic III le Sage dans l’idée d’éviter l’élection de Charles Quint (en vain, 1519). John BALE, polémiste anglais, lui prète la citation célèbre « On sait de temps immémorial combien cette fable du Christ nous a été profitable » dans une lettre adressée à Pietro Bembo (pamphlet contre la papauté : Acta Romanorum Pontificum, traduit en anglais par John Studley en 1574 sous le titre The Pageant of the Popes). Il est très proche de son cousin Jules de Médicis, futur Clément VII. 


Frédéric III le Sage (1463-1525) Prince Electeur de Saxe 

 

Duc de Saxe et Prince Électeur (1486 -1525) de la maison de Wettin, fils d'Ernest de Saxe et de son épouse Élisabeth, fille d'Albert III de Bavière. Il compta parmi les princes allemands qui firent pression sur Maximilien Ier pour réformer les institutions du Saint-Empire romain germanique. Frédéric obtint en 1500 la présidence du nouveau Conseil de régence (Reichsregiment). Frédéric de Saxe a joué un rôle important lors de l'élection au trône impérial en 1519, il était le candidat soutenu par le pape Léon X Médicis, ce dernier ne voulant ni du roi de France François Ier, ni de Charles Quint, tous deux considérés comme trop dangereux pour les États pontificaux. Après que le camp français se fut rangé à son côté, il avait les meilleures chances d'être élu, mais refusa cette élection. Charles Quint dut signer des capitulations électorales préparées par Frédéric III qui accroissaient le pouvoir de décision des princes au sein de l'Empire pour recevoir son soutien. Charles Quint fut alors élu à l'unanimité le 28 juin 1519.

Dévot, en possession de la troisième plus grande collection de reliques de son temps (pèlerinage en terre sainte en 1493) En 1523, il consentit à mettre un terme à la vénération des reliques au cours des cultes catholiques.

Il fonda l'université de Wittenberg en 1502, où enseignèrent notamment Martin Luther et Philippe Melanchthon. Proche et protecteur de Luther, le duc de Saxe obtint que ce dernier fut auditionné au cours de la diète de Worms en 1521, et s'assura ensuite que la Saxe soit exemptée d'appliquer l'édit de Worms, hostile au luthéranisme. Frédéric protégea Luther contre l'édit en l'emmenant au château de Wartbourg, à la suite de la diète.

 

George Buckardt alias Spalatinus (1484-1545)

 

À la fois juriste et théologien, Spalatin était le principal conseiller ecclésiastique de l'électeur de Saxe, dans la première moitié du xvie siècle. Fils de tanneur, il entreprend des études de droit à Erfurt et à Wittenberg. Ordonné prêtre et favorable à l'humanisme, il devient précepteur des princes saxons à Torgau (1508), où le nombre de ses tâches ne cesse de croître. En 1516, il entre dans la chancellerie électorale pour diriger les affaires ecclésiastiques et universitaires. Comme conseiller privé et prédicateur de Cour, il jouit de la confiance totale de l'électeur. Cette position lui permet de favoriser les réformes universitaires de Luther et de Melanchthon et de leur garantir la protection du prince. Il se met au service de la Réforme commetraducteur du moine de Wittenberg, Luther, et comme auteur d'ouvrages d'édification. Humaniste de talent, il a longtemps espéré un compromis entre Luther et Érasme. En 1528, il devient inspecteur ecclésiastique à Altenburg, tout en continuant à servir l'électeur comme conseiller dans les négociations religieuses (Augsbourg, 1530 ; Nuremberg, 1532).

Il devient protégé de Conrad Mutian en 1504.

