Jeanne de la Rochefoucauld, marquise d’Urfé (1705-1775)

Publié le par Socrates Philalethe

 

 

 

 

Jeanne Camus de Pontcarré, par son mariage Jeanne de la Rochefoucauld, marquise d’Urfé (1705-1775), était une veuve excentrique, férue d’occultisme et d’alchimie.

 

Jeanne Camus de Pontcarré, née en 1705, est la fille de Nicolas Pierre Camus de Pontcarré, premier président du Parlement de Rouen. Elle se marie le 11 septembre 1724 avec Louis-Christophe de Lascaris d’Urfé de la Rochefoucauld (1704-1734), marquis de Langeac. En 1734 son mari meurt, la laissant à vingt-neuf-ans la maîtresse de consacrer à sa guise son temps et sa fortune à ses entreprises alchimiques avant de la dilapider avec des aventuriers occultistes. Madame d’Urfé rencontre ainsi le Comte de Saint-Germain (voir section dédiée), puis le Comte de Cagliostro (voir section dédiée).

 

 

Casanova

 

Vers la mi-1757, Casanova soigne avec succès la sciatique de Nicolas de la Tour d’Auvergne (1720-?) avec un pentagramme et quelques paroles magiques ; enthousiasmé, ce dernier le présente à sa tante férue d’occultisme, la marquise d’Urfé. D’après ses propres Mémoires, Casanova lui fait croire qu’il a des pouvoirs et accepte de chercher le moyen de la faire renaître dans un nouveau corps ; Mme d’Urfé, par ailleurs son amante occasionnelle, financera ainsi ses voyages et ses recherches, lui donnant aussi des adresses et des lettres de recommandation. En 1763, elle presse Casanova d’effectuer enfin sa régénération ; ce dernier lui propose de la mettre enceinte d’elle-même durant une cérémonie de triolisme magique, afin qu’elle accouche d’un mâle (censé détenir plus de pouvoirs occultes) dans lequel son âme transmigrera à l’accouchement. La rupture aura lieu la même année quand un ancien complice de Casanova, Giacomo Passano, lui dénonce toutes ses supercheries afin de devenir son nouveau sorcier. Dans ses Mémoires, Casanova dissimule cette rupture en alléguant de la mort de Mme d’Urfé cette année-là.

 

Madame d’Urfé meurt le 13 novembre 1775 à soixante-dix ans.

 

Elle est décrite par la Marquise de Créquy comme « la plus opiniâtre des alchimistes et la plus déterminée souffleuse de son temps », « C’est une femme perdue, nous dit ma tante la Baronne ; elle en a la tête à l’envers, et tout son bien s’en ira par le soufflet. » « Elle a travaillé pendant quatre ans sur la cabale et la pierre philosophale avec le prétendu Comte de Saint-Germain, ce qui n’a pas laissé de lui coûter cent mille écus. » « Le signor Alessandro Cagliostro lui fit dépenser, quelques années après, quatre ou cinq cent mille francs pour opérer l’évocation des ombres de Paracelse et de Moïtomut, qui devaient lui révéler la dernière Arcane du Grand-œuvre. » « Elle a fini par tomber dans les mains d’un autre imposteur italien, nommé Casanova, lequel avait la délicatesse de ne jamais lui demander de l’argent, mais seulement de riches pierreries pour en former des constellations. »

 

La Grande Landgrave Caroline de Hesse (1721-1774, épouse de Louis IX de Hesse-Darmstadt), écrit le 7 avril 1758 « Il y a une Mme Durfé à Paris, femme d’esprit, mais qui se croit en commerce avec les Sylphes et les Génies. ». En plus de ses recherches ésotériques, Madame d’Urfé entendait des voix et se croyait en communication régulière avec des esprits ; Casanova évoque plusieurs fois le fait dans ses Mémoires.

Publié dans XVIIIe Siècle

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