Correspondant de Luther dès 1514, et ce sur plus de 400 lettres en 10 ans. Spalatinus lui demande nottement son opinion sur les études Talmudique de Johannes Reuchlin menées à la cour de Gotha. Il semble que Spalatinus ait eut une influence sur le jeune théologien (selon Hoess, il lui fit rendre plus clair son catéchisme). En 1516, Luther affirme que « D’abord l’Homme doit changer lui-même, ensuite pourront changer ses Œuvres » (une formulation proche de celle de Quirini) dans sa correspondance avec Spalatinus. A la diète de Worms, Spalatin est le principal conseiller de Luther. Fait étrange, il est précisé dans  tous les travaux historiques ultérieurs que Luther n’y rencontra pas Contarini – ce qui est étrange vu la proximité de leurs thèses et leur présence commune aux sessions plènières. 

 

 

Jules de Médicis

Pape Clément VII  (1523 à 1534)

 

Bâtard de Julien de Médicis, neveu de Laurent le Magnifique, et donc cousin du pape Léon X (et peu préoccupé de théologie comme lui), il est fait cardinal en 1513, quelques mois après l'élection de ce dernier, dont il devient un des principaux conseillers. Il garde son influence sous le pontificat d'Adrien VI, avant d'être lui-même élu pape le 19 novembre 1523, en rupture avec l'austèrité de son prédecesseur. Opposé durant son pontificat aux vues de Charles Quint en Italie, en particulier à la suite de la bataille de Pavie où François Ier est fait prisonnier, il cherche à organiser une alliance, la Ligue de Cognac entre la France, Venise et Florence, la ville des Médicis, pour contrer l'empereur. En représailles, ce dernier favorise l'agitation de la noblesse romaine, groupée autour des Colonna, qui s'empare du Vatican (20 septembre 1526). Acculé, Clément VII cherche alors à négocier une trêve au prix de 60 000 ducats. Ayant eu vent de cette somme, les mercenaires allemands qui stationnaient en Italie du Nord sous les ordres du connétable de Bourbon décident de descendre sur Rome afin de se rétribuer par le pillage, comme il était assez courant à l'époque. Cela aboutit au sac de Rome, le 6 mai 1527. Le pape doit s'enfuir par les égouts. À la suite de cela, assiégé dans le château Saint-Ange, il doit se rendre et reste emprisonné quelques mois. Les républicains de Florence en profitent également pour chasser une nouvelle fois les Médicis du pouvoir. Deux ans plus tard, pape et empereur finirent par s'accorder. Charles Quint fut couronné solennellement par Clément VII à Bologne le 2 mars 1530. Les troupes impériales prennent Florence la même année, après un siège de onze mois, et Clément VII peut y installer Alexandre de Médicis, comme duc de Toscane. Clément VII intercéda en faveur de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, un ordre hospitalier et militaire consacré en son temps à la défense du royaume latin de Jérusalem, pour que celui-ci retrouve une souveraineté après avoir été chassé de Rhodes par les Ottomans. C’est à Bologne le 24 mars 1530, que Charles Quint signe le diplôme concédant à l’ordre « en fief perpétuel, noble et franc, les villes, châteaux et îles de Tripoli, Malte et Gozo avec tous leurs territoires et juridictions ». En 1533 a lieu un autre coup dur pour la papauté : Henri VIII n'ayant pu obtenir du pape son divorce d'avec Catherine d'Aragon — en partie du fait du soutien de Charles Quint à cette dernière à une époque où Clément VII ne pouvait s'opposer à l'empereur— décide de passer outre et de rompre avec le catholicisme pour fonder l'Église anglicane. Clément VII fut un pape mécène, son arrivée sur le trône de saint Pierre rompt avec l'austérité de son prédécesseur Adrien VI et les artistes qui avaient quitté Rome reviennent, de nouveaux talents provenant de toutes les régions d'Italie et de l'étranger se retrouvent : Parmigianino, Perin del Vaga, Baldassarre Peruzzi, Polidoro da Caravaggio, Sebastiano del Piombo et Rosso Fiorentino. Clément VII enrichit la bibliothèque vaticane, poursuit la construction de la basilique Saint-Pierre et il fait terminer les travaux de la cour de San Damaso et de la villa Madama. Il charge Michel-Ange de représenter le Jugement dernier dans la chapelle Sixtine, travaux qu'il suit personnellement. Il commente et fait publier toutes les œuvres d'Hippocrate. Il approuve l'œuvre de Nicolas Copernic et veut la voir publier. Pape profondément laïc, plus soucieux de l'avenir des Médicis que de celui de l'Eglise, Clément VII fut d'abord un mécène comme son cousin Léon X. On peut évoquer à son actif la protection qu'il assura aux juifs et sa condamnation des conversions forcées dans le Nouveau Monde. Face au protestantisme il n'eut aucune réaction et c'est son successeur, Paul III, initiateur du Concile de Trente, qui apportera à l'Eglise le redressement nécessaire.


            Alde Manuce

Erasme sera à Venise avant et pendant les événements décisifs. D’abord, fin 1507, il s’introduit pendant plusieurs mois dans l’imprimerie d’Alde Manuce(1449-1515), grand éditeur d’Aristote dont l’atelier est devenu le rendez-vous obligé pour les lettrés et les érudits. Il y rencontre des hellénistes, en particulier Janus Lascaris (14

45-1534), bibliothécaire et ambassadeur de Louis XIIManuce, dont l’imprimerie est financée à l’origine par un futur détracteur d’Erasme, le prince Alberto Pio de Carpi (1475-1531), le loge chez Asolani, son beau-père.

Erasme y partage pendant plusieurs mois sa chambre avec le jeune Aléandre et la nourriture y est tellement douteuse (selon le Colloque Opulence sordide) qu’il y attrape la gravelle.

Jérôme Aléandre (1480-1542)

, autre descendant d’une importante famille de Venise, était un littéraire de la nouvelle académie de Manuce et deviendra plus tard le légat du pape en charge de la lutte contre « l’hérésie ». Il s’implique dans une véritable chasse aux sorcières contre Erasme,homme qu’il hait de tout ses intestins, car il n’a pas trahi son idéal comme lui l’a fait. Il n’est pas exclu que tant de violence fut la réaction directe de l’oligarchie vénitienne. C’est contre Aléandre que Rabelais propose d’aider Erasme, dans sa lettre à notre humaniste.N’est-il pas étonnant de constater qu’en 1516, au moment même où Erasme estime être proche d’une victoire, le très vénitien Aléandre indique que « beaucoup ici n’attendent que la venue d’un homme providentiel pour ouvrir la gueule contre Rome ».

 

 

 

François Philelphe Francesco Filelfo 1398 1481

. A l'époque de sa naissance, Pétrarque et ses étudiants à Florence avaient déjà posé le premier pas de la redécouverte de nombreux auteurs romains antiques, et libéré dans une certaine mesure la scolastique latine des restrictions des périodes antérieures.

 

En 1416-1417, Philelphe commença à l’université de Padoue des études de grammaire, de rhétorique et delangue latine. Il y eut notamment pour condisciples le Crétois Georges de Trébizonde et le Byzantin Andréas Chrysobergès, avec lesquels ils se lia d'amitié. Dès 1417, alors qu'il était à peine âgé de dix-huit ans, sa réputation de lettré était telle qu'il fut invité à enseigner l'éloquence et la philosophie morale à Venise.

Admis dans la société des principaux lettrés et des plus éminents patriciens vénitiens, il reçut une chaire d'enseignement publique à Vicence puis, en 1419, grâce à l'influence auprès du Sénat de son protecteurLeonardo Giustinian, la charge importante de notaire et chancelier du baile des Vénitiens à Constantinople., faisant notamment intervenir pour lui auprès de Jean Chrysoloras de Constantinople, son professeur Guarino VeronesePréalable nécessaire à l'obtention de cette charge de chancelier du baile, Philelphe se vit accorder la citoyenneté vénitienne le 14 juillet 1420

sous l'égide de Jean Chrysoloras, neveu du célèbre Manuel Chrysoloras, décédé à Constance en 1415 et qui avait été le premier Grec à enseigner la langue et la culture de ses ancêtres à Florence1. Dans le même temps il assuma sa charge de chancelier auprès du baile Benedetto Emo (été 1421-été 1423), charge qui comporta plusieurs missions diplomatiques. C'est ainsi que fin 1421 il accompagna Emo dans son ambassade auprès du sultan ottoman Murad II, le candidat soutenu par Venise pour la succession au pouvoir du défunt sultan Mehmed Ier, tandis que les Byzantins soutenaient, eux, le prétendant Mustafa. Cette mission dut être pénible pour le pupille de Jean Chrysoloras. La victoire finale de Murad II provoqua le siège de Constantinople par ce dernier au printemps 1422. C'est pendant le grand assaut du 22 août 1422 que le professeur de Philelphe, malade à mort, lui dicta son testament. Nommé par ce dernier l'un de ses exécuteurs testamentaires, en même temps que la veuve du défunt, Manfredina Doria, il fut très certainement à cette occasion également nommé, à parité avec la veuve, tuteur et curateur des filles, encore mineures, de Chrysoloras.

Sa charge de chancelier du baile des Vénitiens étant parvenue à son terme en juillet 1423, il entra alors au service de l'empereur byzantin Jean VIII Paléologue, qui l'envoya aussitôt en ambassade auprès de l'empereur Sigismond pour implorer son secours contre les Turcs. Avant son départ, son mariage avec Théodora Chrysolorina, fille aînée de son défunt professeur, fut décidé, mais il ne fut conclu qu'après son retour de Hongrie, qui intervint après une absence de seize mois (fin octobre 1424). A Constantinople, il avait désormais acquis auprès d'un nouveau professeur, Chrysokokkès, une excellente connaissance du grec, s'était constitué une riche collection de manuscrits, et lié d'amitié avec de jeunes lettrés byzantins qui devaient compter par la suite, Jean Argyropoulos, qui commençait alors sa carrière d'enseignement, et ceux qui furent ses condisciples, Gennadios Scholarios et le futur cardinal Bessarion.

Mais il n'y avait désormais plus de raison pour lui de prolonger encore son séjour constantinopolitain. En 1427, ayant accepté une invitation de la République de Venise, il retourna avec son épouse et le fils qu'elle lui avait déjà donné, Gian Maria Filelfo, en Italie, où il entendait bien tirer tout le parti possible, pour le plus grand bénéfice de sa carrière, des nouvelles compétences qu'il venait d'acquérir.

A partir de cette date jusqu'à sa mort, la biographie de Philelphe consiste en une longue liste des nombreuses villes italiennes où il enseigna, des différents maîtres qu'il servit tour à tour, des ouvrages qu'il écrivit, des auteurs qu'il illustra, des amitiés qu'il contracta, et des rivalités qui l'opposèrent à de nombreux lettrés, dans la grande tradition humaniste du temps. Homme d'une grande énergie physique, d'une inépuisable activité intellectuelle, il était aussi animé de passions éphémères et de violents appétits, vaniteux, turbulent, assoiffé d'or, de plaisirs et de célébrité, incapable de demeurer longtemps en place, et perpétuellement engagé dans des querelles avec ses pairs. Lorsqu'il débarqua à Venise en octobre 1427, Philelphe trouva la ville presque entièrement vidée par la peste, et se rendit compte combien il pouvait espérer y recruter peu d'élèves. Il résolut donc de se transférer très vite à Bologne, d'autant qu'à Venise il avait pu immédiatement expérimenter lafroideur nouvelle à son égard de ses anciens protecteurs, Leonardo Giustinian et Francesco Barbaro, dont il avait, à Constantinople, reçu d'importantes sommes d'argent pour acquérir des manuscrits apparemment jamais envoyés,

Ayant trouvé Bologne trop agitée de tensions politiques pour qu'on s'y intéresse à lui, il franchit les Apennins et s'établit à Florence. Là commença pour lui la période de sa vie la plus brillante et la plus fertile en événements. Durant la semaine il enseignait les principaux auteurs grecs et latins devant un large auditoire, et le dimanche expliquait Dante au peuple dans le Duomo. Au début il semble avoir vécu en assez bonne intelligence avec les lettrés florentins. Mais son tempérament arrogant ne tarda pas à le rendre insupportable aux amis de Cosme de Médicis. Philelphe entra alors en conflit ouvert avec les Médicis et lorsque Cosme fut exilé par le parti des Albizzien 1433, il invita le gouvernement florentin à prononcer contre lui une sentence de mort. Aussi au retour de Cosme dans la ville la position de Philelphe devint-elle intenable2. Un sicaire à la solde des Médicis avait déjà, assurait-il, attenté à sa vie. Aussi accepta-t-il avec soulagement une invitation de la part du Sénat de Sienne. A Sienne, toutefois, il ne devait pas demeurer plus de quatre années. Sa réputation de professeur avait grandi en Italie, et il recevait désormais quasi journellement des invitations émanant de princes et de républiques.

Il accepta la plus alléchante de toutes, celle faite par le duc de Milan Filippo Maria Visconti,

Il était de son devoir de célébrer ses patrons princiers au travers de panégyriques et d'épigrammes, de les saluer au moyen d'odes encomiastiques lors de leurs anniversaires, de composer des poèmes selon leurs thèmes favoris, mais aussi confondre leurs ennemis et de les perdre de réputation par des libelles et des invectives.

véritable guerre de papier avec ses ennemis de Florence.

écrire directement au sultan Mehmed II pour obtenir de ce dernier la libération de sa belle-mère Manfredina Doria.

jeune dame de bonne famille lombarde, Orsina Osnaga. Lorsqu'elle mourut à son tour, il convola encore avec une autre Lombarde, Laura Magiolini.

A la mort de Visconti, Philelphe, après un court moment d'hésitation, reporta son allégeance sur Francesco Sforza, le nouveau duc de Milan. Et dans l'espoir de se concilier les faveurs de ce parvenu, il entama la rédaction d'un récit épique assez pesant, la Sforziada, qui ne comprenait pas moins de 12800 lignes, mais qui ne fut jamais publié.

Lorsque Sforza de Rome 1475. Le pape invitation à occuper une chaire de rhétorique, accompagnée d'émoluments substantiels. Au début il se plut beaucoup dans cette ville et auprès de la cour pontificale. Mais sa satisfaction ne tarda pas à se muer en mécontentement d'une satire venimeuse contre le trésorier pontificalMilliardo Cicala. Le pape Sixte IV ne tarda pas à tomber lui aussi sous le coup de son déplaisir, si bien qu'après à peine un an passé à Rome, Philelphe quitta la ville pour ne plus y retourner.

Les années avaient assoupi ses relations avec les Médicis, et à l'occasion de la conspiration des Pazzi contre la vie de Laurent de Médicis, il avait même envoyé de violentes lettres à son patron Sixte IV, dénonçant sa participation à un complot si dangereux pour la sécurité de l'Italie. Laurent le Magnifique l'invitait maintenant à enseigner le grec à Florence, et Philelphe y séjourna en 1481. Mais deux semaines après son arrivée il succomba à ladysenterie à l'âge de quatre-vingt-trois ans, et fut enseveli dans l'église de l'Annunziata.

Sa correspondance, publiée à Bâle chez Jean Amerbach en 1486, fut le premier ouvrage imprimé contenant descaractères grecs3.

Si son érudition était très étendue, elle était mal digérée; sa connaissance des auteurs anciens, si elle fut extensive, était superficielle; son style était vulgaire, et il n'avait pas une brillante imagination, ni ne manifestait de brillantes dispositions pour les épigrammes ni de véritable grandeur dans la rhétorique. C'est ainsi qu'il n'a pas vraiment légué à la postérité d'œuvres mémorables. Mais en son temps il rendit de grands services par son activité infatigable d'enseignant, et par la facilité avec laquelle il dépensa des trésors de connaissances. L'époque était à l'accumulation et à la préparation, à la collection et au catalogage des fragments ayant survécu à l'héritage grec et romain, et les contemporains devaient recevoir au préalable les rudiments de cette culture avant d'être en mesure d'en apprécier les finesses.

ayant ainsi formé, entre autres, Ange Politien et Erasme.

Son fils aîné Gian Mario Philelphe (né à Constantinople en 1426, † à Mantoue en 1480), fut employé à la cour de Constantinople, puis à celle de Provence sous René, professa les belles-lettres à Gênes et fut avocat à Turin. On a de lui de nombreux écrits, en latin et en italien, discours , lettres, commentaires, épigrammes, tragédies, poèmes divers, dont un sur la prise de Constantinople.

 

 


 

 

(41) René Descartes 

 

C'est dans la période qui précède la guerre de Trente Ans que René Descartes (1596-1650) s'intéresse à la Rose-Croix. En 1617, il s'engage dans l'armée de maurice de Nassau, oncle de frederick V du Palatinat , et cette carrière le conduit en Hollande et en Allemagne.

Pendant ces voyages, il entre en relation avec Johann Faulhabert, un brillant mathématicien qui s'intéresse à l'astrologie, à la kabbale et à l'alchimie. Il avait été l'un des premiers à publier dès 1615 un livre dédié à la Rose-Croix : "Mystère arithmétique, ou découverte cabalistique et philosophique, nouvelle, admirable et élevée, selon laquelle les nombres sont calculés rationnellement et méthodiquement. Dédié avec humilité et sincérité aux Illustres et célèbres Frères de la Rose-Croix".

René Descartes se lie aussi avec Isaac Beeckman, médecin, philosophe et mathématicien. Sa correspondance avec ce dernier révèle qu'il s'intéresse alors aux sciences occultes, en particulier à Cornelius Agrippa et à Raymond Lulle (avril 1619).

C'est probablement par ces deux hommes qu'il prend connaissance des Manifestes rosicruciens. Son biographe, A. Baillet, nous dit qu'on lui fit alors l'éloge des connaissances extraordinaires détenues par une confrérie de savants établie en Allemagne depuis quelque temps sous le nom de Frères de la Rose-Croix. "Il sentit naître en lui-même les mouvements d'une émulation dont il fut d'autant plus touché pour ces Rose-Croix, que la nouvelle lui en était venue dans le temps de son plus grand embarras touchant les moyens qu'il devait prendre pour la recherche de la Vérité". Intrigué, il décide de partir à leur recherche : « Si les Rose-Croix étaient des imposteurs, il n’est pas juste de les laisser jouir d’une réputation mal acquise aux dépens de la bonne foi des peuples ; s’ils appartoient quelque chose de nouveau dans le monde, qui valût la pleine d’être su, il auroit été malhonnête à luy, de vouloir mépriser toutes les sciences, parmi lesquelles il s’en pourrait trouver une, dont il aurait ignoré les fondements ». En mars 1619, il part donc pour la Bohême, où il arrive en août. Il assiste alors au couronnement de Ferdinand de Styrie à Francfort. « confrères de la rose-croix, dont il avoit fait des recherches inutilement en Allemagne durant l' hiver de l' an1619 [...] l' on commençoit à faire courir le bruit qu'il s'étoit enrollé dans la confrérie. M. Descartes fut d'autant plus surpris de cette nouvelle, que la chose avoit peu de rapport au caractére de son esprit, et à l'inclination qu'il avoit toûjours euë, de considérer les rose-croix comme des imposteurs ou des visionnaires. »

En dédicace du manuscrit d'un pseudotraité de mathématique Polybii Cosmopolitani Thesaurus mathématicus (Trésor mathématique de Polybe le cosmopolite) (1619), on trouve la dédicace suivante : « totius orbis eruditis et specialiter celeberrimis in G F.R.C denuo oblatus » (« aux savants du monde entier et particulièrement F(rères) R.C très celèbres en G(ermanie) »). Ce texte ne fut pas publié. Geneviève Rodis-Lewis, dans sa biographie Descartes de 1997, s'appuyant sur le caractère parodique de l'ouvrage, voit dans cette dédicace une intention sarcastique. Jean-Pierre Bayard y trouve au contraire un signe d'intérêt et de soutien.

Certains historiens pensent qu'il profita de son passage pour se rendre au château d'Heidelberg. D'ailleurs, plusieurs passages de son "Traité de l'Homme" et des "Experimenta" semblent évoquer les automates construits par Salomon de Caus dans les jardins de ce château. Ce lieu jouissait d'une telle renommée que tout intellectuel se devait d'y passer, ce qui fut probablement le cas de notre philosophe. De plus, comme l'a souligné Frances Yates, l'intérêt porté par René Descartes pour la cour d'Heidelberg vers la fin de sa vie laisse penser qu'il en connut la gloire passée, et incite à s'interroger sur ce que furent ses relations réelles avec ce haut lieu du rosicrucianisme.

Curieusement, à la fin de sa vie, René Descartes chercha à se rapprocher de la princesse Élisabeth, la fille du malheureux roi Frédéric V, le protecteur des Rosicruciens. Cette dernière était en effet devenue l'une de ses disciples. Le philosophe dédia d'ailleurs ses "Principia" (1644) et son "Traité des Passions de l'âme" à "la fille du Roi de Bohême". Après le Traité de Westphalie (1648), qui marque la fin de la guerre de Trente Ans, la princesse retrouva ses terres en Bohême et invita Descartes à s'installer près d'elle. Malheureusement, ce projet ne se réalisa pas, car le philosophe trouva la mort au cours d'une visite à la cour de Suède où il plaida la cause du Palatinat, suite à l'invitation de la reine Christine en février 1650.

S'il a rencontré des Rosicruciens, ce qui semble probable, il n’en aura rien dit. En effet, à cette époque, la France n'est guère accueillante à l'égard de la Rose-Croix. Frances Yates parle à ce propos de "la terreur rosicrucienne" qui règne alors dans ce pays. Dans la capitale, on fait courir le bruit que René Descartes s'est enrôlé dans la confrérie, voire qu'il est à l'origine des mystérieuses affiches. Pour couper court à la rumeur, le philosophe convoque ses amis pour leur montrer qu'il n'est pas "invisible" et qu'il n'a rien à voir avec tout cela. Il indique qu'il a effectivement recherché les Rose-Croix en Allemagne, mais qu'il n'en a pas rencontré.

Il reste que l'épisode fameux et fondateur des trois songes de Descartes eut lieu en Allemagne à l'hiver 1619, alors qu'il s'intéressait aux Rose-Croix. Certains auteurs pensent que l'imaginaire de Descartes fut alors inspiré par les textes rosicruciens qu'il devait lire à l'époque.

En 1692, Daniel Huet sous le pseudonyme de G. de l'A., il publia "Nouveaux Mémoires pour servir à l'histoire du cartésianisme", une satire qui prétend faire des révélations sur Descartes. On y apprend que celui-ci a importé la Rose-Croix en France et qu'il est l'un des Inspecteurs de l'Ordre. Daniel Huet ajoute aussi que le philosophe n'est pas mort en 1650, car il est assuré de vivre cinq cents ans, et qu'il s'est retiré chez les Lapons où il dirige l'Ordre. Ce livre plein d'invraisemblances est à l'origine d'une partie de la légende rosicrucienne de Descartes.

Plus près de nous, Charles Adam, dans son édition des "Œuvres complètes" de Descartes, tient lui aussi le philosophe pour un initié rosicrucien (1937).

 

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